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Récital Anne-Lise Polchlopek au Musée d’Orsay – Comme si de rien n’était

par Laurent Bury 21 septembre 2022
par Laurent Bury 21 septembre 2022
© Musée d'Orsay / Sophie Crepy
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2,2K

Il y a des artistes dont on a l’impression qu’ils n’ont qu’à ouvrir la bouche pour émettre les sons les plus mélodieux, comme si cela leur était tout naturel et ne leur coûtait aucun effort. Anne-Lise Polchlopek est précisément de ceux-là. Lauréate de l’Académie Orsay-Royaumont, on peut l’entendre sur le disque « Ombres chimériques » récemment publié par le label B Records, et c’est elle qui vient d’avoir l’honneur d’inaugurer la saison des concerts de l’Auditorium du musée d’Orsay. Comme chaque saison, chacun des quatre lauréats aura droit à son concert de midi, où il pourra défendre le répertoire qui lui tient à cœur, à condition toutefois de s’inscrire dans la thématique « Le triomphe de la mélodie et du lied » qui se poursuit d’année en année.

Déjà, en mai dernier, lors d’une « Promenade » musicale à l’intérieur du Musée d’Orsay, on avait pu entendre la mezzo Anne-Lise Polchlopek, par chance dans une salle à l’acoustique pas trop ingrate, et elle chantait devant des Bonnard certaines pages que l’on retrouve dans son concert du 20 septembre (les Chansons de Bilitis de Debussy, notamment). C’est en effet avant tout dans le répertoire français que s’illustre cette jeune artiste, avec la complicité de son pianiste attitré Nicolas Royez, et c’est avec deux pages de Cécile Chaminade que s’ouvre son récital : la « Ronde d’amour », qu’elle interprétait déjà en mai dernier, et « Ma première lettre », enregistré sur le disque B Records. À l’allégresse de la première répond la mélancolie de la seconde ; dans les deux cas, la chanteuse trouve le ton exact, avec une simplicité bouleversante, et « Ma première lettre » évoque presque une chanson de Barbara, la musique de Chaminade transcendant totalement la relative mièvrerie du poème de Rosemonde Gérard. Révélation du disque récemment paru, le « Lamento » de Pauline Viardot est une des plus belles mises en musique du poème de Théophile Gautier « Ma belle amie est morte ». Toujours dans le registre du déchirement amoureux, la Chanson perpétuelle de Chausson est déclamée avec une grande justesse : la masterclass dispensée à Royaumont par Véronique Gens a dû porter ses fruits.

Pour changer de climat, Nicolas Royez exécute La Fille aux cheveux de lin, page d’une simplicité trompeuse, qui n’a presque l’air de rien, et où la science de Debussy est comme cachée, alors qu’elle transparaît davantage dans les Chansons de Bilitis, qu’Anne-Lise Polchlopek restitue dans toute leur fausse naïveté archaïsante. On passe à la franche gaieté avec Métamorphoses de Poulenc, la fausse poétesse grecque inventée par Pierre Louÿs cédant la place à la vraie poétesse française qu’était Louise de Vilmorin. Vélocité de « Reine des mouettes », sensualité de « C’est ainsi que tu es », aplomb de « Paganini », toutes les qualités requises sont ici au rendez-vous.

La dernière partie du programme est introduite par La Sérénade interrompue, savoureuse espagnolade de Debussy, jouée avec tout l’humour nécessaire par Nicolas Royez. Vient ensuite un bouquet de mélodies de Saint-Saëns : le superbe « Si vous n’avez rien à me dire » entendu sur le disque « Ombres chimériques » étant encadré par le radieux « Aimons-nous » et par « Guitares et mandolines », réjouissante espagnolade. Aux « gens qui se disent espagnols » succèdent un véritable Ibère : Fernando Obradors, dont Anne-Lise Polchlopek a retenu le premier cahier de Canciones clásicas españolas. La mezzo semble tout à fait à l’aise avec la langue castillane et s’épanouit dans ce répertoire faussement populaire, la partie pianistique étant particulièrement riche en soutien du chant. On se disait au début du concert que cette artiste ferait une fort belle Charlotte dans Werther ; en l’entendant dans Bilitis, on pressent la Mélisande envoûtante qu’elle pourrait être ; et dans ces pages espagnoles, on devine la Carmen ardente qu’elle sera peut-être un jour.

Chaleureusement applaudis, Anne-Lise Polchlopek et Nicolas Royez concèdent un bis : une autre pièce d’Obradors, tirée de son troisième cahier de Canciones, le célèbre « El vito ».

Les artistes

Anne-Lise Polchlopek, mezzo-soprano

Nicolas Royez, piano.

Le programme

Cécile Chaminade

    • Ronde d’amour
    • Ma première lettre 

Pauline Viardot

    • Lamento, VWV 1139 

Claude Debussy

    • La Fille aux cheveux de lin, FL 125, no 8
    • Trois chansons de Bilitis, FL 97 

Francis Poulenc

    • Métamorphoses, FP 121

Claude Debussy

    • La Sérénade interrompue, FL 125, no 9

Camille Saint-Saëns

    • Aimons-nous
    • Si vous n’avez rien à me dire
    • Guitares et mandolines

Fernando Obradors

    • Canciones clásicas españolas

Concert du mardi 20 septembre à 12h30, Auditorium du musée d’Orsay.

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Anne-Lise Polchlopek
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Laurent Bury

Une fois hors d'un charnier natal assez septentrional, Laurent Bury a longtemps habité sous les vastes portiques du 123, rue Saint-Jacques, du 45, rue d'Ulm et du 1, rue Victor Cousin (et même ensuite du 86, rue Pasteur, 60007). Longtemps, il s'est couché de bonne heure aussitôt après les spectacles que, de 2011 à 2020, il allait voir pour un autre site opératique. Papillon inconstant, farfallone amoroso, il vole désormais entre divers sites, et a même parfois l'honneur de prêter sa plume aux volumes de L'Avant-Scène Opéra.

1 commentaire

Bénassy Marc 21 septembre 2022 - 13 h 37 min

Bravo Anne-Lise Isabelle te félicite du ciel!

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