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À Florence, la belle Siberia de Giordano poursuit sa résurrection !

par Renato Verga 15 juillet 2021
par Renato Verga 15 juillet 2021
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Crédit photos : © Maggio musicale Fiorentino

Au Maggio musicale Fiorentino, Siberia de Giordano poursuit sa résurrection, entamée notamment à Montpellier en 2017

L’opéra Siberia de Giordano rencontre un joli succès à Florence, grâce à une interprétation musicale inspirée de Gianandrea Noseda et Sonya Yoncheva.

Giordano et Illica au service d’un drame d’inspiration russe

Pour la deuxième fois en peu de temps, la scène du Teatro del Maggio Musicale Fiorentino accueille les steppes glaciales de Russie, mises en musique par des compositeurs du début du XXe siècle : l’année dernière, c’était avec Risurrezione (1904) de Franco Alfano, aujourd’hui c’est au tour de Siberia (1903) d’Umberto Giordano, l’opéra qui devait ouvrir la saison du Regio de Turin alors que Gianandrea Noseda en était encore le directeur musical. Les choses se sont passées autrement, mais c’est cependant le même chef qui propose à Florence cet opéra auquel il semble tenir beaucoup.

Après le succès de Fedora (1998), Giordano réitère avec un autre drame russe : Dostoïevski est la source du livret commandé par Luigi Illica, tant pour le thème des déportés en Sibérie (Souvenirs de la maison des morts) que pour celui de la femme perdue se rachetant par le sacrifice : les Katjuša, Anna, Sonja ou Grušenka de ses autres romans offrent le modèle de Stephana. Illica développe le thème politique et social, tandis que Giordano s’attache à traduire le drame de la passion, et le texte proposé par le librettiste est remanié pour atteindre une concision dramatique qui sera encore plus grande dans la deuxième version de 1927 – celle choisie par Noseda – qui suivra la première du 10 décembre 1903 à la Scala de Milan.

Giordano a toujours considéré Siberia comme son chef-d’œuvre (voyez notre dossier sur l’œuvre), et de fait l’opéra présente  un aspect dramatique très moderne, surtout au deuxième acte. La partition utilise des thèmes russes populaires, notamment le chant des bateliers de la Volga, qui revient plusieurs fois comme un leitmotiv. À la différence d’Andrea Chénier, elle ne comporte pas d’ariosi accrocheurs, mais se développe en une alternance de declamato et de cantabile avec des moments plus mélodiques comme la « mattinata » à quatre voix ou la « quasi romanza » de Stephana « Io l’amai | per l’esistenza | rinnovata : | pura in me » au premier acte, ou encore l’ « Orride steppe » avec laquelle Vassili prévient la femme de ce qui l’attend en Sibérie. L’opéra commence d’une manière inhabituelle : la voix d’un moujik, dans le silence et hors scène, chante la fatalité du mal de vivre, véritable thème de la Sibérie : « Profite donc du soleil, s’il y a du soleil ; profite de la lune, s’il y a une lune ; et profite de ta vie aussi, car, si Dieu le veut, il y a aussi la mort au bout pour toi ».

Le livret de Luigi Illica, ici sans la collaboration de Giuseppe Giacosa – qui fut le véritable versificateur du célèbre duo Illica & Giacosa des chefs-d’œuvre de Puccini – joue avec les rimes (« fondo-tondo-mondo, malori-dolori, languire-soffrire, penare-tremare, Siberia-miseria »), les allitérations qui sont presque autant de virelangues (« bara mesta di tetri skeletons ») et une abondance d’attributs (un nom est rarement accompagné de moins de trois adjectifs), mais sans parvenir toujours à une dramaturgie efficace.

Un chef habité par la partition, une solide équipe de chanteurs

Gianandrea Noseda, qui réalise enfin son projet, lit la partition de Giordano comme s’il s’agissait de celle d’un de ses compositeurs russes préférés. Il n’est aucune subtilité instrumentale qui ne soit pas mise en valeur, qu’il s’agisse des sombres cuivres du thème de « Volga, Volga » ou de l’orchestre de balalaïkas de l’acte III, recréé ici avec une cithare, des mandolines et… un piano préparé (piano dont le son a été altéré en plaçant divers objets dans ses cordes) ! La vigueur et l’enthousiasme avec lesquels Noseda dirige l’orchestre du théâtre trouvent leurs meilleurs moments dans les pages symphoniques, comme le splendide prélude de l’acte II. Le volume sonore, la taille de la fosse d’orchestre et l’acoustique (non optimale) du théâtre font cependant que les voix sont souvent couvertes par les instruments, même si celles des chanteurs présents sur scène sont considérables. C’est en tout cas le cas de Sonya Yoncheva (qui avait déjà chanté l’œuvre à Montpellier en 2017), non pas une chanteuse vériste mais une interprète pleine de caractère de la figure de Stephana, « la beauté orientale ». La soprano bulgare, qui est passée de Händel et Monteverdi à Verdi et Puccini, fera ses débuts à la Scala l’année prochaine dans le rôle d’une autre ensorceleuse russe, Fedora, toujours de Giordano. Ici, en plus de son beau timbre et de ses aigus faciles, elle fait preuve d’une bonne diction et d’une présence scénique magnétique. Les aigus de Giorgi Sturua, en revanche, étaient un peu justes… mais le rôle de Vassili, créé pour l’instrument particulier de Giovanni Zenatello, un chanteur aux moyens vocaux énormes à l’époque, est tout sauf facile : le ténor géorgien s’en est finalement sorti avec honneur. Plus à l’aise dans son rôle, le Roumain George Petean doit rendre plausible un rôle comme celui de Gléby sans verser dans une méchanceté caricaturale. Les seconds rôles sont tous d’un bon niveau, du prince Alexis de Giorgio Misseri à la Nikona de Caterina Piva.

Une mise en scène convenue

Visuellement, la production de Roberto Andò commence bien : le tableau réaliste imaginé par Gianni Carluccio  que l’on découvre au lever du rideau se transforme en un studio de cinéma où l’on tourne des films réalistes socialistes de l’époque stalinienne : un faux caméraman et un faux opérateur de micro interviennent par moments et parfois les acteurs changent de costume ou attendent leur texte sur les côtés de la scène. Sur deux écrans sont projetées des images des acteurs jouant leur rôle, ou des extraits de films d’actualités d’époque – y compris le visage de Staline, apparaissant aux mots « Christ est ressuscité » dans la scène de Pâques du troisième acte. Mais l’idée n’a pas de réelle nécessité et l’absence de direction d’acteur transforme la représentation en un spectacle traditionnel avec les chanteurs à l’avant-scène faisant face au public et se livrant à une gestuelle convenue (la mise en scène est assurée par Roberto Andò). Il aurait probablement fallu un réalisateur comme Livermore pour exploiter cette lecture cinématographique avec plus de conviction. Dommage, le renouveau de la Sibérie n’aura donc été qu’un demi-succès…

Pour la version originale de cet article (en italien), c’est ici !

Les artistes

Stephana   Sonya Yoncheva
Vassili   Giorgi Sturua
Gleby   George Petean
Nikona   Caterina Piva
Il principe Alexis   Giorgio Misseri
La fanciulla   Caterina Meldolesi
Ivan   Antonio Garès
Il banchiere Mischinsky   Francesco Verna
Walinoff   Emanuele Cordaro
Il capitano   Francesco Samuele Venuti
Il sergente   Joseph Dahdah
Il cosacco   Alfonso Zambuto
Il governatore   Adolfo Corrado
L’invalido   Davide Piva
L’ispettore   Amin Ahangaran

Chœurs  (Lorenzo Fratini) et Orchestre du Maggio Musicale Fiorentino, dir. Gianandrea Noseda

Mise en scène   Roberto Andò
Décors et lumières   Gianni Carluccio
Costumes   Nanà Cecchi
Video   Luca Scarzella

Le programme

Siberia

Melodramma en 3 actes d’Umberto Giordano, livret de Luigi Illica, créé le 19 décembre 1903 à la Scala de Milan.

Maggio Musicale Fiorentino, représentation du 13 juillet 2021.

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GiordanoSonya Yoncheva
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Renato Verga

Diplômé en Physique de l'Université de Turin, Renato Verga a toujours eu une passion immodérée pour la musique et le théâtre. En 2014, il lance un blog (operaincasa.com) pour recueillir ses critiques de DVD d'opéra, de spectacles vus partout dans le monde, de concerts, de livres sur la musique. Renato partage l'idée que la mise en scène est une partie constitutive de l'opéra lui-même et doit donc comporter de nécessaires transformations pour s'adapter à notre contemporanéité.

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