Ferdinand Hérold (1791-1833)
Louis-Joseph-Ferdinand Hérold, né à Paris le 28 janvier 1791, est un compositeur et pianiste français du début du XIXe siècle. Issu d’une famille de musiciens, il reçoit très tôt une formation musicale et entre au Conservatoire de Paris, où il étudie notamment auprès de Louis Adam et d’Étienne-Nicolas Méhul. En 1812, il remporte le prestigieux Prix de Rome, qui lui permet de séjourner en Italie et d’enrichir son langage musical.
De retour à Paris en 1815, Hérold se consacre principalement à la musique lyrique et au ballet. Son talent pour la mélodie, son sens du rythme et son habileté dramatique contribuent au renouvellement de l’opéra-comique français.
Parmi ses œuvres les plus célèbres figurent Zampa (1831), Le Pré-aux-clercs (1832) et le ballet La Fille mal gardée (1828), qui témoignent de la vivacité et de l’élégance de son écriture.
Malgré une carrière brillante, Ferdinand Hérold meurt prématurément le 19 janvier 1833, à l’âge de 41 ans. Il laisse une œuvre importante qui contribue au rayonnement de la musique française du XIXe siècle.
Chevalier de la Légion d’Honneur en 1828, Hérold avait un instinct dramatique sûr et un sens de la scène certain. Son écriture est souvent plus habile que celle de la plupart de ses contemporains. La couleur de son style très personnel l’a même fait surnommer le « Weber français », ce qui est peut-être exagéré mais demeure significatif. Hérold mourut jeune de la tuberculose (41 ans), un mois après la première du Pré-aux-clercs. Il laissait un opéra inachevé, Ludovic, qui fut terminé par Jacques Fromenthal Halévy.
Zampa, un des triomphes parisiens des années 1830
Bien que son buste orne la façade ouest du Palais Garnier, on ne joue plus guère les oeuvres d’Hérold aujourd’hui… Seuls, nos danseurs assurent la pérennité d’un de ses 6 ballets, parmi lesquels La Fille mal gardée (1828), unique ballet comique de l’époque romantique à avoir survécu.
Zampa ou la Fiancée de marbre, devenu une absolue rareté, fut pourtant l’un des plus grands succès parisiens de l’année 1831. Créée le , salle Ventadour à Paris, cet opéra-comique remporta un triomphe et fut joué 56 fois dès la première année. Dès 1824, Der Freischütz de Weber déclencha un souffle nouveau sur le théâtre musical. Paris s’enflamma pour ce qu’on appela très vite le « grand opéra historique ». La Dame blanche de Boïeldieu (1825), La Muette de Portici d’Auber (1828), Guillaume Tell de Rossini (1829) Fra Diavolo d’Auber (1830) et Robert le diable de Meyerbeer (1831) en furent les premiers exemples marquants. Avec son souffle romantique et ses frissons surnaturels, Zampa trouverait naturellement sa place au sein de ce répertoire…
La partition d’Hérold déborde d’airs et d’ensembles virtuoses et se révèle magistrale de couleurs, de vivacité et de relief. Son succès fut fulgurant, tant en France qu’en Italie et en Allemagne. Pourtant, l’ouvrage déserta peu à peu les affiches, ses exigences interprétatives ayant peut-être entravé les nouvelles productions. Le rôle-titre, notamment, doit séduire avec panache et tout autant demeurer un bandit : ses interventions font varier une noirceur glaçante avec des sourires fort tendres, quand ce n’est pas une bonhomie de ton qui vient camoufler les noirs desseins de ce héros hors normes.
Résumé de l’action de Zampa : dans une Sicile fantasmée du début du XVIIe siècle, que le livret saupoudre de « gothique » et de superstitions, on célèbre la mémoire de la malheureuse Alice Manfredi, morte de la trahison de son amant. Camille doit épouser Alphonse quand débarque un inconnu qui, ayant pris en otage le père de la belle, exige de remplacer Alphonse à l’autel. Camille cède et ne peut rien révéler du chantage. Bravache, le forban passe une bague au doigt de la statue d’Alice : stupeur quand celle-ci referme ses doigts sur l’anneau (Mérimée s’en souviendra). L’intrigant personnage n’est autre que Zampa, corsaire recherché pour ses nombreux forfaits. Son identité est révélée à tous à la fin de l’acte, alors qu’il approche de l’autel avec Camille. Hélas, une missive royale vient immédiatement absoudre le brigand, et la noce se poursuit. Dans un troisième acte plus ramassé, Alphonse découvre encore que Zampa est son frère, celui même qui avait fait le malheur d’Alice douze ans plus tôt. Dans la chambre nuptiale, Camille implore Zampa de la laisser entrer au couvent, mais rien ne l’arrête. Au dernier moment, la statue d’Alice se substitue à Camille : saisi par sa main glacée, Zampa est entraîné tandis que les autres personnages se réunissent dans une vision lointaine.
Dès sa création, malgré le jugement négatif d’Hector Berlioz, Zampa remporta à Paris un succès immense. L’histoire rappelle d’assez loin celle du Don Giovanni de Mozart, mais la comparaison reste superficielle, la différence de qualité étant trop évidente entre le livret de Lorenzo da Ponte et celui de Mélesville. Ceci n’empêche pas une réelle inspiration mélodique qui rendit l’œuvre chère aux publics français et allemand.
En 1906, Arthur Pougin, biographe d’Hérold, n’hésitait pas à taxer Zampa de « prodigieuse partition » : « L’œuvre est pleine de noblesse, et aussi remarquable par la forme que par le fond, écrite de main d’ouvrier, et d’une richesse, d’une nouveauté, d’une élégance d’inspiration qui étonnent et subjuguent l’auditeur. »
Malgré le grand succès de la création, l’oeuvre disparut progressivement des affiches des théâtres français… Au printemps 2008, le Théâtre de l’Opéra-Comique présenta une série de superbes représentations de cet ouvrage. La distribution en était prestigieuse : Richard Troxell (Zampa), Patricia Petibon (Camille), Bernard Richter (Alphonse), Léonard Pezzino (Daniel), Doris Lamprecht (Ritta), Vincent Ordonneau (Dandolo), les Arts Florissants étant dirigés par William Christie. Malheureusement, le ténor Richard Troxell sembla vite dépassé par l’entreprise… De plus, la mise en scène de Mascha Makeïeff et Jérôme Deschamps, certes subtile et originale, déployait dans les passages fantastiques, des effets moins inventifs, vite émoussés.
Toutefois, l’exaltante idée de cette résurrection laissait espérer la parution d’un cd et d’un dvd du spectacle. Grande fut la déception des mélomanes… Au disque, Zampa devrait encore attendre son heure… D’autant qu’en 2015, une nouvelle production, très réussie, consacrée à l’autre ouvrage important d’Hérold, Le Pré-aux-Clercs (1832), fut suivie, elle, d’un magnifique livre-cd (n°13) chez Palazzetto Bru Zane.
Heureusement, un récent enregistrement du Palazzetto Bru Zane (n°48) permet dorénavant de découvrir l’intégralité de Zampa.
À Julien Henric revient la tâche d’incarner ce héros bondissant et versatile. Nous avions manifesté récemment, l’espoir de revoir au plus vite ce ténor élégant dans un rôle plus conséquent que le Laërte de Hamlet d’Ambroise Thomas : nous sommes comblés ! Il ressuscite Zampa avec une belle aisance tout en ayant recours à la voix mixte. Le rôle, il est vrai, est particulièrement bien servi (grand air à sections, barcarolle (« Douce jouvencelle », acte II), récit et cantabile élégiaque (« Camille est là ! … Je l’entends ! », acte II), cavatine (« Pourquoi trembler ? », acte III), air à boire (« A table ! », acte I), des ensembles… Julien Henric parvient à maintenir avec charme son personnage, entre canaillerie sensuelle et éclats inquiétants.
La soprano Hélène Carpentier assume le rôle presque exclusivement pathétique de Camille, avec naturel et sans emphase excessive. Sa présence autant que sa voix disposent du poids qui convient.
Elle doit faire face à des notes aux extrémités de la tessiture, qu’elle affronte avec sang froid et élégance (« A ce bonheur suprême » (acte I), « Quel mystère effrayant » (acte II), « Est-ce un rêve ? » et « Où suis-je ? » (acte III).
Le ténor Cyrille Dubois est remarquable de brio et d’élégance dans le rôle d’Alphonse, jeune officier que Camille repousse au profit de Zampa. Les premiers frémissements du soupirant éconduit s’élancent vers des aigus périlleux, appelant la vengeance dans une rage qui se contient tout juste. Décidément, de rôle en rôle, ce ténor cultive l’art de surprendre !
Les traditionnels personnages comiques sont incarnés avec maestria par Héloïse Mas (Ritta bondissante et farceuse), Pierre Derhet (Dandolo lunatique) et François Rougier (Daniel débonnaire). Avec eux, toute la caractérisation spécifique requise dans les dialogues, bénéficie de tempéraments on ne peut plus adéquats.
Le Chœur de la Radio bavaroise (chef de chœur : Stellario Fagone) est superbe d’engagement et de présence vibrante. L’Orchestre de la Radio de Munich, sous la direction vigoureuse d’Erik Nielsen, entretient un relief changeant aux couleurs miroitantes : soupirs des bois, cordes frétillantes, chant religieux pour orgue, expressives broderies de harpe (guère étonnantes si l’on songe aux superbes Sonates pour alto et harpe du même Hérold)… Dès l’ouverture, qui jadis, fit longtemps la fortune des concerts en plein air, le chef retrouve la verve de Paul Paray et de Jean Martinon, familiers de cette page. Sur l’ensemble de l’œuvre, il entretient une fièvre et un tourbillon sonores parfaitement à leurs places et valorisés par une prise de son claire et aérée.
L'œuvre d'Hérold au disque
Avant la parutio du livre-disque du Palazzetto Bru Zane, Zampa demeure un ouvrage ignoré des discophiles. Aucune intégrale n’était parue, tant en 78 tours qu’en 33 tours, encore moins en cd. Sur l’édition cd du Pré-aux-Clercs, aux éditions Malibran, figurent en annexe de petits extraits variés de Zampa enregistrés en 1925, 1930 et 1932 ! C’est dire qu’une intégrale était attendue des discophiles et mélomanes !
Seule l’Ouverture pétaradante avait à ce jour les honneurs du disque, plus rarement du concert, sous les baguettes alertes de Jean Martinon, Richard Bonynge et Paul Paray. Cette page enchantait nos arrière-grands-parents lors des anciens concerts donnés en kiosques à musique, dans les parcs. Autre temps…
Nous vous proposons ci-après quelques cd et dvd consacrés à Hérold, encore disponibles.
ŒUVRES LYRIQUES
Le Pré-aux Clercs (+ Ouverture de Zampa par Paul Paray) Extraits par Renée Doria, Michel Sénéchal, Adrien Legros, dir. Jésus Etcheverry, 1963, Philips.
Le Pré-aux-Clercs : Denise Boursin, Berthe Monmart, Joseph Peyron, Camille Maurane, Lucien Lovano, dir. Robert Benedetti, 1959, Gaîté Lyrique / Musidisc. Disponible aussi chez Malibran. (+ Le Muletier : André Mallabrera, Joseph Peyron, Gérard Friedman, Lina Dachary, Claudine Collart, dir. Jean-Pierre Marty, 1968).
Le Pré-aux-Clercs : Marie-Ange Munger, Marie Lenormand, Jeanne Crousaud, Michael Spyres, Eric Huchet, Christian Helmer, dir. Paul McCreesh, 2015 (Palazzetto Bru Zane)
Cantate Ariane (1811) : Stern / Palazzetto Bru Zane (+ Boisselot, Catel, Cherubini)
- Ouverture de Zampa (Paul Paray/Mercury ; Richard Bonynge/Decca)
- Le CD consacré aux Ouvertures d’Auber (Salvi / Naxos volume 8), propose une œuvre collective, « Vendôme en Espagne » (1823), composée en collaboration par Auber et Hérold. Certains morceaux sont composés en duo, d’autres par l’un ou l’autre de ces compositeurs. L’ouvrage fait la part belle aux pages de danse. Dans le Finale, Hérold ajouta une difficile partie de harpe, avec des cadences particulièrement belles.
BALLETS
La Somnambule (Bonynge / Melba)
La Fille mal gardée (Lanchbery / Decca)
La Fille mal gardée + Lecoq, Mam’zelle Angot (Bonynge, Decca)
La Fille mal gardée (Lanchbery, Unitel)
SYMPHONIES, CONCERTOS, MUSIQUE DE CHAMBRE
Symphonies n°1 & 2 + Ouvertures de Le Pré-aux-Clercs & Zampa (Hauschild / Dynamic)
Concertos pour piano et orchestre n°2-3-4 (Neuburger & Niquet / Mirare)
Concertos pour piano et orchestre n°1 à 4 (Pondepeyre & Alphen / Talent)
Les 3 Quatuors à cordes (Quatuor Annesci / REM)
4 Sonates pour Harpe et Alto (Talitman & Xuereb / Harp & C° ; + Milandre, Bochsa, Chausson, Boulanger, Proust, Damase)

