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Les QUATRE DERNIERS LIEDER de Maria Agresta : une rencontre entre lumière et crépuscule de la plus belle intensité

par Hervé Casini 2 décembre 2024
par Hervé Casini 2 décembre 2024
© Luisa Di Nicola
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Il n’est pas si fréquent qu’une artiste lyrique italienne se hasarde sur les terres de Richard Strauss – surtout avec le fameux cycle testamentaire du compositeur du Chevalier à la Rose – pour que le concert donné en ce samedi 30 novembre par l’orchestre du Teatro San Carlo placé sous la baguette de son directeur musical Dan Ettinger et la soprano campanienne Maria Agresta ne figure pas parmi les grandes heures du théâtre parthénopéen.

Du Printemps déjà crépusculaire à la lueur d’un soir apaisé

Aborder les Quatre derniers lieder de Richard Strauss nécessite impérativement de l’interprète non seulement la connaissance poétique de textes signés d’auteurs, Hermann Hesse et Joseph von Eichendorff, parmi les plus paradigmatiques du romantisme littéraire allemand mais également une maturité dans l’art du chant qui va bien au-delà de la seule couleur de la voix.

© Luisa Di Nicola

Aborder les Quatre derniers lieder de Richard Strauss nécessite impérativement de l’interprète non seulement la connaissance poétique de textes signés d’auteurs, Hermann Hesse et Joseph von Eichendorff, parmi les plus paradigmatiques du romantisme littéraire allemand mais également une maturité dans l’art du chant qui va bien au-delà de la seule couleur de la voix.
Avec, d’emblée, une projection vocale qui épouse parfaitement les boiseries et les volutes de la salle du San Carlo, l’interprète entre immédiatement dans l’assemblage si harmonieux des textes et de la musique de ces mélodies, parvenant à doser ce qu’il est nécessaire ici d’engagement et de contemplation, sans se laisser aller à un lyrisme déplacé. 

Et c’est sans doute parce que Maria Agresta, rompue à un répertoire l’ayant, ces dernières années, conduite du Bel Canto romantique jusqu’aux territoires du Vérisme et de la Giovane Scuola, sait ce que « chanter » veut dire, qu’elle ne tombe jamais dans le piège des portamenti, s’empêchant tout débordement opératique.

Avec une interprète d’une telle rigueur stylistique, et cependant jamais en manque de sensibilité musicale, Frühling apparait totalement comme un printemps à la fois émerveillé mais déjà crépusculaire. De September, Maria Agresta fait soudain ressortir, dans un legato de haute école, tous les mélismes, tous les diminuendi et les pianissimi que l’on se plaît à redécouvrir, accompagnée en cela par la direction sensible – presque trop discrète ? – de Dan Ettinger et, ici, par le cor solo, au phrasé très romantique, d’Alessandro Fraticelli.

Si Beim Schlafengehen met en valeur le médium somptueux de la chanteuse, la dernière partie du lied met au première plan une technique parfaite qui permet de venir à bout des envolées vocales et des brusques sauts d’octave qui, soudain, se succèdent. Dommage que le violon solo de Gabriele Pieranunzi nous ait paru ici un peu timide.

Il revenait à Im Abendrot d’éteindre avec une mélancolie non gâtée par de quelconques regrets les lumières de ces lieder : la voix de Maria Agresta se pare là de couleurs mordorées dans le grave et le bas-médium et vient s’unir à l’expression d’un visage transcendé sur les mots qui viennent clore le lied : « Ist dies etwa der Tod ? » (« Et c’est peut-être cela la Mort ? »). Ici, l’orchestre tisse un tapis sonore d’une fort belle homogénéité et laisse la place qu’il convient, au final, à ces chants d’oiseaux qui continuent à nous accompagner longtemps après que la baguette du chef, demeurée un instant suspendue dans les airs, est enfin retombée.

Si nous avons été moins convaincu, en deuxième partie de soirée, par l’incursion de l’orchestre du San Carlo dans le répertoire brucknérien – question d’adéquation à un style de musique peut-être ? – c’est sans doute parce que le dosage entre les diverses familles d’instruments nous a semblé peu homogène et souvent surfait. De fait, malgré le legato de belle qualité de la petite harmonie – les flûtes sont, dans le premier mouvement, particulièrement sollicitées dans leur dialogue de haute voltige avec les cors -, la précision des timbales et la poésie mélancolique du cor anglais au début du deuxième mouvement, l’ensemble donne une étrange impression de rugosité et de flottement. La force de conviction se dégageant de l’allegro moderato au quatrième mouvement ne viendra que partiellement racheter ce sentiment d’inabouti dans la vision d’ensemble de l’orchestre, toujours placé sous la direction précise de Dan Ettinger.

Applaudissements nourris pour l’orchestre et pour Maria Agresta dont notre petit doigt nous dit qu’elle ne va pas en rester là dans l’exploration du répertoire germanique…

Les artistes

Maria Agresta, soprano

Orchestre du Teatro San Carlo, dir. Dan Ettinger (violon solo : Gabriele Pieranunzi)

Le programme

Richard Strauss (1864-1949)
Vier letzte Lieder (Quatre derniers lieder) pour soprano et orchestre (1946-1948) d’après des poèmes d’Hermann Hesse (n°1-3) et de Joseph von Eichendorff (n°4).

Anton Bruckner (1824-1896)
Symphonie n°5 en si bémol majeur

Teatro San Carlo de Naples, concert du samedi 30 novembre 2024.

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Maria AgrestaDan Ettinger
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Hervé Casini

Hervé Casini est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, docteur en littérature française à Aix-Marseille Université et Secrétaire Général du Museon Arlaten (Musée d’ethnographie provençale). Collaborateur de diverses revues (Revue Marseille, Opérette-Théâtre Musical, Résonances Lyriques…), il anime un séminaire consacré au « Voyage lyrique à travers l’Europe (XIXe-XXe siècle) à l’Université d’Aix-Marseille et est régulièrement amené à collaborer avec des théâtres et associations lyriques dans le cadre de conférences et colloques.

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