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SONDRA RADVANOVSKY : « En studio d’enregistrement, on peut viser la perfection. Sur scène, on vise la vérité ».

par Stéphane Lelièvre 23 mars 2026
par Stéphane Lelièvre 23 mars 2026
© Cedric Angeles
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Entre Sondra Radvanosky et le public français, c’est une love affair ! Aida, Il trovatore, Simon Boccanegra… La soprano multiplie les succès sur les scènes parisiennes, et nul ne doute qu’elle remportera un nouveau triomphe dans les représentations de Tosca prochainement programmées à l’Opéra Bastille.
Première Loge l’a rencontrée à l’occasion de sa venue dans la capitale, mais aussi de la sortie de son nouvel album, dédié à Puccini.

Stéphane LELIÈVRE – Votre nouvel album consacré à Puccini est l’enregistrement d’un concert donné à Chicago en février 2025, et la plupart de vos CD sont issus de concerts ou de représentations enregistrées devant un public. Avez-vous le sentiment de donner le meilleur de vous-même sur scène, face aux spectateurs, plutôt que devant un micro ?
Sondra RADVANOVSKY – J’ai toujours eu le sentiment que c’est sur scène que je donne la version la plus authentique de moi-même. Quand il y a un public dans la salle, quelque chose change. L’adrénaline, le souffle partagé entre l’orchestre, les chanteurs et le public… cela crée une sorte d’électricité qu’on ne peut tout simplement pas reproduire en studio.
Dans un studio d’enregistrement, on peut viser la perfection, mais sur scène, on vise la vérité. Et parfois, la vérité est un peu dangereuse, un peu imprévisible, et c’est ce qui la rend passionnante. Je pense que c’est la raison pour laquelle la plupart de mes enregistrements sont issus de concerts. Ce que vous entendez, c’est un moment réel dans le temps. Rien de lissé, rien de figé. Juste la musique et l’émotion telles qu’elles se produisent.

Tosca, "Vissi d'arte" - Paris, Opéra Bastille, 2016 (dir. P. Jordan)

S.L. – Cet album Puccini vous permet d’aborder quasiment tous les opéras composés par Puccini : ne manque à l’appel qu’Il tabarro du Trittico ! Et Puccini sera très présent dans vos concerts à venir : vous retrouverez Tosca très prochainement à Paris, Turandot à Munich l’été prochain, La fanciulla del West à New York en décembre… Que représente ce compositeur pour vous ? La passion ? La parfaite alliance du théâtre et de la musique ?
S.R. – Pour moi, Puccini représente le mariage parfait entre le théâtre et la musique. Il comprenait les émotions humaines d’une manière très directe, presque cinématographique. Quand on chante Puccini, on ne peut pas se cacher derrière la seule beauté sonore. Il faut vivre le personnage pleinement.
Ce que j’aime, c’est la façon dont il écrit pour la voix. La ligne vocale est incroyablement généreuse, mais elle est aussi exigeante car elle requiert un engagement émotionnel total. Un instant, vous murmurez quelque chose d’intime, et l’instant d’après, vous exprimez le désespoir ou la passion les plus profonds.
Pour moi, Puccini, c’est la passion, sans aucun doute. Mais c’est aussi la vérité. Ses personnages semblent très humains, très fragiles, et c’est ce qui rend leur interprétation si puissante.

S.L. – Minnie dans La fanciulla del West sera une prise de rôle, n’est-ce pas ? Qu’est-ce qui vous attire dans ce personnage, sur le plan musical ou dramatique ?
S.R. – Oui, Minnie sera une première pour moi, et je suis très enthousiaste à l’idée de l’interpréter ! C’est un personnage fascinant, car elle est à la fois incroyablement forte et profondément vulnérable. Ce n’est pas l’héroïne puccinienne typique qui meurt tragiquement à la fin. Minnie se bat. Elle survit.
Sur le plan musical, ce rôle est merveilleux car Puccini écrit ces lignes lyriques expansives tout en les intégrant dans une partition très dramatique, quasi cinématographique. Sur le plan dramatique, c’est une femme qui tient toute une communauté ensemble, tout en portant en elle sa propre solitude et son propre désir.
J’adore de tels personnages… Ils semblent très réels !

© Cedric Angeles

S.L. – On rattache souvent Puccini à l’école vériste (même si certains musicologues contestent cette affiliation). Mais dans vos interprétations pucciniennes, vous semblez mettre un point d’honneur à aborder sa musique avec une technique quasi belcantiste : respect du legato, grande attention apportée à la ligne de chant, aux nuances, expressivité musicale plus encore que verbale…
S.R. – Pour moi, la base du chant puccinien est en réalité très proche du bel canto. Si l’on perd le legato, si l’on perd la ligne, la musique devient lourde et l’émotion cesse de couler. L’écriture de Puccini est incroyablement expressive, mais cette expression doit transparaître à travers la voix de manière naturelle.
Je pense toujours en premier lieu à la phrase, au souffle, à la façon dont la ligne passe d’une note à l’autre. Le drame est déjà dans la musique. Si l’on chante la ligne en respectant le legato et les nuances, l’émotion surgit presque d’elle-même.
Ainsi, même si l’on considère souvent Puccini comme étant un compositeur vériste, je l’aborde avec la même discipline technique que celle que j’utiliserais pour Bellini ou Donizetti.

Norma, "Casta diva" - Paris, Opéra Bastille, 2016 (dir. P. Jordan)

S.L. – À propos de bel canto, vous êtes l’une des rares interprètes actuelles à pouvoir aborder, comme jadis Maria Callas, les répertoires belliniens ou donizettiens et les œuvres italiennes plus tardives : le Verdi de la maturité, Puccini, Giordano,… Comment passe-t-on d’un type de répertoire à un autre ? Cela demande-t-il une discipline particulière ?
S.R. – Passer d’un répertoire à l’autre exige beaucoup de discipline, mais la technique de base doit toujours rester la même. La voix ne sait pas si vous chantez du Bellini ou du Puccini. Ce qui change, c’est la couleur, le style, la charge dramatique.
Avec le bel canto, l’accent est mis avant tout sur la pureté de la ligne, l’agilité et l’élégance du phrasé. Lorsque l’on passe à un répertoire plus tardif comme celui de Verdi ou de Puccini, l’intensité émotionnelle augmente et l’orchestration s’enrichit. Mais si les bases techniques sont solides, on peut passer d’un univers à l’autre tout à fait naturellement.
Pour moi, le bel canto a toujours été une « salle d’entraînement » pour moi, comme un gymnase ! Il permet de garder l’instrument souple et authentique.

S.L. – Le public français vous aime tout particulièrement, et vous avez rencontré de très grands succès à l’Opéra dans divers rôles verdiens : Hélène, Leonora, Elisabetta, Amelia, Aida… Y a-t-il un autre rôle que vous aimeriez chanter à Paris ? Peut-être la Médée de Cherubini, créée à Paris au Théâtre Feydeau en 1797 ?
S.R. – Paris a toujours occupé une place très spéciale dans mon cœur. Le public y est si attentif et passionné, et j’ai eu beaucoup de chance de chanter des rôles extraordinaires de Verdi à l’Opéra.
Bien sûr, Médée serait fascinante. C’est un rôle si puissant, tant sur le plan musical que dramatique. C’est un personnage d’une immense intensité, et ce genre de profondeur psychologique m’attire toujours beaucoup en tant qu’artiste.
Donc oui, si Paris décidait un jour de m’inviter à chanter Médée, je serais certainement très intéressée !

© Cedric Angeles

S.L. – Nous avions été très déçus de l’annulation (en raison d’une grève) du Pirata de Bellini que vous deviez chanter en version de concert en 2021… Aimeriez-vous qu’on vous propose une nouvelle date pour chanter cette œuvre ? Vous n’aviez pu participer qu’à la répétition générale…
S.R. – Oui, je me souviens très bien de cette annulation, et ce fut une telle déception… Il pirata est une œuvre magnifique, et Bellini a écrit une musique vraiment extraordinaire pour la soprano. Nous avions déjà commencé les répétitions, nous avons donc pu explorer la partition ensemble, mais bien sûr, la partie la plus importante, la représentation elle-même, n’a jamais eu lieu.
J’adorerais avoir une autre occasion de l’interpréter. C’est un rôle qui exige à la fois une grande liberté vocale et un engagement dramatique profond, ce qui correspond exactement au genre de défi que j’apprécie.
Donc si l’occasion se présente à nouveau, j’accepterai sans hésiter.

S.L. – Bienvenue à Paris, chère Sondra, nous vous souhaitons beaucoup de succès pour votre Tosca!

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Sondra Radvanovsky
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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