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Thomas Bettinger et Nicolas Cavallier à l’Éléphant Paname

par Stéphane Lelièvre 21 octobre 2019
par Stéphane Lelièvre 21 octobre 2019
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Soirée masculine ce lundi 21 octobre : l’Instant Lyrique accueille en effet le ténor Thomas Bettinger, le baryton-basse Nicolas Cavallier, le contrebassiste Yann Dubost (pour un accompagnement plein de délicatesse et de virtuosité du rare « Per questa bella mano » de Mozart) et l’indispensable pianiste Antoine Palloc, complice des Instants Lyriques dès leur création. C’est d’ailleurs par une version pianistique du prélude de Faust que commence le concert : Antoine Palloc en fait ressortir l’étonnante modernité des premières mesures, avant d’enchaîner avec le motif tendre et viril de l’air de Valentin (« Avant de quitter ces lieux »). Tout au long de la soirée, le pianiste apportera aux chanteurs un soutien efficace et toujours en situation, du boniment plein d’arrogance de Coppélius (Les Contes d’Hoffmann) aux tendres arabesques du piano de Martini dans Plaisir d’amour.

Thomas Bettinger, Nicolas Cavallier

Le programme concocté par Thomas Bettinger et Nicolas Cavallier est d’un éclectisme assez déconcertant, puisque sont convoqués au cours de la soirée l’opéra français, l’opéra ou la mélodie russes, le bel canto, la chanson napolitaine, ou encore Mozart !

Qu’importe, les chanteurs ont visiblement cherché à se faire plaisir – un plaisir parfaitement communicatif si l’on en croit les applaudissements on ne peut plus chaleureux qui accueillent chacune de leurs interprétations ! La diversité des répertoires abordés permet en tout cas d’apprécier l’extrême adaptabilité stylistique des interprètes.

Thomas Bettinger dispose d’une voix claire et puissante, particulièrement efficace dans les pages les plus dramatiques (le « Tu, ca nun chiagne » d’Ernesto di Curtis, la mélodie op. 26 n°9 de Rachmaninov). Il est un peu moins à son aise dans les moments élégiaques, lorsque, par exemple, l’écriture de Gounod ou d’Offenbach demandent douceur et tendresse. Ainsi, l’entrée de Faust (« Quel trouble inconnu me pénètre ») manque-t-elle… de trouble et de mystère ; de même, l’envolée lyrique d’Hoffmann (« Je la vois belle comme le jour ») reste un peu prosaïque. Sans doute est-ce dû à une émission trop uniformément « en force », la voix perdant quelque peu de son assise dans la nuance piano, au demeurant assez peu sollicitée – sauf dans Plaisir d’amour, où de beaux piani et l’usage de la voix mixte viennent conférer une belle tendresse à la mélodie de Martini.

Nicolas Cavallier fait entendre une voix à l’émission franche et naturelle : il donne l’impression de ne jamais forcer et de pouvoir moduler l’intensité vocale à volonté. L’ambitus est très large, et le chanteur se montre à l’aise jusqu’aux deux extrême de la tessiture, même lorsque, le temps d’une réplique, il se fait ténor pour donner la réplique à Hoffmann en Nathanaël dans « la légende de Kleinzach » !

Dernier point qu’il convient de souligner et qui a sans doute également sa part dans le grand succès remporté par Thomas Bettinger et Nicolas Cavallier : les deux chanteurs ont mis un point d’honneur à incarner leurs personnages, le cadre a priori un peu étroit du récital ne les empêchant nullement de jouer, voire d’utiliser certains accessoires pour mieux plonger les spectateurs dans le contexte de la page interprétée !

Prochain rendez-vous de l’Instant Lyrique à l’Éléphant Paname : le mardi 19 novembre, pour un récital du ténor Cyrille Dubois.

Les artistes

Thomas Bettinger, ténor
Nicolas Cavallier, baryton-basse
Yann Dubost, contrebasse
Antoine Palloc, piano

Le programme

Charles Gounod
Faust
Prélude (Antoine Palloc)
« Me voici… A moi les plaisirs » (Thomas Bettinger, Nicolas Cavallier)
« Quel trouble inconnu… Salut, demeure chaste et pure » (TB)

Anton Rubinstein
Le Démon
« Ne platch’ditya » (NC)

Sergeï Rachmaninov
Mélodie op. 26, n°9 (TB)
Mélodie op. 4 n°3 (NC)

Wolfgang Amadeus Mozart
« Per questa bella mano » (NC, Yann Dubost)

Ernesto di Curtis
« Tu, ca nun chiagne » (TB)

Salvatore Cardillo 
Core’ngrato (TB)

Jacques Offenbach
Les Contes d’Hoffmann
« J’ai des yeux » (NC)
« Il était une fois « (TB)

Gaetano Donizetti
L’Elisir d’amore
« Obbligato... » (TB, NC)

Bis

Martini
Plaisir d’amour

Jacques Offenbach
Les Contes d’Hoffmann
Barcarolle

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Nicolas CavallierAntoine PallocThomas Bettinger
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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