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CD – L’Enchanteur, avec Lucile Richardot – Aux Dames de France

par Laurent Bury 10 octobre 2025
par Laurent Bury 10 octobre 2025
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1,4K
Les artistes

Mélanie Bracale, piano
Lucile Richardot, mezzo-soprano
Alice Szymanski, flûte
Marie Ythier, violoncelle

Le programme

L’Enchanteur

Œuvres de Debussy, Barrère, Gaubert, Roussel, Cartan, Fauré, Viardot, Hahn, Ravel.

1 CD Paraty, 60 min, octobre 2025.

Le lecteur et surtout la lectrice nous pardonneront ce titre suranné : c’était autrefois le nom d’une chaîne de magasins, et il n’a pas paru messéant de l’appliquer à ce disque où quatre dames servent de fort belle façon le répertoire français. Il y a aussi une compositrice au programme, mais une seule : Pauline Viardot, qui est aussi la doyenne des créateurs présents sur ce disque. Tous ont en tout cas pour point commun d’être français, même si Mme Viardot ne l’était que de cœur et était surtout européenne. C’est en 1886 qu’elle fit paraître un recueil intitulé Six chansons françaises du XVe siècle. Quant au benjamin de cette équipe dont elle est la doyenne, il s’agit de Jean Cartan, celui qui eut aussi la vie la plus brève puisque, né en 1906, il décéda en 1932 : ses Cinq poèmes de Tristan Klingsor publiés en 1968 sont ainsi l’œuvre la plus récente du parcours.

Si ses deux extrémités chronologiques se trouvent être des mélodies, le disque intitulé L’Enchanteur n’est pourtant pas construit autour du chant, mais d’un instrument. Celui qui enchante ici serait-il plutôt le facteur Louis Lot (1807-1896), qui fabriqua en 1869 la flûte sur laquelle joue Alice Szymanski, protagoniste centrale de ce récital ? La flûte est le fil rouge de tous les morceaux, mais l’Enchanteur pourrait bien aussi être le flûtiste Gaston Blanquart (1877-1962) qui utilisa pendant toute sa carrière l’instrument en question, avec lequel il créa notamment la Fantaisie que Fauré écrivit en 1898 comme morceau de concours pour le Conservatoire de Paris. « L’Enchanteur », enfin, c’est le titre de l’une des Deux pièces pour flûte et piano de Reynaldo Hahn, dédiée au susdit Gaston Blanquart, l’une des pages rares du répertoire chambriste qu’explore avec un goût très sûr Alice Szymanski.

Le disque s’ouvre et se ferme sur deux piliers du répertoire : Prélude à l’après-midi d’un faune et les Chansons madécasses. Pour Debussy, il s’agit bien sûr d’une transcription – le texte d’accompagnement n’en précise pas l’auteur, mais on suppose que c’est celle de Gustave Samazeuilh – où la flûte dialogue non plus avec l’orchestre, mais avec le seul piano. Par chance, le Bechstein sur lequel Mélanie Bracale joue avec une grande sensibilité a une richesse d’harmoniques qui nous console de la perte de l’orchestration.

La majorité des pièces rassemblées ont été composées pour flûte et piano : aux côtés de pages de Philippe Gaubert ou de l’encore plus oublié Georges Barrère (qui tenait la partie de flûte à la création du Prélude à l’après-midi d’un faune en 1894), on remarque Les Joueurs de flûte où Albert Roussel lorgne en partie vers l’Antiquité dans les deux premiers morceaux, vers l’Inde de Padmavati dans le troisième (« Krishna ») et vers le Grand Siècle revu par la Belle Epoque dans le dernier. Fauré et, on l’a dit, Reynaldo Hahn complète ce programme original.

La voix, enfin, est celle de Lucile Richardot, que l’on se réjouit de retrouver dans l’univers de la mélodie où elle est de plus en plus présente (voir par exemple le récent hommage que le label « La Boîte à Pépites » a rendu à la compositrice britannique Liza Lehmann). On pourrait regretter que seul un des Cinq poèmes de Jean Cartan ait ici été retenu ; le ténor Kaëlig Boché avait gravé tout le cycle chez Hortus, mais avec piano seul. On « progresse » puisque l’on se rapproche de la version originale pour voix, flûte, harpe et quatuor à cordes. Quant à Pauline Viardot, la seule des Six chansons retenue donne aussi des regrets, car Lucile Richardot la distille avec une exquise prononciation du français de la Renaissance. Toutefois, c’est bien sûr dans les Madécasses – où les rejoint la violoncelliste Marie Ythier – que l’on attend la mezzo au tournant. Aucun histrionisme, ni dans le désir dont palpite « Nahandove » ni dans la véhémence de « Aoua », mais au contraire une grande retenue dans l’expression des affects, la chanteuse comptant sur l’éloquence du texte pour traduire les intentions de la musique. Vingt minutes de Lucile Richardot sur un disque qui en compte soixante, c’est peu, jugera peut-être l’amateur de voix, mais ce sont vingt bien belles minutes.

Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Alice Szymanski, flûte ; Mélanie Bracale, piano ; Marie Ythier, violoncelle. 1 CD Paraty, 60 minutes

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Lucile Richardot
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Laurent Bury

Une fois hors d'un charnier natal assez septentrional, Laurent Bury a longtemps habité sous les vastes portiques du 123, rue Saint-Jacques, du 45, rue d'Ulm et du 1, rue Victor Cousin (et même ensuite du 86, rue Pasteur, 60007). Longtemps, il s'est couché de bonne heure aussitôt après les spectacles que, de 2011 à 2020, il allait voir pour un autre site opératique. Papillon inconstant, farfallone amoroso, il vole désormais entre divers sites, et a même parfois l'honneur de prêter sa plume aux volumes de L'Avant-Scène Opéra.

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