Manon Lescaut, Parme, Teatro Regio, le 20 mars 2026
Manon Lescaut remporte un grand succès au Teatro Regio, grâce à une fort belle mise en scène mais aussi une distribution de haut niveau, d’où se distinguent notamment Anastasia Bartoli et Luciano Ganci.
Parmi les chefs-d’œuvre de Puccini, Manon Lescaut est celui qui est le plus rarement représenté. Ces dernières semaines, cependant, il est à l’affiche dans trois grands théâtres : Barcelone, Lyon et Parme, dans trois productions différentes. La première à Parme a été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme par un public nombreux. Il s’agit d’une nouvelle mise en scène réalisée en coproduction entre le Festival Puccini, le Teatro Petruzzelli de Bari, le Teatro Regio de Parme, le Théâtre national de l’Opéra de Bucarest et le Théâtre national croate de Rijeka. La mise en scène, les décors, les costumes et les lumières sont signés Massimo Pizzi Gasparon Contarini, les chorégraphies sont de Gheorghe Iancu, reprises par Letizia Giuliani. Francesco Ivan Ciampa dirige l’Orchestre philharmonique de Parme et Martino Faggiani est le chef du chœur du Teatro Regio de Parme. Le Ballet de Venise vient enrichir un spectacle de haut niveau.
Le metteur en scène Massimo Pizzi Gasparon Contarini a su faire des choix audacieux, en respectant le livret de l’opéra tout en en rehaussant le charme. S’inspirant de la précédente mise en scène pour le grand théâtre en plein air de Torre del Lago, il a redimensionné chaque élément pour l’adapter à la nouvelle scène. Les quatre actes d’origine ont été regroupés en deux parties, séparées par un seul entracte. Pendant les changements de décor, le rideau est resté ouvert, ce qui a rendu le rythme narratif particulièrement soutenu. La première partie revêt un caractère éminemment architectural et sculptural, la seconde est plus cinématographique, mais l’impact visuel reste toujours très fort et en harmonie avec les états d’âme des personnages, grâce aux fonds numériques animés qui évoluent au gré des péripéties des deux protagonistes. À l’ouverture du rideau, une magnifique Notre-Dame domine la scène, mise en lumière par un jeu de lumières efficace et par les couleurs irisées des costumes d’époque raffinés. Une statue d’un blanc immaculé représentant l’Enlèvement de Proserpine, dans le style du Bernin, se dresse au centre de la place d’Amiens, donnant une concrétisation visuelle aux paroles d’Edmondo : «Vecchietto amabile, / incipriato Pluton sei tu! / La tua Proserpina / di resisterti forse avrà virtù?» (« Charmant vieillard, / Pluton poudré, c’est toi ! / Peut-être ta Proserpine / Aura-t-elle peut-être la force de te résister ? »). L’euphorie de la jeunesse et la flamme de la passion adolescente prennent une extraordinaire vivacité scénique et renforcent la ligne mélodique envoûtante.
Le cadre luxueux du deuxième acte est d’abord rendu par l’élégante façade d’un palais néoclassique, puis par un somptueux lit, orné de sculptures, qui constitue le centre de la scène. Le caractère dramatique du troisième acte, qui se déroule de nuit, dans le port du Havre, se révèle dès le lever du rideau, avec Manon et d’autres femmes enfermées dans des structures métalliques à barreaux, semblables à des cages, puis avec l’arrivée de l’imposant navire venu embarquer les exilées. Au quatrième acte, la désolation du désert est amplifiée par la projection sur le grand mur LED de couchers de soleil enflammés, traversés par des nuages sombres et menaçants qui avancent inexorablement. Par rapport à la partition originale, Massimo Pizzi a déplacé l’intermède symphonique du début à la fin du troisième acte : si ce choix est discutable d’un point de vue philologique, il apparaît tout à fait convaincant dans le contexte de la mise en scène, car les excellents danseurs Diletta Filippetto et Davide Cancelliero dansent magnifiquement parmi les vagues de la mer, évoquant les états d’âme du voyage, entre peur et espoir, amour et tourment.
Une telle beauté visuelle se marie admirablement à la puissante musique de Puccini. Ivan Ciampa (directeur de nombreux orchestres nationaux et internationaux et depuis quelques années protagoniste du Festival Puccini de Torre del Lago) a dirigé avec brio l’Orchestre philharmonique de Parme, accompagnant les chanteurs avec une grande sensibilité et excellant dans le sublime intermède. Le chœur du Teatro Regio, dirigé par l’expert Martino Faggiani, s’est montré soudé et harmonieusement accordé, admirable dans ses déplacements et ses interventions variées.
Les chanteurs se sont tous montrés à la hauteur de la tâche, avec Anastasia Bartoli qui, très attendue, a reçu des applaudissements tonitruants. Fille d’artiste (à savoir de la soprano Cecilia Gasdia, qui est depuis 2018 directrice de la Fondation Arena de Vérone), elle a fait ses débuts dans le rôle de Manon et a reçu les premiers applaudissements à scène ouverte à la fin de l’air « In quelle trine morbide ». Dotée d’une grande présence scénique, d’une belle voix et d’une bonne technique, elle s’est montrée tout à fait convaincante tant dans la représentation de la sensualité et de la frivolité de Manon que dans l’interprétation de sa fin dramatique. À ses côtés, le ténor Luciano Ganci, très cher au public de Parme, a incarné un Des Grieux très apprécié, avec un timbre limpide, un phrasé précis et des aigus cristallins. Leur duo final était excellent. Le baryton Alessandro Luongo a interprété avec aisance le perfide Lescaut, avec une voix incisive et une présence scénique remarquable. Andrea Concetti a été un Geronte convaincant ; Davide Tuscano, un excellent Edmondo plein de désinvolture ; Saverio Pugliese a endossé le double rôle du virevoltant maître de danse et du mélancolique allumeur de réverbères, Eugenio Maria Degiacomi celui de l’aubergiste et du commandant de la marine ; Arlene Miatto Albeldas s’est révélé un musicien appréciable et Cesare Lana un sergent des archers tout à fait à la hauteur.
Pour ceux qui n’ont pu assister au spectacle ou souhaiteraient le revoir, il est est disponible sur Opera Streaming.
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Manon Lescaut : Anastasia Bartoli
Renato Des Grieux : Luciano Ganci
Lescaut : Alessandro Luongo
Geronte di Ravoir : Andrea Concetti
Edmondo : Davide Tuscano
Un lampionaio/Il Maestro di ballo : Saverio Pugliese
Un musico: Arlene Miatto Albeldas
Un oste/Il Comandante di Marina : Eugenio Maria Degiacomi
Madrigaliste : Alessandra Maniccia, Giulia Gabrielli, Giulia Zaniboni, Lorelay Solis, Ewa Maria Lusnia, Laura Rivolta, Maria Vittoria Primavera, Gloria Petrini
Il Sergente degli Arcieri : Cesare Lana
Orchestre Filarmonica di Parma, dir. : Francesco Ivan Ciampa
Choeur du Teatro Regio di Parma
Chef de choeur : Martino Faggiani
Mise en scène, décors, costumes et conception lumière: Massimo Pizzi Gasparon Contarini
Chorégraphies de Gheorghe Iancu reprises par Letizia Giuliani
Balletto di Venezia
Nouvelle mise en scène, coproduction entre Festival Puccini, Teatro Petruzzelli di Bari, Teatro Regio di Parma, Teatro Nazionale dell’Opera di Bucarest, Teatro Nazionale Croato di Fiume.
Manon Lescaut
Dramma lirico in quattro atti, de Giacomo Puccini, livret de Luigi Illica, d’après Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut de Antoine François Prévost (1731), créé au Teatro Regio de Torino, le 1er février 1893.
Teatro Regio de Parme, représentation du vendredi 20 mars 2026.

