À la une
Entrée triomphale des Villi au répertoire de l’Opéra de Nice
Les brèves d’avril – Rupture consommée entre la Fenice et...
À Saint-Étienne, le réveil magistral de la belle endormie
Ça s’est passé il y a 100 ans : création de...
CD – O weh ! La terreur et la beauté
« Il était une fois… » SIEGFRIED par Yannick Nézet-Séguin
CD – Charles Silver ou le charme retrouvé de la...
In memoriam : Michael Tilson Thomas
CD Reines, un opéra imaginaire aux multiples découvertes
Samuel Hasselhorn chante Schubert et l’Espoir salle Cortot
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

ProductionCompte renduVu pour vous

Julie de Boesmans, huis clos à Nancy

par Gilles Charlassier 28 mars 2022
par Gilles Charlassier 28 mars 2022

©Jean-Louis-Fernandez

©Jean-Louis-Fernandez

©Jean-Louis-Fernandez

©Jean-Louis-Fernandez

©Jean-Louis-Fernandez

0 commentaires 0FacebookTwitterPinterestEmail
1,3K

Rares sont les créations contemporaines à s’être durablement inscrites au répertoire. Julie, le quatrième opéra de Philippe Boesmans, créé en 2005 au Théâtre de la Monnaie sur un livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger, adaptant la pièce de Strindberg, Mademoiselle Julie, peut compter parmi celles-ci. Au format de chambre, avec un effectif orchestral condensé et un plateau vocal réduit à trois solistes, l’opus a l’allure d’un huis clos explorant les dérèglements de l’intime.

Pour traduire les sourdes tensions qui, sur fond de l’ivresse de la Nuit de la Saint-Jean, de la consommation adultérine entre Julie et son valet va conduire au départ de la fiancée et au suicide de l’héritière, le compositeur belge a façonné une fascinante partition tapie de sonorités graves et feutrées, s’appuyant entre autres sur des parties développées à la grosse caisse et au contrebasson. Ces couleurs singulières, dans un tissu décanté, et les ostinati ponctuant le discours, contribuent à distiller une atmosphère fantomatique, où la violence des rêves entre en collusion trouble avec celle du réel, et que la direction ciselée d’Emilio Pomarico révèle admirablement – on saluera d’ailleurs l’investissement de l’Orchestre de l’Opéra national de Lorraine pour défendre les équilibres d’une économie musicale aussi délicate qu’inventive, portant l’empreinte inimitable de son auteur.

La scénographie réglée par Silvia Costa affirme une décantation au diapason d’une épure dramaturgique aux confins du psychologique. Les tonalités sombres, nocturnes, sinon noires, des décors, et que ne démentiront guère les costumes intemporels de Laura Dondoli, contrastent avec les variations de blanc dans les lumières de Marco Giusti, d’une évidente beauté expressive, calibrée subtilement au gré des évolutions affectives. L’espace domestique où se noue l’intrigue est condensé en son abstract oppressant, modulé par des panneaux mobiles, à la fois murs et fenêtres. Comme à son habitude, la metteur en scène s’appuie sur quelques accessoires – chaise, table, vaisselle suspendue – pour esquisser le minimum de réalisme requis, sans céder à la tentation de l’imitation naturaliste. La noire pluie de confettis accentue la plongée dans la nuit des désirs et des fantasmes, tandis qu’une averse de sable ensevelit tout espoir à la fin, quand le sacrifice de Julie est suggéré par la solitude d’un balai déserté par la jeune femme.

Dans ce climat ouaté qui finit par captiver, surtout si l’on n’y succombe pas prématurément, où la scansion entre le noir et le blanc porte une forte charge sémiologique, Irene Roberts incarne, avec un timbre riche et charnu, les tourments de Julie, enveloppés dans une chaleur vocale certaine. Dean Murphy impose un Jean à l’intonation percutante, d’une vigueur, voire d’une brutalité croissant à mesure de celle de son personnage. Quant aux accents stratosphériques de Lisa Mostin, encouragés avec une gourmandise sensuelle par l’écriture de Boesmans, ils exsudent le sommeil et la jalousie de Kristin. Si le spectacle fait, parfois, appel à une doublure dansée du rôle-titre, confiée à Marie Tassin, et à quelques acrobaties dévolues à Gianni Illiaquer, il sert d’abord l’inspiration originale et personnelle d’un opéra qui dément éloquemment la réputation de stérile aridité de la création lyrique contemporaine. On ne peut que remercier l’Opéra national de Lorraine de s’en faire ici le juste porte-parole.

Opéra national de Lorraine

Les artistes

Julie  Irene Roberts
Jean  Dean Murphy
Kristin  Lisa Mostin
Julie qui danse  Marie Tassin
Acrobate  Gianni Illiaquer

Orchestre de l’Opéra national de Lorraine
Direction musicale  Emilio Pomarico

Mise en scène et décors  Silvia Costa
Collaboration aux décors  Michele Taborelli
Costumes  Laura Dondoli
Lumières  Marco Giusti
Dramaturgie  Simon Hatab
Assistanat à la mise en scène  Rosabel Huguet

Nouvelle production Opéra national de Lorraine
Coproduction Opéra de Dijon

Le programme

Julie
Opéra en un acte
Créé à La Monnaie/De Munt à Bruxelles, le 8 mars 2005

Livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger d’après Mademoiselle Julie d’August Strindberg
Musique de Philippe Boesmans

Opéra National de Lorraine, Nancy
Représentation du dimanche 27 mars 2022, 15h

image_printImprimer
Silvia CostaEmilio PomaricoIrene RobertsDean Murphy
0 commentaires 0 FacebookTwitterPinterestEmail
Gilles Charlassier

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
CENDRILLON à l’Opéra Bastille – Éclats et merveilles d’une machine à princesses
prochain post
Idomeneo à l’essentiel à Avignon

Vous allez aussi aimer...

Entrée triomphale des Villi au répertoire de l’Opéra...

27 avril 2026

À Saint-Étienne, le réveil magistral de la belle...

25 avril 2026

« Il était une fois… » SIEGFRIED par Yannick Nézet-Séguin

24 avril 2026

Samuel Hasselhorn chante Schubert et l’Espoir salle Cortot

22 avril 2026

Roberto Devereux à Bologne : Et j’ai vu pleurer...

22 avril 2026

Heaven ! I mean heaven… avec Top Hat au...

21 avril 2026

The Death of Klinghoffer  : une œuvre contemporaine...

20 avril 2026

Dijon : Un Don Giovanni « all’antica »

20 avril 2026

La Route fleurie, une nouvelle production pétillante à...

19 avril 2026

Versailles : dans la lumière de Castor et Pollux

18 avril 2026

Humeurs

  • Découverte vocale : la contralto ukrainienne VANDA KOZUB

    17 avril 2026

En bref

  • Les brèves d’avril – Rupture consommée entre la Fenice et Venezi

    26 avril 2026
  • Ça s’est passé il y a 100 ans : création de la TURANDOT de Puccini

    25 avril 2026

La vidéo du mois

Édito

  • L’authenticité en musique : un idéal introuvable ?

    3 avril 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • François Desbouvries dans Roberto Devereux à Bologne : Et j’ai vu pleurer l’enfant de Bergame
  • A. Gautier dans Roberto Devereux à Bologne : Et j’ai vu pleurer l’enfant de Bergame
  • Un nouveau fruit discographique de l’année-anniversaire 2025 d’Alessandro Scarlatti (1660 – 1725) : le CD Aparté AP428 « Vieni, O Notte » de Francesca Aspromonte, Boris Begelman et l’ensemble Arsenale Sonoro… - En cherchant bien dans CD – Francesca Aspromonte, reine de la nuit
  • Stéphane Lelièvre dans Dijon : Un Don Giovanni « all’antica »
  • Yajure Jonas dans Dijon : Un Don Giovanni « all’antica »

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Entrée triomphale des Villi au répertoire...

27 avril 2026

À Saint-Étienne, le réveil magistral de...

25 avril 2026

« Il était une fois… » SIEGFRIED par...

24 avril 2026