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Le Prophète enfin de retour à Paris !

par Jean-François Lavigne 2 avril 2026
par Jean-François Lavigne 2 avril 2026

© Cyril Cosson

© Mathilde fasso

© Christian Meuwlyn

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Le Prophète, Paris, Théâtre des Champs-Élysées , samedi 28 mars 2026

Un opéra – et un compositeur – qui restent à (re)découvrir

Pour apprécier la genèse et le décryptage de ce « grand opéra historique à la française », nous vous recommandons  le dossier Première Loge Opéra rédigé à l’occasion du concert donné à Aix-en-Provence en juillet 2023. 

La version de concert présentée au Théâtre des Champs-Élysées ce samedi 28 mars 2026, demeurera un beau moment d’art lyrique, n’en déplaise aux détracteurs de Meyerbeer. Beaucoup ont en effet conspué et condamné ce compositeur, sans prendre même la peine de l’écouter, ni surtout de le re-situer dans le contexte créatif de son temps. Ces dix dernières années cependant, il semble faire un beau retour sur les scènes internationales. Le seul Prophète a ainsi été donné à Karlsruhe (2015), Essen, Berlin et Toulouse (2017), et donc Aix-en-Provence en 2023.

Meyerbeer connut de son vivant un succès quasi constant et grandissant. Cela, plus ses origines juives, c’était bien suffisant pour s’attirer les foudres, à commencer par les attaques de ses confrères. Pour ne citer que les principaux, Mendelssohn et Schumann lui reprochaient de composer des opéras immoraux et vulgaires. Berlioz critiquait les vocalises qui viennent rompre l’action dramatique et qu’il qualifiait de « contorsions de gosiers ». Enfin, Wagner reprochait à Meyerbeer l’abus « d’effets sans cause ».
Quoi qu’il en soit, Giacomo Meyerbeer est considéré comme le principal représentant du « grand opéra français », genre qui triompha à Paris pendant la première moitié du XIXe siècle. Il a su réaliser une habile fusion des styles italien, allemand et français pour réaliser ses opéras qui tous furent des triomphes. Les sujets en sont souvent historiques ou teintés de fantastique, les livrets pas toujours simples ou vraisemblables. Mais ils donnent prétexte à de grandes scènes dramatiques, à des effets théâtraux impressionnants, bref à du vrai spectacle en musique où, bien sûr, ensembles vocaux, chœurs et ballets ont leur part.

Pour Le Prophète plus précisément, la décision de donner à Paris l’ouvrage en version de concert calme à n’en pas douter les inquiétudes de tous décorateurs et metteurs en scène. En effet, si vastes que puissent être certaines scènes théâtrales, cet ouvrage relève des opéras « à grand spectacle » et à effets « cataclysmiques » et destructeurs divers. À cet égard, avec son incendie dévastateur du palais de Münster (fin de l’acte V) qui ensevelit tous les personnages sous les décombres, cet opéra s’apparente à  La Muette de Portici d’Auber, de 1828 (héroïne engloutie dans la lave du Vésuve en furie), La Juive d’Halévy, de 1835 (bûchers de l’Inquisition), Les Huguenots du même Meyerbeer (1836, massacre de la Saint-Barthélémy). Il annonce Herculanum de Félicien David de 1859 (le Vésuve se déchaîne de nouveau), Samson et Dalila de Saint-Saëns, de 1877 (écroulement du Temple de Baal sur les Philistins), voire La Wally, de Catalani, de 1892 (où l’héroïne est engloutie par une avalanche), etc… Avant même l’apparition des grands écrans, le cinéma des films catastrophes était né !

Musicalement, un ouvrage d’une telle ampleur ne peut réussir que si toutes les équipes jouent le jeu à fond, ce qui fut le cas ce 28 mars. Le livret d’Eugène Scribe n’est pas pire que bien d’autres de la même époque, mais force est de reconnaître que grands élans emphatiques et mélodrame appuyé ont plus de mal à passer de nos jours… Scribe ne survit d’ailleurs que par ses livrets d’opéras, son propre théâtre pourtant très fourni, étant complètement tombé dans l’oubli. La Comédie Française elle-même, n’a conservé de lui à son répertoire que la spirituelle comédie Le Verre d’eau (1840).

D’excellents interprètes

Jean de Leyde, ce fameux « Prophète », c’était ce soir John Osborn (ténor), qui, depuis l’enregistrement de l’opéra en 2023, sous la direction de Mark Elder, a fait sien ce personnage tourmenté autant que tourmenteur. Le rôle est écrasant, mais John Osborn détient la puissance et l’endurance nécessaires pour incarner cet individu, partagé entre élans mystiques plus ou moins canalisés et souffrance extrême d’un fils repentant, qui ne comprend plus grand chose à ce qui lui arrive. John Osborn incarne avec vaillance autant la majesté impérieuse du Prophète (vrai ou faux…) que la perte pitoyable de repères que subit le pauvre Jean… (Légère gêne sur le plateau, où le fils Jean paraît plus âgé que sa mère Fidès… mais l’essentiel ici, ce sont les voix et la musique !)

Face à lui, deux grandes voix féminines !  Emma Fekete (soprano) est Berthe, fiancée de Jean, très vite malheureuse tout autant que combative ; ce n’est en rien une agnelle résignée ! Elle s’impose dès sa cavatine d’entrée, où son soprano lumineux et encore plein d’espoir, fait merveille. En dépit des fadaises du livret, elle parvient à rendre son personnage crédible et touchant du début à la fin. Mêmes remarques pour la mezzo-soprano Marina Viotti, impressionnante de talent dans le rôle de Fidès, mère de Jean.  Avec beaucoup de noblesse et une expressivité à l’éventail impressionnant, ses graves évoquent fréquemment l’art d’une Régine Crespin. À l’acte IV, le duo unissant la mère et la fiancée du Prophète, « Pour garder à ton fils le serment qui m’engage...« , est un superbe moment d’intensité et de virtuosité partagées. La cohésion et l’émotion entretenue ce 28 mars par Fekete et Viotti, emporta toutes les adhésions au TCE !

Autres interprètes dignes d’attention autant que d’éloges, les trois Anabaptistes, rôles antipathiques de fanatiques dangereux. Ils sont magnifiquement assumés par trois voix aussi convaincantes les unes que les autres : le ténor Samy Camps est Jonas, le baryton Marc Scoffoni est Mathisen et la basse Christian Zaremba est Zacharie. Seuls ou réunis, ils démontrent toute l’importance des rôles prétendument secondaires. Enfin le baryton Jean-Sébastien Bou assumait avec élégance le rôle plus exigeant qu’il y paraît du méchant comte d’Oberthal, partisan immédiat du droit de cuissage !

Superbe travail des chœurs avec l’Ensemble Vocal de Lausanne et la Nouvelle Maîtrise des Hauts-de-Seine, dirigés par Mathieu Poulain, plus une mention spéciale à l’acte IV, pour le chœur des enfants, nanti de deux solistes courageux, voix de demain à suivre.

L’Orchestre de Chambre de Genève porte peut-être la dénomination « de chambre », il ne semblait pas moins aussi étoffé qu’un véritable orchestre symphonique, augmenté d’un orgue dans la scène du Couronnement à l’acte V. Certains pupitres étaient renforcés, d’autres pas (2 harpes au lieu des 4 de la partition), mais l’engagement de tous était indéniable, sous la direction enthousiaste, et très expressive de Marc Leroy-Calatayud, qui visiblement, aime cet ouvrage et le défend avec cœur.

Sur une œuvre aussi vaste, de petites coupures sont à relever, mais ne dénaturant assurément pas l’opéra. Par exemple, le fameux « ballet des Patineurs » nous offrait bien le Quadrille et le Galop, mais sans Valse et avec une Redowa tronquée ; on le remarque, car ce ballet est la page qui a survécu le mieux, du moins via l’univers discographique. Lors de sa création, la musique de ballet du Prophète fut le grand succès de la saison, tout comme les patins à roulettes des danseurs, dont Wilhelm Beer, le frère de Meyerbeer, avait envoyé un exemplaire à Paris. Le metteur en scène n’avait pas employé les décors somptueux usuels pour ce ballet, la scène était vide. On voyait d’abord entrer les petits enfants au fond de la scène, puis au milieu les plus grands, et enfin les adultes, et cette configuration de danseurs aux costumes identiques donnait l’illusion de la perspective.
Ce Prophète, commencé en 1841 et créé en 1849, met en scène conflits religieux et faux messie sur fond de soulèvement contre la tyrannie. Plusieurs morceaux brillèrent particulièrement ce samedi soir, ainsi la cavatine de Berthe, « Voici l’heure où sans alarme », à l’acte I, le Récit du Songe de Jean à l’acte II et son grand crescendo dramatique dans la seconde partie de l’acte III ; concernant Fidès, l’arioso « Ah ! Mon fils, sois béni » à l’acte I, la « Complainte de la mendiante » à l’acte IV et la cavatine « Ô toi qui m’abandonnes » à l’acte V. Enfin le « Cantique des Anabaptistes », utilisé en leitmotiv, agit tel un fil conducteur sur tout l’ouvrage. N’oublions pas la célébrissime « Marche du Sacre » qui acquit dès sa création un succès tel qu’elle célébra vite l’Empire, puis la République au cours des Expositions universelles parisiennes de 1867 et 1878. Les musiciens genevois et leur chef se délectent visiblement à valoriser cette page martiale !

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Repères discographiques : il existe deux intégrales de belle tenue et encore disponibles, pour tous discophiles avides de découvertes.

  • Chez Sony, la version dirigée par Henry Lewis, date de 1977 et permet d’entendre James McCracken (Jean), Renata Scotto (Berthe), Marilyn Horne (Fidès), Jules Bastin (Oberthal), Jerome Hines (Zacharie), Jean Dupouy (Jonas), Christian du Plessis (Mathisen), ainsi que les Ambrosian Opera Chorus, les Boys Choir Haberdashers’ Aske’s School et le Royal Philharmonic Orchestra.
  • Plus récente, la version éditée par le Palazzetto Bru Zane en 2023 et dirigée par Mark Elder, permet de retrouver justement John Osborn (Jean), Mané Galoyan (Berthe), Elizabeth DeShong (Fidès), Edwin Crossley-Mercer (Oberthal), James Platt (Zacharie), Valerio Contaldo (Jonas), Guilhem Worms (Mathisen), Choeurs de l’Opéra de Lyon et Maîtrise des Bouches-du-Rhône, Orchestre Symphonique de Londres et Orchestre des Jeunes de la Méditerranée.
  • Pour les gourmands, rappelons le très original récital de Diana Damrau, avec le Chœur et l’Orchestre de l’Opéra National de Lyon, dirigés par Emmanuel Villaume, cd Erato de 2015 intitulé Grand Opéra et consacré à divers arias de Meyerbeer. Du Prophète, figure la fameuse cavatine de Berthe à l’acte I, « Mon coeur s’élance et palpite ».
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Les artistes

Jean de Leyde : John Osborn 
Fidès : Marina Viotti 
Berthe : Emma Fekete 
Oberthal : Jean-Sébastien Bou 
Jonas : Samy Camps 
Mathisen : Marc Scoffoni 
Zacharie : Christian Zaremba 

L’Orchestre de chambre de Genève, dir. Marc Leroy-Calatayud 
Ensemble Vocal de Lausanne, en collaboration avec les étudiantes et étudiants de la Haute École de Musique de Genève-Neuchâtel
Nouvelle Maîtrise des Hauts-de-Seine, dir. Mathieu Poulain

Le programme

Le Prophète

Opéra en cinq actes de Giacomo Meyerbeer, livret d’Eugène Scribe d’après Essai sur les moeurhs et l’esprit des nations de Voltaire, créé le 16 avril 1849 à Paris, salle Le Peletier, Théâtre de la Nation.

Paris, Théâtre des Champs-Élysées, concert du samedi 28 mars 2026

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Emma FeketeMarina ViottiJohn OsbornMarc Leroy-Calatayud
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Jean-François Lavigne

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