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Concerts d’automne à Tours – II : vin triste et vin gai, Mariana Flores paie sa tournée !

par Nicolas Le Clerre 22 octobre 2024
par Nicolas Le Clerre 22 octobre 2024

© Rémi Angeli / Concerts d'automne

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Alfonsina aux Concerts d’automne (Tours)

Au cœur d’une programmation qui fait la part belle au grand répertoire et aux compositeurs classiques, les Concerts d’automne ont invité Mariana Flores à se produire sur la scène du Grand Théâtre de Tours. On la connaissait interprète magistrale et subtile du répertoire monteverdien, mais on découvre une chanteuse profondément attachée à son Argentine natale et à la chanson populaire de la région viticole de Cuyo.

Tour de chant

Parmi la pléiade d’artistes que les Concerts d’automne ont reçus au cours des neuf dernière années, Mariana Flores tient une place toute particulière : accompagnée de Leonardo García-Alarcón et des instrumentistes de la Cappella Mediterranea, elle s’est effectivement produite à trois reprises dans la capitale de la Touraine, mais toujours dans son répertoire de prédilection, la musique vocale italienne du seicento.

Pour cette quatrième invitation, le directeur artistique Alessandro Di Profio a joué la carte de l’originalité et de l’audace en lui demandant de venir présenter sur scène le programme du disque Alfonsina, canciones argentinas enregistré pour le label Alpha Classics en 2023.

Au cours du récital, entre deux titres, la chanteuse dévoile elle-même l’origine de ce projet très éloigné de Monteverdi : depuis de nombreuses années, après les concerts donnés aux quatre coins de l’Europe, Mariana Flores a pris l’habitude de terminer la soirée dans une brasserie avec ses amis de la Cappella Mediterranea et d’entonner de vieilles mélodies argentines, accompagnée à la guitare par son complice Quito Gato. Et de confier au public que c’est in fine son mari Leonardo García-Alarcón qui l’a convaincue l’an dernier d’enregistrer ces chansons populaires qui racontent l’âme de cette région viticole de l’ouest de l’Argentine, au pied des Andes, autour de Mendoza, dont elle est originaire.

Pour ce tour de chant à l’ancienne, Mariana Flores a donc laissé au vestiaire la panoplie de la diva : sur un plateau presque nu, elle apparait en robe bain de soleil aux couleurs automnales, un micro filaire au creux de la main, comme au bon vieux temps des shows télévisés de Maritie et Gilbert Carpentier. Le concert a beau être sonorisé, la richesse du timbre et le grain de voix de l’artiste sont remarquablement respectés et on a tôt fait d’oublier qu’elle est d’abord une chanteuse lyrique pour ne plus voir sur scène qu’une artiste attachée à défendre un répertoire qui coule dans ses veines depuis l’enfance.

Voyage en terre inconnue

Le concert s’ouvre sur la mélodie Sueño de la Vendimia qui transporte immédiatement le public tourangeau sous d’autres latitudes. Accompagnée par seulement deux musiciens, Mariana Flores use principalement, dans ce répertoire, d’un medium aux teintes ambrées et d’une couleur vocale qui porte en elle toute la richesse du monde hispanique.

On est immédiatement séduit par la simplicité de la ligne de chant qui caractérise les principaux titres inscrits au programme de la soirée : ces airs populaires – et les paroles qui s’y superposent – disent effectivement la modestie d’un peuple attaché à sa terre, au rythme des saisons et à la convivialité qui nait du partage du vin. Ils disent aussi l’héroïsme des femmes argentines, qu’elles se prénomment Dorotea, Juana ou Alfonsina qui donne son titre au tour de chant : Alfonsina y el mar est une mélodie épurée, bouleversante de simplicité et magnifiquement servie par une artiste qui se fait, en l’interprétant, l’ambassadrice de tout un pays dont l’histoire est si méconnue en Europe.

Aux côtés de Mariana Flores, Romain Lecuyer n’a pas besoin d’archet pour faire sonner sa contrebasse : pizzicato, il sait lui imprimer un rythme jazzy qui convient idéalement à ce répertoire.

Mais c’est surtout l’accompagnement de Quito Gato qui crée autour de la voix de la chanteuse l’écrin musical qui fait tout le prix de cette soirée. Au piano comme à la guitare, il réussit à transporter le public dans une bodega enfumée de Mendoza ou dans le bar à rhum d’un vieux palace de Buenos Aires : ses arrangements, d’une hispanité authentique, ont l’élégance et le naturel des grands artistes sud-américains.

De ce voyage en terre inconnue, on retiendra donc que la tonada – genre musicale né dans les Asturies et adopté en Amérique du Sud pour raconter la vie simple des paysans des haciendas – ne se danse pas a contrario de la zamba (qu’il ne faut évidemment pas confondre avec la samba brésilienne) ! Parmi ces morceaux, la Tonada de otoño ou la Zamba para no morir constituent des parenthèses enchantées durant lesquelles le public retient son souffle, l’attention focalisée sur quelques accords de guitare et la voix d’une artiste totalement vouée à son art.

Après le spectacle, sous les ors du foyer du Grand Théâtre, une brève intervention de Mariana Florez donne finalement la clé de l’émotion qui parcourait ce concert. Répondant aux félicitations de l’adjoint au maire de Tours délégué à la Culture et aux droits culturels, Christophe Dupin, la chanteuse argentine a confessé qu’après avoir tant servi la musique européenne et le répertoire de Claudio Monteverdi, elle éprouvait une immense fierté à faire découvrir de l’autre côté de l’Atlantique le patrimoine musical argentin qu’on ne saurait réduire au seul tango.

On sait gré à Alessandro Di Profio, aux Concerts d’automne et à tous leurs partenaires de rendre possible, à Tours, ces moments précieux d’échanges et de métissage culturel.

Les artistes

Soprano : Mariana Flores
Guitare, piano, arrangements : Quito Gato
Contrebasse : Romain Lecuyer
Solistes de Cappella Mediterranea

Le programme

Alfonsina, canciones argentinas

Ismael Guerrero, Jorge Viñas
Sueño de la Vendimia

Anonyme (révision Alberto Rodríguez)
Quien te amaba ya se va

Jorge Sosa, Damián Sanchez
Tonada de otoño

Norberto Jorge Ambros, Héctor Alfredo Rosales, Hamlet Lima Quintana
Zamba para no morir

Gregorio Torcetta, Aníbal Cuadros
Compadre del sol

Félix Luna, Ariel Ramírez
Dorotea la cautiva

José Adimantos Zabala, José Alfonso
Calle Angosta

Pedro Herrera
Zorzal Herido

Manuel J. Castilla, Gustavo Leguizamón
La Pomeña

Daniel García
Azahares de Magnolias

Jaime Dávalos, Eduardo Falú
Tonada de un viejo amo

Néstor Basurto
Febrero en San Luis

Pablo Raúl Trullenque, Carlos Carabajal
Entre a mi pago sin golpear

Armando Tejada Gómez, Tito Francia
Regreso a la tonada

Félix Luna, Ariel Ramírez
Juana Azurduy

Félix Luna, Ariel Ramírez
Alfonsina y el mar

Buenaventura Luna
Tuna Tunita

 Bis

Chabuca Granda
La flor de la canela

Grand Théâtre de Tours, concert du samedi 19 octobre 2024.

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Mariana Flores
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Nicolas Le Clerre

C’est un Barbier de Séville donné à l’Opéra National de Lorraine qui décida de la passion de Nicolas Le Clerre pour l’art lyrique, alors qu’il était élève en khâgne à Nancy. Son goût du beau chant le conduisit depuis à fréquenter les maisons d'Opéra en Région et à Paris, le San Carlo de Naples, la Semperoper de Dresde ou encore le Metropolitan Opera de New-York. Collectionneur compulsif de disques, admirateur idolâtre de l’art de Maria Callas, Nicolas Le Clerre est par ailleurs professeur d’Histoire-Géographie, Président de la Société philomathique de Verdun, membre de l'Académie nationale de Metz et Conservateur des Antiquités et Objets d'Art de la Meuse.

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