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À l’Opéra de Paris, le retour de la Khovantchina et le triomphe d’Anita

par Romaric HUBERT 29 janvier 2022
par Romaric HUBERT 29 janvier 2022

© Guergana Damianova-OnP

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Cette production de la Khovantchina signée Andrei Serban vient de fêter ses 20 ans. Déjà d’un classicisme affirmé en 2001, elle traverse les ans sans faillir et permet surtout à l’Opéra de Paris d’y distribuer des chanteurs de grande qualité parmi lesquels se détache la Marfa émouvante et volcanique d’Anita Rachvelishvili.

L’annonce au lever de rideau aura commencé par faire frémir les rangs du public de l’Opéra Bastille. « Pour causes de Covid… » On connaît malheureusement la chanson. Ce soir, ce seront les Chœurs de l’Opéra de Paris qui verront leurs pupitres dégarnis. Anush Hovhannisyan remplacera Olga Busuioc dans le rôle d’Emma. Le spectacle est encore une fois sauvé par la détermination et la souplesse des équipes techniques et artistiques du jour. L’auditeur respire, avec son masque bien sûr. Khovantchina aura au moins eu la chance d’échapper aux annulations qui touchent Les Noces de Figaro du Palais Garnier au même moment.

Il aurait été bien dommage de ne pouvoir assister à cette monumentale fresque historique et musicale signée Moussorgski. Le compositeur s’inspire, pour cet opéra, de la Révolte de Moscou de 1682, année où Pierre le Grand est sacré tsar. Alors que celui-ci souhaite réformer la Russie et se rapprocher de l’Europe, il se heurte aux résistances de la noblesse et de l’église, la première conduite par le Prince Ivan Khovanski, la deuxième par les Vieux‑Croyants et leur chef Dosifei. Une exploration de l’histoire russe qui continue d’interroger et de résonner encore fortement aujourd’hui.

La mise en scène d’Andrei Serban nous plonge dans la Russie féodale du XVIIe siècle avec ses costumes flamboyants et ses décors monumentaux. De la scénographie de Richard Hudson quelques éléments forts marquent durablement le spectateur. Cet abord de la Place rouge, immense bloc de béton gris, au pied duquel se joue le destin de tout un peuple. Le salon au mur fissuré du prince Golitsine, arène de jeu des puissants et des égos. L’émouvant et étouffant tableau final aux ombres d’arbres inquiétantes. Et, ce petit Tsar s’avançant face à son destin dans la fumée et les cendres du bûcher des Vieux-Croyants. Tout n’est malheureusement de cette même eau dans le travail d’Andrei Serban et l’on regrettera quelques scènes de foules peu inspirées, des passages d’étendards redondants, un feu d’artifice curieusement maigrelet et quelques coups de balais appuyés. Le metteur en scène aura au moins eu le mérite de laisser toute sa place à une intrigue, si ce n’est complexe, disons quand même pour le moins touffue mais tout à fait lisible pour qui prendra le temps des deux entractes de ce spectacle de près de quatre heures pour se plonger dans le livret de l’œuvre.

Andrei Serban laisse vivre la musique de Moussorgski. Il permet surtout aux personnalités de ses interprètes de s’exprimer pleinement et de donner vie à des personnages haut en couleurs. La distribution de cette première soirée de reprise est très homogène, plus que convaincante et, une fois n’est pas coutume à l’opéra, les voix graves remportent haut la main la victoire à l’applaudimètre.

Dmitry Belosseslkiy apporte ampleur et gravité au personnage habité de Dossifeï. Sa voix de basse est d’une profondeur et d’une couleur magnifiques. Son air du 5e acte est superbement phrasé, porté par un souffle d’une tenue irréprochable et l’incarnation est bouleversante de justesse. Dimitry Ivashchenko est également un Ivan Khovanski puissant et expressif. La voix est moins sombre que celle de son confrère mais le chanteur est tout aussi formidable. Si la mise en scène ne lui permet pas d’exprimer toute son autorité au début de l’œuvre (être péremptoire tout en étant juché sur une charrette n’est pas donné à tout le monde… ), il délivre un acte trois impressionnant jusque dans ses silences.

Sergei Skorokhodov, qui campe son fils Andreï, projette sa belle voix de ténor avec autorité et apporte à ce personnage souvent abject une tenue vocale de grande classe qui le rendrait presque digne d’absolution. Ses scènes avec la superbe Marfa d’Anita Rachvelishvili sont ainsi d’un bel équilibre vocal et dramatique. Il faut dire que la mezzo-soprano géorgienne est d’une splendeur vocale confondante. Nonobstant quelques notes un peu sourdes dans le bas-médium, elle survole toute la tessiture de ce rôle tirant souvent vers l’alto avec une facilité décocertante. La projection de la voix est majestueuse, les graves savamment poitrinés, la ligne vocale subjugante et le personnage émouvant de sincérité et de tempérament. Du grand art !

Le Chaklovity d’Evgeny Nikitin est plus problématique. Très convaincant au premier acte, le chanteur semble perdre totalement ses moyens par la suite, au point de parfois en être méconnaissable. Il faut dire que ce rôle tirant vers le baryton Verdi nécessite des réserves d’aigus et de legato que le baryton-basse ne semble pas posséder ce soir. Le personnage existe tout de même mais il faudra retrouver Evgeny Nikitin lors d’une autre occasion pour en découvrir toutes les facettes.

Le ténor John Daszak se montre vaillant et campe le personnage de Golitsyne avec la conviction et les emportements qui conviennent à l’ancien amant de la tsarine partagé entre ésotérisme et course au pouvoir. Vasily Efimov est un Kuzka très convaincant et Gerhard Siegel incarne un scribe drôle, pétillant, piquant et extrêmement bien chantant.

Anush Hovhannisyan remplace, ce soir, Olga Busuioc dans le rôle d’Emma. Son soprano se révèle par trop vibrant et acide. Peut-être quelques effets de ce remplacement de dernière minute… Carole Wilson est une très jolie Susanna et donne à ce rôle de religieuse butée un relief bienvenu.

Les Chœurs de l’Opéra de Paris sont fort sollicités dans cette œuvre. Pleinement impliqués mais masqués et, le Covid ayant fait quelques dégâts dans ses rangs, nous leur pardonnerons volontiers quelques manques d’homogénéité et un acte trois un peu brouillon. L’Orchestre de l’Opéra est admirable de présence et de cohésion. La direction d’Hartmut Haenchen est solide même si le souffle épique de l’œuvre lui (nous) échappe souvent. Quelques rudesses et aspérités interprétatives n’auraient pas dépareillé donc cette deuxième et ultime œuvre lyrique d’un Moussorgski à la veine mélodique ample et généreuse, à l’expressivité riche et rugueuse et à l’intériorité tragique et prenante.

Les artistes

Prince Ivan Khovanski Dimitry Ivashchenko
Prince Andrei Khovanski Sergei Skorokhodov
Prince Vassili Golitsine John Daszak
Chakloviti Evgeny Nikitin
Dosifei Dmitry Belosseslkiy
Marfa Anita Rachvelishvili
Susanna Carole Wilson
Le Clerc Gerhard Siegel
Emma Anush Hovhannisyan
Varsonofiev Wojtek Smilek
Kouzka Vasily Efimov
Strechniev Tomasz Kumiega
Premier Strelets Volodymyr Tyshkov
Deuxième Strelets Alexander Milev
Un confident de Golitsine Fernando Velasquez

Mise en scène : Andrei Șerban
Décors, Costumes : Richard Hudson
Lumières : Yves Bernard
Chorégraphie : Laurence Fanon

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine / Choeur d’enfants de l’Opéra national de Paris

Cheffe des Chœurs : Ching-Lien Wu
Direction musicale : Hartmut Haenchen

Le programme

La Khovantchina
Drame musical historique en cinq actes
Musique de Modeste Moussorgski – (1839-1881)
Livret de Modeste Moussorgski et Vladimir Stassov
Orchestration de Dmitri Chostakovitch

Opéra de Paris, Bastille
Représentation du mercredi 26 janvier 2022, 19h

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Opéra de parisMoussorgskiAnita Rachvelishvili
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Romaric HUBERT

Licencié en musicologie, Romaric Hubert a suivi des études d’orgue, de piano, de saxophone et de chant. Il a chanté dans plusieurs chœurs réputés, ou encore en tant que soliste. Il est titulaire d’une certification qualifiante professionnelle d’animateur radio délivrée par l’Institut National de l’Audiovisuel, et a fait ses premiers pas au micro sur France Musique. Il a fondé la compagnie Les Papillons Electriques avec sa complice Jeanne-Sarah Deledicq et est co-créateur du site Première loge.

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