À la une
Le dernier scandale de Monteverdi : Poppea, influenceuse de l’Empire...
Maggio Musicale Fiorentino – et 89e Festival del Maggio :...
Maggio Musicale Fiorentino: la ricca Stagione 2027, compreso l’89° Festival...
Le siège de Corinthe : 1826-2026Pour en savoir plus sur le...
Le Requiem de Verdi à Bordeaux : l’audace d’une autre...
Riche saison 26-27 à l’Opéra de Tours
Rendez-vous annuel : la Folle soirée de Radio Classique au Théâtre...
Juan Diego Flórez à Bordeaux : le portrait d’un artiste...
Naples, Adriana Lecouvreur : Et l’ombre de Magda Olivero plana sur...
Tosca à Bruxelles : Scarpia, le parfait Salo ?
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

ProductionCompte renduVu pour vous

SOLARIS, une odyssée sonore entre mémoire musicale et vertige cosmique

par Victoria Okada 9 mai 2026
par Victoria Okada 9 mai 2026

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

Victoire Bunel - © DR

Otham Louati - © Caroline Doutre

0 commentaires 3FacebookTwitterPinterestEmail
458

Solaris, Nantes, Théâtre Graslin, mercredi 6 mai 2026

Othman Louati et Jacques Perconte signent une œuvre hybride où la voix, l’image et l’électronique dialoguent dans une fascinante continuité sensorielle

La représentation de Solaris, du compositeur Othman Louati et du vidéo-artiste Jacques Perconte, se poursuit à Angers-Nantes Opéra après sa création, en avril dernier à Roubaix, par l’Atelier Lyrique de Tourcoing ; puis l’œuvre sera présentée à Grenoble à la fin du mois. Sous-titrée « vidéo-opéra » dans le programme, inspirée du roman de Stanislaw Lem et du film d’Andreï Tarkovski, elle s’apparente en réalité davantage à une cantate profane contemporaine, où se mêlent chant, lecture de textes de Jacques Perconte — tantôt chuchotés, tantôt dits en ASMR — et musique instrumentale.

Une musique dans le sillage des traditions occidentales

À l’issue du spectacle, les lumières s’éteignent en laissant l’histoire dans une forme d’énigme, après une heure de musique et de vidéo. Une heure sans temps mort, pendant laquelle l’écoute ne se relâche jamais. Profondément ancrée dans le sillage de la tradition musicale occidentale, la partition d’Othman Louati n’a rien de pédant et demeure ouverte à tous les auditeurs. Au sein de cet héritage, la musique française, notamment celle de la fin du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui, semble traverser l’œuvre comme une lame de fond, sans jamais se laisser clairement identifier.

La structure même de la pièce renvoie à des formes connues : un prologue situe d’abord le contexte dramatique, avant une succession de tableaux qui entraînent régulièrement des changements de situation. Consciemment ou non, l’esprit se tourne vers la tragédie lyrique ou le grand opéra. Si le prologue est entièrement chanté, le corps de l’œuvre alterne parties vocales et lectures de textes, tantôt projetées de manière classique, tantôt en mode ASMR — ce phénomène neurocognitif popularisé par les réseaux sociaux — ici réalisé par des chuchotements au plus près du micro. Pour les lyricomanes, cette alternance entre chanté et parlé évoque aussi bien l’opéra-comique que le Singspiel ou encore le Sprechgesang, dans une conception résolument moderne. Le tout reste cependant entièrement au service de la narration, textuelle et musicale.

Mais, au milieu de ces références et traditions, c’est sans doute le traitement de l’électronique qui retient le plus l’attention. Plutôt que de l’utiliser de manière continue, comme souvent dans la musique dite contemporaine, Louati la considère comme une matière sonore, un timbre parmi les autres instruments, qu’il introduit uniquement lorsqu’il le juge nécessaire et dramaturgiquement efficace. Parfois réduite à un simple son électronique, parfois déployée à travers un jeu de spatialisation des haut-parleurs, elle intervient toujours à des moments clés du récit. Le même principe s’applique à la guitare électrique et au synthétiseur. Cela introduit une nouvelle perspective dans la partition, ce qui la rend plus fraiche. Grâce à cette approche, l’espace sonore n’est presque jamais saturé de sons amplifiés et ne fatigue jamais l’oreille. L’équilibre entre les cordes (violon, alto, violoncelle), les vents (cor, flûte, clarinette), les percussions, le synthétiseur et les dispositifs d’amplification se révèle subtil et particulièrement bien pensé.

Les images de Jacques Perconte, entre figuration et sensation

La vidéo de Jacques Perconte, l’un des vidéastes les plus reconnus dans ce domaine, demeure la plupart du temps figurative et accompagne directement le récit : paysages marins ou urbains, ciel, horizon, oiseaux, plateforme pétrolière, expansion de l’univers, planètes ou soleil. Les images frappent par leur beauté poétique. Rien ne semble chercher artificiellement l’effet de nouveauté ; pourtant, elles dégagent une dimension qui dépasse la simple illustration. Ce qui surprend surtout, c’est la forme de connivence qui paraît unir ces images à la musique. Après la représentation, Perconte nous confie que cette relation est en partie créée par le regard du spectateur. Cette quatrième collaboration avec Louati, nourrie de longues discussions avec le compositeur, lui permet néanmoins de concevoir des images en profonde adéquation avec la musique, avant même de la connaître précisément. Il reconnaît lui-même être surpris par le caractère aussi interactif du résultat, constat que partage également Louati.

Victoire Bunel, caméléon vocal d’une grande noblesse

La seule voix de l’œuvre est portée par Victoire Bunel. Au cours de ce parcours cosmique, la mezzo-soprano s’aventure à plusieurs reprises nettement en dehors de sa tessiture habituelle, notamment dans le grave, où la voix lyrique ne peut plus réellement se déployer. Mais cette contrainte devient ici une ressource expressive. Bunel s’en sert pour créer une atmosphère et un timbre à la fois inconnus, angoissants, mystiques et parfois rugueux.
La partition exige d’elle des changements incessants de registre — parlé, chanté, chuchoté — ainsi que de couleur vocale, parfois en l’espace de quelques secondes seulement. Elle relève ce défi avec une remarquable aisance, telle un caméléon qui s’adapte continuellement aux environnements sonores traversés.
S’il fallait émettre une réserve, elle concernerait certains passages où l’ensemble couvre la voix lorsque Bunel chante dans le registre très grave, et ce à plusieurs reprises. Quelques ajustements de balance pourraient toutefois facilement résoudre ce problème.

Après avoir assisté à Solaris, que l’on pourrait finalement qualifier davantage d’oratorio contemporain que de vidéo-opéra, une conviction s’impose : l’œuvre semble pensée par et pour des amoureux de la musique capables d’accueillir, sans hiérarchie ni rejet, les multiples courants de la tradition musicale occidentale.

  • Si vous souhaitez publier un commentaire (dans l’encadré ci-dessous, en bas de page), merci de prendre connaissance auparavant de la « Charte des commentaires » ! / If you wish to post a comment (in the box below, at the bottom of the page), please read the “Comment Policy” first!
Les artistes

Victoire Bunel (mezzo-soprano) Chant
 Regina Uijterwaal-Mulder Comédienne

Ensemble Miroirs Etendus
Iris Scialom violon
Camille Coello alto
Aurélie Allexandre d’Albronn violoncelle
Jérémy Peret guitare électrique
Émile Carlioz cor
Sarah Van Der Vlist flûte
Antoine Cambruzzi clarinette
Romain Louveau claviers
Guy-Loup Boisneau percussions
Cyprien Noisette percussions

Direction musicale Othman Louati

Anaïs Georgel Sonorisation

Le programme

Solaris

Vidéo-opéra d’Othman Louati et Jacques Perconte, d’après le roman Solaris de Stanisław Lem
Nantes, Théâtre Graslin, représentation du mercredi 6 mai 2026.

image_printImprimer
Victoire BunelOthman LouatiMiroirs Etendus
0 commentaires 3 FacebookTwitterPinterestEmail
Victoria Okada

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
La vidéo du mois : les KING’S SINGERS chantent le mois de mai
prochain post
Sept ans de prison pour la basse Paata Burchuladze !

Vous allez aussi aimer...

Le dernier scandale de Monteverdi : Poppea, influenceuse...

22 juin 2026

Le Requiem de Verdi à Bordeaux : l’audace...

21 juin 2026

Rendez-vous annuel : la Folle soirée de Radio Classique...

20 juin 2026

Juan Diego Flórez à Bordeaux : le portrait...

20 juin 2026

Naples, Adriana Lecouvreur : Et l’ombre de Magda Olivero...

19 juin 2026

Tosca à Bruxelles : Scarpia, le parfait Salo ?

19 juin 2026

Amour, gloire et beauté à Rouen : Robert Carsen...

19 juin 2026

Un Couronnement de Poppée très contemporain à l’Opéra...

17 juin 2026

Maison de Radio France : une heure avec...

16 juin 2026

Jules César en Égypte de Haendel : un...

16 juin 2026

Humeurs

  • Avant-scène Opéra Robinson Crusoé, Prix du meilleur livre décerné par le Syndicat de la critique

    19 juin 2026

En bref

  • Les brèves de juin –

    19 juin 2026
  • Ça s’est passé il ya 200 ans : création de Don Gregorio de Gaetano Donizetti

    11 juin 2026

La vidéo du mois

Édito

  • L’été des festivals : la parenthèse enchantée qu’attendent tous les lyricophiles !

    3 juin 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Stéphane Lelièvre dans Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve la production de ses débuts dans le rôle de Violetta
  • annie Cognier dans Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve la production de ses débuts dans le rôle de Violetta
  • Renato Verga dans Teatro Regio de Turin – Tosca, ou la Rome des vitrines
  • Goeldner dans Teatro Regio de Turin – Tosca, ou la Rome des vitrines
  • Nehr dans SONDRA RADVANOVSKY : « En studio d’enregistrement, on peut viser la perfection. Sur scène, on vise la vérité ».

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Le dernier scandale de Monteverdi :...

22 juin 2026

Le Requiem de Verdi à Bordeaux...

21 juin 2026

Rendez-vous annuel : la Folle soirée de...

20 juin 2026