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L’éclat du REQUIEM de Verdi sous la baguette de Michele Spotti

par Aurélie Mazenq 22 janvier 2025
par Aurélie Mazenq 22 janvier 2025

© Christian DRESSE

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Dimanche 19 janvier, l’Opéra de Marseille a accueilli une interprétation remarquée du Requiem de Verdi, qui n’y avait pas été donné depuis 2009.  Michele Spotti, talentueux directeur musical de l’Opera de Marseille dirigeait pour la première fois cet ouvrage. Véritable chef-d’œuvre du répertoire sacré, cette œuvre illustre autant la ferveur religieuse que le théâtre dramatique si cher au compositeur italien.

Composé partiellement, d’abord pour Rossini, puis finalisé en hommage à Alessandro Manzoni, le Requiem de Verdi transcende sa vocation mémorielle pour devenir une œuvre profondément humaine. Michele Spotti, tout en respectant cette double dimension, a su insuffler une vision personnelle à cette fresque sonore. Il illustre à nouveau son aptitude à rassembler les équipes autour d’une œuvre dont il maîtrise pleinement les rouages et la dynamique. Le jeune chef italien chante chaque note, chaque mot du texte. Il vibre, respire et communique avec ses musiciens dans un enthousiasme clairement palpable.

La direction de Michele Spotti, à la tête d’un orchestre en grande forme et de chœurs parfois inégaux malgré un bel investissement, offre une dramaturgie soigneusement construite où les silences étaient aussi puissants que les déferlements orchestraux. La précision des cordes, le souffle puissant des cuivres et la gravité des percussions ont servi à merveille cette fresque dramatique. Sous sa baguette, une sensualité diffuse est nettement sensible. Le spectateur navigue constamment entre recueillement et éclat lumineux. Le contraste entre la sérénité apaisante de certains passages et l’opulence presque menaçante des chœurs et cuivres a été particulièrement saisissant.

© Christian Dresse

 

Le quatuor de solistes a livré une fort belle prestation, pleine de contrastes. Leur rôle est central tant dans la position occupée sur scène, entourés par l’orchestre, que dans l’équilibre de l’œuvre. La révélation attendue de la soirée, la soprano Angélique Boudeville, qui fut déjà il y a quelque temps une fort belle Mathilde sous la baguette du maestro italien, ne déçoit pas ! Sa voix, ample et expressive, a brillé notamment dans le Recordare ou le Libera me, conjuguant virtuosité et recueillement. Son timbre légèrement vibrant ajoutait une dimension théâtrale et poignante aux moments de tension.

La mezzo-soprano Anna Goryachova a offert une interprétation sincère et animée par une ferveur palpable. Si sa projection a parfois souffert face à la puissance de l’orchestre, elle a touché par son investissement, notamment dans les passages intimes comme le Recordare, où sa sensibilité a pris toute sa mesure.

Le ténor péruvien Iván Ayón-Rivas, solaire, chaud et lumineux dès son entrée fracassante lors du Kyrie, a illuminé des passages comme l’Ingemisco. Sa voix tendue et rayonnante a ouvert une brèche vers une possible rédemption. Sa prestation, marquée par une sensibilité enveloppante, a été l’un des moments forts de la soirée.

Enfin, la basse Simon Lim s’est distinguée par sa théâtralité et sa maîtrise impressionnante. Son timbre sombre et profond, appuyé par un sens aigu du phrasé, a offert des moments d’effroi dans des passages comme le Confutatis ou le Tuba mirum, où il a su conjuguer puissance et retenue noble et glaçante.

La soirée s’est achevée dans un silence recueilli, les dernières notes du Requiem aeternam restant suspendues dans l’air, avant que des applaudissements chaleureux ne viennent saluer une interprétation spirituelle et authentique. Michele Spotti a su imposer sa vision et son entrain avec une ferveur maîtrisée, rendant hommage à la mémoire de Verdi tout en inscrivant cette œuvre dans une humanité intemporelle.

Ce Requiem est, à chaque représentation, un véritable voyage spirituel, oscillant entre effroi et sérénité, ombre et lumière. Une captation réalisée pour Radio Classique permettra à de nombreux auditeurs de (re)vivre cette expérience unique le 9 février à 20h, ou en replay sur le site de la station. Une belle réussite signée par l’Opéra de Marseille !

————————————————————-

Pour retrouver Michele Spotti en interview, cliquez ici ou là !

Les artistes

Angélique Boudeville, soprano
Anna Goryachova, mezzo-soprano
Iván Ayón-Rivas, ténor
Simon Lim, basse

Orchestre et chœurs (chef des Chœurs Florent Mayet) de l’Opera de Marseille, dir. Michele Spotti

 

Le programme

Messa da requiem

Œuvre de Giuseppe Verdi, créée en l’église San Marco de Milan le 22 mai 1874.

Opéra de Marseille, concert du 19 janvier 2025

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Angélique BoudevilleMichele SpottiIván Ayón RivasSimon Lim
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Aurélie Mazenq

Critique musicale passionnée, Aurélie Mazenq fréquente les théâtres lyriques comme on entreprend un voyage : avec curiosité, émerveillement et l'envie intacte de se laisser surprendre. Des grandes scènes européennes aux maisons plus confidentielles, elle collectionne moins les spectacles que les émotions. À travers ses chroniques, elle aime partager ces vibrations invisibles qui naissent entre les artistes et le public, et qui font de chaque représentation une expérience unique.

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