À la une
Idoménée à la Monnaie par Calixto Bieito : c’est le...
Hello Dolly ! enthousiasme l’Odéon de Marseille
CD – Simon Boccanegra : encore un rôle majeur de...
Avignon : Décaméron, l’opéra réinventé
Les brèves de mars –
Au Maggio Musicale Fiorentino, première reprise moderne du CARNAVAL de...
Allumer le feu : une Norma incandescente à l’Arsenal de Metz
Journée internationale des droits des femmes : Mojca Lavrenčič, cheffe d’orchestre
Faust à Tours : quand Vannina va, tout va !
Rouen : une Iolanta lumineuse qui fera date
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

ProductionCompte rendu

Carmen nach Bizet ? : La Carmen post-Covid de l’Opéra d’État de Hanovre

par Cartouche 16 décembre 2020
par Cartouche 16 décembre 2020
0 commentaires 0FacebookTwitterPinterestEmail
1,5K

Décidément la Covid-19 n’en finit pas de frapper les maisons d’opéra. Elle a entrainé des spectacles expérimentaux, comme le réjouissant Covid fan tutte de l’Opéra de Finlande d’après le Cosi de Mozart (voir nos colonnes) ou l’émouvant et mystérieux FAUST [titre provisoire] de l’Opéra d’Amsterdam, qui se souvient par instant du Mefistofele de Boito. Leur titre disait tout et on savait à quoi s’en tenir. Aussi n’y a-t-il pas quelque supercherie lorsqu’on intitule Carmen un spectacle comme celui que présente l’Opéra d’État de Hanovre ? On y tripatouille (le mot est faible) la partition, arrangée pour un ensemble de chambre (sic) par Marius Felix Lange, qui modifie les harmonies et l’orchestration de Bizet. On ajoute une prière à la Vierge en basque au milieu du duo « Ma mère je la vois » (joli jeu de mots) et une chanson caló, dialecte des Gitans, à l’acte IV, et le beau prélude de l’acte II, placé à l’acte III sert de ballet pour un nu à la Rubens. Une voix off décline en allemand des textes additionnels dus au dramaturge Martin Mutschler en fonction du parti-pris de la mise en scène de Barbora Horáková : Carmen est une femme libre et José est un salaud monomaniaque, prêt à récidiver. Mais ai-je tout compris ? Au moins, La Tragédie de Carmen que présenta jadis Marius Constant aux Bouffes du Nord indiquait son cousinage avec l’opéra de Bizet. C’est prendre ici la distanciation à l’extrême, d’où le titre que nous suggérons.

« Séville la nuit et personne ne peut dormir »

Covid oblige, pas de chœur : il est remplacé par les solistes, comme pour le chœur des Cigarières « Dans l’air nous suivons des yeux ». Pas de couleur locale, à part les vélos-taureaux que manient les chulos de l’école de tauromachie à l’acte I et le toro de fuego de l’acte IV. Les quatre actes se déroulent sans interruption dans l’obscurité et dans un décor dystopique étouffant de terrain vague, de pylônes, de pneus usés, de casiers de bouteilles et de glissières d’autoroute qui suinte le désespoir, l’alcool et le trafic de drogues. Ambiance rave party et costumes « cultures urbaines ». Les mots « dunkel », « schuld » et « verdammt » reviennent souvent dans le texte lu en off. Violence partout. Pendant que l’orchestre s’accorde, Zuniga tire sur José. Carmen et Micaëla se battent pendant le chœur de la dispute à l’acte I. José tue Zuniga à l’acte II. Frasquita et Mercedes martyrisent Micaëla à l’acte III. Les éventails surdimensionnés de l’acte IV fonctionnent comme des armes et Carmen meurt d’un coup de navaja dans le dos. Noir du pantalon de cuir dans lequel parait Escamillo, ou de la mini-jupe de Carmen. Noir de la partition. Pas d’ouverture, rutilante de cuivres et de cymbales, et pas de contrebandiers. Dommage : le Quintette «Nous avons en tête une affaire » à l’acte II et le « Quant au douanier » à l’acte III, dans le style spirituel d’opéra-comique, apportent le nécessaire soulagement dans la tragédie de Carmen et José dont les destins sont ici matérialisés par des liens ou cordes. Noir enfin dans les harmonies qu’invente Lange : si elles avaient été de la main de Bizet, elles justifieraient les accusations de wagnérisme dont il a été l’objet. Mais n’est-ce pas ce mélange de gaité primesautière et de tragique, de soleil cru et d’ombres, comme dans le Trio des Cartes, qui fait la force de cet opéra ? Restent ici de belles images et la logique implacable de la démonstration, un tantinet appuyée.

L’atout majeur de cette production ce sont les voix de jeunes chanteurs, au français impeccable, qui forcent l’adhésion. D’abord la Carmen d’Evgenia Asanova, aux graves charnus et à l’aigu solide, qui défend pieds et ongles un rôle ici écrasant, bien soutenue par les voix fraiches de la Frasquita de Mercedes Arcuri et la Mercédès de Nina van Essen. La Micaëla de Barno Ismatullaeva est vocalement un poil trop lourd pour cet emploi de jeune ingénue, ici une grenouille de bénitier. Germán Olvera campe un Escamillo de charme et de nuances dans son air de bravoure. Le Don José de Rodrigo Porras Garulo suscite des applaudissements, rares, mais largement mérités. Un spectacle à voir à condition d’oublier l’original.

Les artistes

Carmen   Evgenia Asanova
Don José   Rodrigo Porras Garulo
Micaëla   Barno Ismatullaeva
Escamillo   Germán Olvera
Frasquita   Mercedes Arcuri
Mercédès   Nina van Essen
Zuniga   Yannick Spanier

Orchestre du Niedersächsisches Staatsorchester Hannover, dir   Stephan Zilias
Mise en scène   Barbora Horáková

Le programme

Opéra-comique en quatre actes de Georges Bizet sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy, créé le 03 mars 1875 à Paris (Opéra-Comique). Musique arrangée par Marius Felix Lange et textes additionnels de Martin Mutschler.
Opéra d’État de Hanovre, 2020

image_printImprimer
Evgenia AsanovaRodrigo Porras GaruloBarno IsmatullaevaGermán Olvera
0 commentaires 0 FacebookTwitterPinterestEmail
Cartouche

Premier baryton de la troupe Eratori, dédiée à la défense de l’œuvre lyrique de Claude Terrasse, Cartouche est agrégé d’anglais et l’auteur d’une thèse sur les opéras de Benjamin Britten, de nombreux articles sur son oeuvre et celle de Ralph Vaughan Williams et du rapport texte et musique, XIXe-XXe. Il a échappé de peu au supplice de la roue et coule une retraite active après avoir officié à l’université de Caen.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Le calendrier de l’avent de Première Loge !
prochain post
Fleurs

Vous allez aussi aimer...

Idoménée à la Monnaie par Calixto Bieito :...

11 mars 2026

Hello Dolly ! enthousiasme l’Odéon de Marseille

10 mars 2026

Avignon : Décaméron, l’opéra réinventé

9 mars 2026

Au Maggio Musicale Fiorentino, première reprise moderne du...

8 mars 2026

Allumer le feu : une Norma incandescente à l’Arsenal...

8 mars 2026

Faust à Tours : quand Vannina va, tout...

7 mars 2026

Rouen : une Iolanta lumineuse qui fera date

7 mars 2026

Al Maggio Musicale Fiorentino torna a vivere Le...

7 mars 2026

À Toulon, un Barbier de Séville bien ficelé

5 mars 2026

MACBETH au Teatro Regio de Turin : quand Riccardo...

5 mars 2026

Humeurs

  • Journée internationale des droits des femmes : Mojca Lavrenčič, cheffe d’orchestre

    8 mars 2026

En bref

  • La vidéo du mois : José van Dam chante l’air du Catalogue de Leporello (Don Giovanni)

    5 mars 2026
  • Les brèves de février –

    24 février 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Transposer un mythe dans la contemporanéité : mettre à jour… ou mettre à plat ?

    1 mars 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Fabrice del Dongo dans Timothée Chalamet, ou la médiocrité tranquille
  • MICHAEL dans Timothée Chalamet, ou la médiocrité tranquille
  • Tardieu dans À Toulon, un Barbier de Séville bien ficelé
  • SARRAZIN dans Timothée Chalamet, ou la médiocrité tranquille
  • LAVIGNE Jean-François dans Rouen : une Iolanta lumineuse qui fera date

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Idoménée à la Monnaie par Calixto...

11 mars 2026

Hello Dolly ! enthousiasme l’Odéon de...

10 mars 2026

Avignon : Décaméron, l’opéra réinventé

9 mars 2026