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In memoriam – JOSÉ VAN DAM : L’ÉLÉGANCE FAITE CHANT

par Stéphane Lelièvre 19 février 2026
par Stéphane Lelièvre 19 février 2026
© Naomi Baumgartl
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JOSÉ VAN DAM (1940-2026) : la noblesse de la voix, la vérité du mot

🎶 Un destin lyrique

Né à Bruxelles le 25 août 1940, José van Dam fait partie de cette génération d’artistes pour qui le chant n’est pas seulement un art, mais une forme d’humanité.
Après des études brillantes au Conservatoire royal de Bruxelles, il entame une carrière qui le conduira sur les scènes les plus prestigieuses : Paris, Berlin, Milan, Londres, New York, et bien sûr La Monnaie, qu’il appelait affectueusement sa maison.

Pendant plus d’un demi-siècle, il a incarné les plus grands rôles de baryton-basse avec une élégance et une profondeur inégalées, devenant pour beaucoup un symbole du chanteur idéal : à la fois musicien, comédien et poète du verbe.

Sa carrière est marquée par un éclectisme rare et une exigence artistique sans faille. Il s’imposa au cours de sa carrière comme l’un des interprètes majeurs de Mozart (Don Giovanni, Les Noces de Figaro, La Flûte enchantée : il en interprétait encore le Sprecher il y a moins de 10 ans dans la production de Robert Carsen à l’Opéra Bastille), Gounod (Faust), Berlioz (Les Troyens, La Damnation de Faust), Massenet (Don Quichotte), Verdi (Falstaff, Simon Boccanegra, la traviata, la forza del destino), Wagner (Parsifal, Les Maîtres chanteurs de Nuremberg) ainsi que de compositeurs contemporains tels que Messiaen ou Boesmans.
Son répertoire comprenait également les rôles titres de Boris Godounov, Guillaume Tell, Wozzeck, ou des œuvres telles Salome (Jochanaan), Pelléas et Mélisande (Golaud), Tosca (Scarpia), Le Turc en Italie (Selim).

🎭 L’art du chant et la magicien du mot

« L’émotion ne vient pas du volume, mais de la sincérité. » — José van Dam

La voix de José van Dam se distingue par un timbre chaud, sombre et éminemment noble. Son registre de baryton-basse lui permettait d’allier puissance et souplesse, autorité et émotion contenue. Mais au-delà de la beauté intrinsèque du son, c’est avant tout l’intelligence du texte, la clarté de la diction et la grande noblesse du phrasé qui frappent : José van Dam donnait constamment l’impression, très rare, très précieuse, de « parler en chantant ».
Van Dam ne chantait pas pour séduire, mais pour raconter et habiter. Son Don Giovanni séduit par son mystère intérieur, son Méphistophélès fascine par la diction impeccable et la saveur du mot, son Wozzeck bouleverse par sa vérité nue.

Ainsi l’art de van Dam dépassait-il le simple chant : chez lui, le mot devient musique et le chant incarnation… Voilà pourquoi, au-delà du répertoire d’opéra, van Dam fut aussi un immense mélodiste et interprète de lieder.

Les grandes dates d’un parcours légendaire

  • 1961 : Débuts à l’Opéra de Paris dans Les Troyens
  • 1965–1970 : Engagements aux opéras de Genève, de Berlin et de La Monnaie
  • 1967 : Tournée internationale qui lance sa carrière mondiale
  • 1973 : Débuts au Metropolitan Opera de New York
  • 1979 : sortie du Don Giovanni de Losey, dans lequel il incarne Leporello aux côtés de Ruggero Raimondi.
  • 1983 : il crée au Palais Garnier le rôle-titre de Saint François d’Assise d’Olivier Messiaen, œuvre monumentale écrite pour lui.
  • 1988 : Tournage du film Le Maître de musique de Gérard Corbiau, qui lui apporte une notoriété au-delà des cercles lyriques
  • 1996 : Philippe II dans Don Carlos à Paris (Châtelet)
  • 1998 : Nommé Baron par le Roi Albert II de Belgique
  • 2010 : Il célèbre ses 50 ans de carrière à La Monnaie
  • 2019 : Dernières apparitions sur scène, clôturant une carrière exceptionnelle

💿 Discographie sélective

Quelques jalons parmi de nombreux enregistrements célèbres :

  • Berlioz – La Damnation de Faust (Solti, Decca)
  • Berlioz, L’Enfance du Christ (Gardiner, Erato)
  •  Berlioz, Les Nuits d’été (+ F. Martin, Trois poèmes païens, Serge Baudo, Forlane)
  • Bizet, Carmen (Solti, Decca)
  • Boesmans, Wintermärchen (Pappano, Deutsche Grammophon)
  • Debussy, Pelléas et Mélisande (Karajan, EMI)
  • Duparc, Mélodies (Maciej Pikulski, Forlane)
  • Enesco, Œdipe (Foster, EMI)
  • Gounod – Faust (Plasson, EMI)
  • Mahler, Des Knaben Wunderhorn, Rückert-Lieder Kindertotenlieder (Jean-Claude Casadessus, Forlane)
  • Massenet – Don Quichotte (Plasson, EMI)
  • Messiaen – Saint François d’Assise (Nagano, Deutsche Grammophon)
  • Mozart – Don Giovanni (Maazel, CBS)
  • Roussel, Padmâvatî (Plasson, EMI)
  • Schubert, Voyage d’hiver (D. Badlwin, Forlane)
  • Schubert, Chant du cygne (V. Afanassiev, Forlane)
  • Mélodies de Martin, Ibert, Ravel, Poulenc (Nagano, Virgin Classics)

🎬 Filmographie sélective, DVD et Blu-ray

  • Debussy, Pelléas et Mélisande (Opéra National de Lyon, 2002)

  • Verdi, Don Carlos (Châtelet, 1996)

  • Wagner, Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg (Zurich, 2003)

  • Losey / Mozart, Don Giovanni (1979)

  • Corbiau, Le Maître de musique (1988)

🌟 Un héritage vivant

Professeur à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, José van Dam a consacré les dernières années de sa carrière à transmettre cette quête d’authenticité. Ses élèves y ont souvent trouvé un maître exigeant et bienveillant, prônant le respect du texte et l’économie du geste.
Son héritage dépasse la technique vocale : il incarne une éthique du chant, faite d’humilité et de service de la musique.

Pour beaucoup, Joé van Dam restera le symbole d’un art du vrai, du sobre et du profond… Il nous a quittés le 17 février 2026.

« Quand il chante, on a l’impression que le monde suspend sa respiration. »
— Olivier Messiaen

Duparc, L'Invitation au voyage (piano : Piano: Maciej Pikulski)
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

2 commentaires

meyer frederic 20 février 2026 - 11 h 44 min

A chaque fois, le voir chanter en récital ou à l’opéra au fil des ans était un réel privilège

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LAVIGNE Jean-François 24 février 2026 - 13 h 18 min

Je conserve le souvenir ému d’une rencontre imprévue, au restaurant, juste après une représentation de « Don Carlo », avec Roberto Alagna, Thomas Hampson, Karita Mattila et Waltraud Meier entre autres, au Chatelet. José Van Dam y incarnait Philippe II. Roi d’Espagne certes, mais avec Van Dam, on décelait les fêlures humaines sous la carapace de Cour, de ce personnage engoncé entre les méandres du pouvoir et de la religion toute puissante. José Van Dam, est-il besoin de le préciser, y fut magistral. Au restaurant, donc, peu après la représentation, nous avons eu le plaisir de le voir arriver ; il fut installé à côté de notre table. Abord chaleureux et très sympathique, le baryton-basse était avant tout affamé (on le comprenait, après une telle prestation !), ce qui ne l’empêcha pas de rester très courtois et disponible envers les divers fâcheux qui trouvaient bon de troubler son repas. Un très beau souvenir, tant humain que musical. Au disque, je savoure régulièrement les interventions de José Van Dam dans les disques cités plus haut, auxquels j’ajoute sa personnification de Nilakanta dans Lakmé (Plasson/EMI). Et si je ne me trompe, il est un des très rares hommes à s’être risqué dans les « Nuits d’été » de Berlioz, et avec quel talent ! Un grand monsieur !

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