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Découvrir le pansori coréen à l’Opéra de Montpellier

par Sabine Teulon Lardic 2 juin 2026
par Sabine Teulon Lardic 2 juin 2026

© OONM

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Pour célébrer les 140 ans des relations diplomatiques franco-coréennes, l’Opéra national de Montpellier invite le public à découvrir le pansori, l’une des grandes traditions vocales de Corée.

Découvrir le Pansori

L’Occident connaissait la tradition théâtrale de l’opéra de Pékin, du Kabuki et du Tuong, expressions respectives de l’esthétique chinoise,  japonaise et vietnamienne. Il était donc temps de découvrir la lyrique coréenne, le pansori, également classé au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO (2008). Tout aussi codé et savant dans ses conventions de jeu, le pansori est un « opéra narratif solo, né en Coré au XVIIe siècle est porté à son apogée artistique à la fin du XVIIIe siècle » (notes de programme très didactiques). Sa particularité réside dans la sobriété du dispositif comptant deux interprètes. Le chanteur (sorikkun) est polyvalent : narrateur (parlé), acteur-chanteur et instrumentiste. Participant à la dramaturgie, le percussionniste (gosu) frappe non seulement son tambour traditionnel, mais interagit par ses exclamations. Les récits conservés en Corée du sud  (5 longs cycles) sont anonymes et de transmission orale, déroulant des fables ou drames fondés sur les valeurs de la Corée dynastique Joseon. Ces récits mettent en scène des paysans, courtisanes et nobles.

À Montpellier, Le Feu et les larmes propose quelques chants traditionnels (chant des éleveurs de vers à soie, du pilon de riz, etc.) avant de s’ouvrir sur de larges extraits du Chunhyang-ga, l’un des cycles fondateurs du pansori.

Un spectacle saisissant au style hybride

Le public entre de plain-pied dans le chant traditionnel coréen avec le chanteur Ko Yeong-yeol. Formé à l’université Hanyang, il s’est imposé comme l’un des principaux ambassadeurs du chant coréen en Occident (tournée européenne avec l’Orchestre national de Corée en 2023). Sur le plateau de l’Opéra-Comédie, il apparaît en tenue traditionnelle, se découpant sur le diaporama de splendides estampes anciennes de la dynastie Joeson (fonds du National Museum of Korea). Intensément poétique par ses vers imagés (traduction simultanée affichée) et par sa vocalité expressive, son jeu s’intensifie avec l’entrée successive de deux acolytes instrumentistes. Celle du flûtiste Lee Gyu-jae (daegeum en roseau et flûte traversière métallique) enrichit progressivement le dialogue musical. Face au chanteur désormais installé au piano, il développe un jeu fondé lui aussi sur le souffle et l’inflexion des sonorités. Leurs échanges mêlent des à-coups (attaque violente, puis aspiration), des glissements, micro-intervalles basés sur la traditionnelle échelle pentatonique (5 hauteurs). Le flûtiste accuse une forte influence jazz, étant par ailleurs une figure majeure des musiques actuelles en Corée du sud. On peut s’interroger sur cette hybridation jazzy et folk de leurs improvisations, arcboutée sur le système tonal occidental …? Mais fait-on aujourd’hui le procès du rock breton, du swing malien ou du balkan électro, toutes traditions évolutives et vivantes ?

Pour aborder la geste épique et amoureuse du cycle Chunhyang-ga, le troisième acolyte,  Kim Jae-ha, s’assied derrière son tambour en forme de tonneau (soribuk ). D’une main frappant la peau, de l’autre le cadre à l’aide d’une baguette cinglante, il scande les épisodes de cette geste en dosant ses interventions. Quant au chant, il épouse les facettes de la lyrique coréenne, tour à tour narratif, sensuel (scène La pudeur envolée), gémissant (Les adieux), épique (L’inspecteur en route) et même porteur de destruction au final. Sur le fil d’une mémorisation colossale, l’engagement émotif de Ko Yeong-yeol (voix et piano)  ne faiblit point durant 1h 30 de spectacle. Grâce au dialogue constant entre les trois musiciens, le public se trouve immergé dans cette relecture contemporaine du pansori, probablement fidèle à ses racines,  et ouvert aux influences d’aujourd’hui.

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Les artistes

Ko Yeong-yeol, voix et piano

Lee Gyu-jae, daegum et flûte traversière

Kim Jae-ha, tambour soribuk

Le programme

Le Feu et les larmes

Spectacle de pansori (Corée du sud)

Opéra de Montpellier, samedi 30 mai 2026

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Sabine Teulon Lardic

Sabine Teulon Lardic est chercheure à l'université de Montpellier 3. Spécialiste de l'opéra-comique du XIXe siècle et des spectacles lyriques dans les Théâtres de plein air (XIXe-XXIe siècles), elle a collaboré aux volumes collectifs de Carmen Abroad (Cambridge Press), The Oxford Handbook of the Operatic Canon (Oxford Press), Histoire de l'opéra français, t.3 (Fayard, 2022). Elle signe également des articles pour les programmes de salle (Opéra-Comique, Opéra de Montpellier) ou la collection CD du Palazzetto Bru Zane.

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