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Les festivals de l’été –
La Poétique du Son : Simon Rattle en concert à Aix-en-Provence

par Nicolas Darbon 22 juillet 2025
par Nicolas Darbon 22 juillet 2025
© Vincent Beaume
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Dans le cadre du Festival d’Aix-en-Provence, Sir Simon Rattle à la tête de l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise propose un programme à la fois bien pensé et superbement exécuté autour d’Atmosphères de Ligeti, Lohengrin de Wagner et la 9e Symphonie de Bruckner.

L’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise est l’un des plus prestigieux d’Allemagne ; il a grandi sous les règnes d’Eugen Jochum, Rafael Kubelík, Colin Davis… Le répertoire proposé ce soir : une pièce « contemporaine » et deux pièces du romantisme allemand, reflète bien les goûts de l’orchestre et de son nouveau chef depuis 2023 : Sir Simon Rattle. Ce concert s’intercale dans les représentations de Don Giovanni au Festival d’Aix-en-Provence interprété par le même orchestre.

Rattle est en terre conquise à Aix : abondamment salué lors de son arrivée, il remporte un triomphe à la fin du concert. Difficile d’affirmer qu’il s’agisse d’un coup de cœur provençal, vu que le public de vacanciers parle toutes les langues. C’est une gloire internationale. Son amour existentiel de la musique, sa jovialité, son sens du management contribuent à sa réussite dans chaque ville, de Birmingham à Londres, de Berlin à Munich. Ainsi, bien sûr, que ses productions orchestrales de haute qualité.

L’art de diriger selon Sir Simon Rattle

Il est difficile de définir ce qui fait la patte d’un grand chef, ses caractéristiques sonores. Si l’on se réfère à la tradition britannique (C. Davis, G. Solti, N. Marriner, les baroqueux, etc.) l’on pourrait dire : énergie et précision. Professionnalisme. Chez Rattle, certains choix de détail – que nous avons déjà évoqués à propos de Don Giovanni – semblent liées à une vision globale de l’œuvre ; Rattle paraît regarder au loin, le cap ultime, « l’arche » de l’ensemble (c’est son mot). Par moment, il ne bat plus, il s’immobilise tel un capitaine de vaisseau surplombant les flots qui bouillonnent à ses pieds, dans une sorte d’hyperstase méditative. Il sait, tout le monde sait, où il va. À d’autres moments, il est extrêmement agité et insistant, la baguette presque dans le visage de la violoniste (par exemple dans le 1er mouvement de la symphonie de Bruckner). Sa gestique est tantôt minimaliste, tantôt frénétique. Son efficacité repose sur la science du texte musical ; car l’art du chef commence par la juste compréhension de la partition et son intériorisation. À écouter Rattle, l’on se dit que la maîtrise de ces outils, l’intelligence (apportant aussi des audaces, des couleurs inattendues) et une forme de connivence avec la pensée du compositeur conduisent à l’Art Royal de l’interprétation. Sans prétendre à une spiritualité et un romantisme singuliers, chez Rattle, c’est la logique profonde du musical qui ressort. Du chef d’orchestre comme révélateur phonographique.

Un programme d’une grande intelligence

Le programme du concert est tout à fait pertinent ! Atmosphères (1960) de György Ligeti est enchaîné sans applaudissement au prélude de Lohengrin (1850) de Richard Wagner ; le concert se poursuit par la 9e Symphonie (1887/1903) d’Anton Bruckner. Une sorte d’unité du Son les réunit. La première pièce est une étude orchestrale sur les glissements infinitésimaux de textures timbriques. Ces girations chaotiques issues parfois de polyphonies saturées ont inspiré Stanley Kubrick dans le film 2001, L’Odyssée de l’espace (1968) qui fit grand bruit. Elle relève d’une pensée globale du Son et de ses harmoniques, anticipant le courant « spectral » ; l’ensemble de l’œuvre reposant sur une sorte de Son acoustique ; c’est du moins ce que met en relief ce programme. Quelle bonne idée de la « tuiler » sans interruption avec le prélude de Lohengrin ! Cette pièce elle-même préfigure la pensée mouvante qui se déploie autour d’un seul accord ; on songe au prélude wagnérien de L’Or du Rhin (1869). Elle laisse affleurer ses octaves et intervalles primaires dans un jeu de « partiels » aux bois et autres. Les violons de Lohengrin tissent une matière vibratoire suraiguë qui n’en finit pas, dans les teintes les plus claires ; puis lentement se déroule une descente vers les graves, installant le lyrisme de la mélodie wagnérienne. Cette logique n’est pas sans symétries avec le mélodisme brucknérien qui cette fois-ci réalise le trajet inverse. Le pathos étant passé, à la fin de l’œuvre se dispersent lentement les harmoniques de la mort, en Mi majeur aux cordes et cuivres graves. Les contours de l’accord parfait émergeaient déjà d’Atmosphères (une facétie de la baguette magique de Rattle ?).  En somme, l’on assiste au lever et au coucher d’un soleil acoustique. Encore et toujours cette pensée de la forme en « arche ». Ordo ab Chao ; et rétrograde.

Un orchestre qui tient ses promesses

L’orchestre bavarois se présente dans sa disposition très large, avec des pupitres par trois aux bois et très fournis aux cuivres (trompettes à palettes en fa, 8 cors, tubas wagnériens, etc.), ainsi que l’exige la Symphonie 9 (1. Solennel, mystérieux, 2. Scherzo, 3. Adagio) de Bruckner. Dans Atmosphères, à la sculpture spatialisée d’une micro-polyphonie tournante s’ajoutent quelques effets qui annoncent les romantiques : jeu sur le souffle (sans « notes ») aux trompettes, effet dramatique générant une pâte globuleuse aux contrebasses, tuba avec son énorme sourdine… Son lissé, musique étale, fluidification conduisant à des tempos un peu rapides. Trop ? Le début de Lohengrin passe vite ; on eût aimé s’y blottir éternellement…. Le thème vigoureux du scherzo de la 9e – aux staccatos martialement primitivistes – plus loin, est une masse un peu nébuleuse à notre goût, moins martelée et terrifiante que dans l’interprétation de Karajan par exemple.  

Tout est bien mené et juste, en particulier, chez Bruckner : solos de hautbois, clarinette, cors, trompettes, avec mention spéciale à la 3e trompette…, aux attaques précises, pupitres de vents en écho, unissons, intensifications en tout genre, silence dramatique interminable après un climax de dissonances de 9 sons…

La salle du Grand Théâtre de Provence était comble ; le Festival réussit toujours ses concerts. Celui-ci, qui alliait émotion et finesse, a transcendé les plus rétifs à l’art contemporain et au romantisme allemand. Une belle soirée.

Les artistes

 Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, dir. Sir Simon Rattle

Le programme

GYÖRGY LIGETI, Atmosphères
RICHARD WAGNER, Prélude de Lohengrin
ANTON BRUCKNER, Symphonie n°9 en ré mineur

Festival d’Aix-en-Provence, Grand Théâtre de Provence, 16 juillet 2025.

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Nicolas Darbon

Nicolas Darbon est professeur des universités en musicologie. Avant sa carrière universitaire à l'Université d'Aix-Marseille, il est professeur de musique en collèges-lycées en Normandie et en Guyane. Spécialiste de la musique des XXe-XXIe siècles, il organise de nombreux colloques. Membre du laboratoire LESA, il coordonne le Groupe de recherche sur la musique (GRiiiM) et des projets avec l'Afrique. Parmi ses livres : Pour une approche systémique de l'opéra contemporain ou Penser les métissages sonores. Il contribue notamment à L'Avant-scène opéra et à l'Histoire de l'opéra français publié chez Fayard. Outre sa participation. à Première Loge, il a écrit des analyses des opéras de Clapisson, Ferneyhough, Jolas, Messiaen, Pesson, Rihm...

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