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Carmen à Hong Kong : rencontre avec Franck Chastrusse-Colombier

par Gisèle Chaboudez 19 mars 2026
par Gisèle Chaboudez 19 mars 2026
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En 1982, Carmen, dans une mise en scène de René Terrasson, était montée en chinois à l’Opéra central de Pékin par une troupe entièrement chinoise. Il s’agissait de la première représentation d’un opéra français en Chine et le spectacle connut un triomphe à sa création le 1er janvier. Plus de quarante ans après cet événement historique, le chef-d’œuvre de Bizet revient en Chine (du 7 au 10 mai), mais cette fois-ci à Hong-Kong. Il sera dirigé par le chef Franck Chastrusse-Colombier, que Première Loge a rencontré à cette occasion.

© D.R.

Gisèle CHABOUDEZ – Bonjour Franck Chastrusse-Colombier, c’est un plaisir que vous nous parliez de votre prochaine direction musicale de l’opéra Carmen de Bizet, au festival français de Hong Kong, du 7 au 10 mai. Vous avez étudié à Limoges, puis la direction d’orchestre à Paris, à l’École Normale de Musique, puis Philadelphie et Sienne, n’est-ce pas ? Qui ont été vos maîtres et que gardez-vous de ce qui fut précieux dans leur enseignement ?
Franck CHASTRUSSE-COLOMBIER – Deux personnalités m’ont particulièrement marqué, la première c’est Maurizio Arena dont j’ai retenu l’humilité et l’intégrité artistique. Humilité face aux chefs-d’œuvres dont nous avons la responsabilité interprétative, et intégrité dans la lecture d’une partition.
Il y a eu aussi les conseils précieux de Georges Prêtre. J’en retiens l’urgence inhérente à la direction d’orchestre.

G.C. – Vos débuts de chef d’orchestre ont été marqués par votre nomination à plusieurs concours et une première direction de Rigoletto, à 22 ans.  Votre parcours lyrique est passé par l’Orchestre de l’Association symphonique de Paris, de multiples directions d’orchestres, puis cinq années en Pologne, où vous avez dirigé de nombreuses œuvres et pris la direction de l’Opéra de Silésie. Qu’est ce qui a été essentiel dans votre parcours jusqu’ici, en France et en Pologne ?
F.C.C. – Le parcours d’un chef est un chemin complexe qui n’est pas seulement fait de l’accumulation des productions lyriques qu’il dirige. La France est en fait le pays où j’ai le moins dirigé. En Pologne, les théâtres fonctionnent en troupes et je me suis parfois vu diriger trois œuvres différentes en trois jours. Toutes les étapes de mon parcours m’ont permis d’évoluer dans des contextes et des mesures différents.
La fréquentation des œuvres au long terme vous permet une compréhension plus profonde de l’art lyrique, que le temps et l’étude seuls peuvent vous procurer.

G.C. – Vous avez dirigé Luisa Miller à Avignon en 2024, un spectacle qui a été très apprécié. Vous avez proposé, je crois, une lecture personnelle, différente des nombreuses interprétations qui ont précédé ?
F.C.C. – J’en reviens à l’intégrité. Je n’ai rien fait d’exceptionnel, j’ai juste essayé de comprendre la volonté du Maestro Verdi au travers des quelques exemplaires des partitions dont nous disposons et de ses correspondances. Un travail de préparation selon moi indispensable si l’on veut aller plus loin que les notes écrites sur une partition.

G.C. – Vous abordez donc maintenant Carmen à Hong Kong, une œuvre que vous aviez déjà dirigée, qui vous est familière. Comment l’abordez-vous cette fois-ci ? Comment les distributions, les mises en scène, les conditions matérielles dans lesquelles les spectacles sont donnés influent-elles sur votre façon de diriger une œuvre ?
F.C.C. – L’art lyrique est une construction complexe basée notamment sur la correspondance de ce qui se passe sur scène et dans la fosse. Les facteurs sont donc nombreux suivant les artistes avec qui vous collaborez (leurs voix, leurs personnalités…). Les mises en scène et la direction d’acteur influent également sur l’interprétation musicale tout comme les éclairages.

Célestine Galli-Marié dans le rôle de Carmen par Henri Lucien Doucet (1886)

G.C. – Qu’attendez-vous d’une interprète de Carmen ? Vous connaissiez bien une des plus grandes, Béatrice Uria-Monzon, disparue l’année dernière, qui a marqué ce rôle. Cette fois-ci, vous aurez deux Carmen en alternance, Ambroisine Bré et Marie Gautrot…
F.C.C. – La relation entre un(e) chanteur(se) et un chef peut être une des plus belles formes de collaboration artistique. Il s’agit en fait de la relation de tout un orchestre (et parfois des chœurs) avec les chanteurs via le chef.
Le chef doit permettre aux artistes de donner leur meilleur vocalement, et également assurer une lecture permettant de maintenir la tension dramatique tout au long de l’ouvrage.

G.C. – La production de Hong Kong bénéficie d’une double distribution pour presque tous les rôles. Cela pose-t-il des problèmes particuliers pour le chef ?
F.C.C. – Bénéficier d’une double distribution est avant tout une chance. Pour la production de Hong Kong, nous aurons Marie Gautrot et Ambroisine Bré dans le rôle de Carmen, Amadi Lagha et Sébastien Guèze en Don José, Timothée Varon en Escamillo, et enfin Camille Schnoor et Perrine Madoeuf en Micaela. Une double distribution de Carmen avec plus de chanteurs français que sur certaines de nos scènes nationales. 

L’enjeu musical reste celui de s’adapter d’une soirée sur l’autre à la distribution que vous avez sur scène. C’est un peu comme au ballet où les rôles titres changent quasiment tous les soirs.

G.C. – Que représente pour vous le fait d’interpréter un chef-d’œuvre du répertoire lyrique français dans un pays où l’opéra représente encore très certainement une forme d’art assez inhabituelle, pour ne pas dire exotique ?
F.C.C. – Les Chinois sont familiers d’une certaine forme d’opéra qui remonte au XIIe siècle dans leur culture, et qui a ensuite évolué pour prendre plusieurs formes. Cette production de Carmen sera ici mise en scène par Jia Ding, qui a opté pour une transposition dans le Hong Kong de 1978. J’aime cette idée, car nous nous adressons à un public de Hongkongais, et transposer Carmen dans leur culture est sans doute un des meilleurs moyens de leur permettre de se projeter dans le drame. C’est aussi une forme d’universalisme que de réunir des artistes chinois et français pour monter une nouvelle production de Carmen à Hong Kong. C’est également un honneur que d’aller porter la musique française hors de nos frontières. 

G.C. –  Comment voyez-vous la suite de votre parcours ?
F.C.C. – Je vous le dirai… lors de notre prochaine entrevue !

———————————————————–

Retrouvez plusieurs artistes de cette production en interview :
– Marie Gautrot
– Perrine Madoeuf
– Timothée Varon

To read this interview in English, click on the flag!

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Gisèle Chaboudez

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