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Allumer le feu : une Norma incandescente à l’Arsenal de Metz

par Nicolas Le Clerre 8 mars 2026
par Nicolas Le Clerre 8 mars 2026
© Philippe Gisselbrecht - Opéra-Théâtre de l'Eurométropole de Metz
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Norma, Arsenal de Metz, vendredi 6 mars 2026

Tandis que la salle de la Place de la Comédie se refait une beauté, l’opéra de Metz continue d’égrener hors-les-murs les titres de sa saison lyrique 2025-2026. En cette fin d’hiver aux températures printanières, le directeur Paul-Émile Fourny propose au public lorrain deux représentations de Norma spécialement mise en espace pour la salle de l’Arsenal.

Au pied du mur

Le répertoire lyrique est ponctué d’Everest qui tout à la fois effrayent et fascinent les chanteurs. S’en approcher, c’est accepter de se mesurer aux grandes voix du passé ; y triompher, c’est inscrire son nom dans la mémoire du public et accéder à une forme d’éternité.

Les spectateurs qui étaient présents ce vendredi à Metz pour y entendre Norma garderont longtemps le souvenir d’une soirée brûlante comme le soleil de Sicile sous lequel est né Vincenzo Bellini en 1801. On n’a pas assisté à la production du siècle, la prestation musicale n’était pas absolument sans reproche, mais il y avait dans l’air de l’Arsenal une tension électrique qui circulait entre la salle et le plateau, fouettait les sangs et a permis aux artistes de donner in fine le meilleur d’eux-mêmes.

Version semi-scénique (comme imprimé sur la couverture du programme de salle) ou demi-version de concert ? À défaut de trancher ce débat sémantique, on peut se réjouir d’avoir assisté à un spectacle élégant et parfaitement lisible, idéal pour capter l’attention d’un public où les adolescents étaient nombreux – probablement présents dans le cadre de projets pédagogiques destinés à leur faire découvrir l’opéra. Face au paradis de l’Arsenal (nom donné aux gradins situés en fond de salle, derrière l’orchestre) Paul-Émile Fourny se heurte aux mêmes contraintes que lorsqu’il s’est mesuré pour la première fois à l’immensité du plateau du théâtre antique d’Orange. Plutôt que de lui tourner le dos et d’en subir le surplomb, la mise en espace apprivoise cette paroi verticale en s’en servant tour à tour – et parfois simultanément – comme d’un écran et comme une tribune qui permet aux artistes de chanter derrière l’orchestre.

Les projections dont Julien Soulier habille les murs de la salle de l’Arsenal ne sont pas le principal atout du spectacle et relèvent la plupart du temps de la simple anecdote : un sous-bois au clair de lune pendant « Casta diva » et des tapisseries à motifs antiquisants pour évoquer les appartements de la prêtresse d’Irminsul ont un effet redondant avec la musique mais ravissent l’œil de ceux qui apprécient l’ancrage du drame dans le cadre spatio-temporel de l’antiquité gauloise. On peut regretter cependant que Paul-Émile Fourny n’ait pas fait davantage confiance à l’architecture de Ricardo Bofill : les deux grands portiques à colonnes situés à cour et à jardin du plateau auraient largement pu suffire, par leur noble ordonnance, pour évoquer les façades d’un temple ou d’un palais gallo-romain.

Les costumes dessinés par Giovanna Fiorentini participent eux-aussi de l’élégance et de la lisibilité du spectacle. Le public comprend très vite que la couleur blanche est celle des Gaulois opprimés tandis que le rouge est celle des occupants romains… mais il s’interrogera plus longuement pour essayer de comprendre pourquoi les uns sont vêtus à l’Antique tandis que Pollione est affublé d’une redingote mal coupée et assez mal seyante. Beaucoup plus réussis sont la tunique grise qui dessine une silhouette longiligne et suprêmement élégante à Adalgisa et le lourd manteau fourré dont Norma couvre ses épaules pour la cueillette du gui sacré.

Enfin, on sait gré à Paul-Émile Fourny d’avoir réduit les accessoires au strict minimum afin de préserver la noble grandeur du drame antique : un drap déplié à terre pour évoquer la couche des enfants de Norma et un simple poignard brandi sur la tête de ces innocentes victimes sont les seuls éléments vraiment indispensables pour créer efficacement l’illusion du théâtre. Pour le reste, la mise en espace se borne à une sage narration et ne se prête à aucune analyse psychologisante du livret de Felice Romani : il est bon aussi, quelquefois, pour le spectateur, de se laisser simplement raconter une histoire sans avoir de thèse à défendre ni de moulins à combattre.

Magie de la voix

Si la mise en image de cette Norma se révèle in fine un peu fade, sa réalisation musicale est d’une tout autre dimension et c’est elle qui fait véritablement le prix de cette soirée messine.

Sublimé par l’acoustique de la salle de l’Arsenal, l’orchestre national de Metz Grand Est sonne idéalement pour donner vie au flot musical de la plus monumentale des compositions de Vincenzo Bellini. Dès les premiers accords de l’ouverture, joués fortissimo, une décharge électrique semble parcourir la phalange et passer de pupitre en pupitre, obéissant au doigt et à l’œil à la baguette nerveuse de Nir Kabaretti. Aussi à l’aise dans le romantisme belcantiste de Norma que dans le vérisme puccinien (le public messin avait fait bon accueil à la Tosca qu’il a dirigée en 2024 au théâtre de la place de la Comédie), le chef américain fait montre d’un sens élégant des nuances et d’un goût irrépressible pour les accélérations de tempo aux moments les plus dramatiques de l’intrigue.

Qu’il dirige amplement les passages les plus élégiaques de la partition ou qu’il impose une rythmique resserrée, proche du crescendo rossinien, dans le finale du premier acte, Nir Kabaretti est constamment attentif à produire du beau son, au risque parfois de privilégier les décibels à l’attention de l’équilibre voix/orchestre. Les cuivres, notamment, souffrent de ce petit défaut : leurs timbres sont somptueux mais ils sonnent de manière si tonitruante qu’ils couvrent un peu les chanteurs et dévoient l’esthétique belcantiste dont la préoccupation numéro 1 devrait toujours être la mise en valeur des voix.

Préparé par Nathalie Marmeuse, le chœur de l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz s’acquitte magistralement des longues pages où Bellini fait des druides, des prêtresses et du peuple gaulois des acteurs essentiels du drame. L’ombre du jeune Verdi et de Nabucco plane déjà sur Norma, surtout sur les chœurs masculins dont les accents virils doivent beaucoup aux talents individuels de chacun des choristes. La géographie du plateau ne facilite pourtant pas la tâche aux déplacements des masses chorales : derrière le paradis, les dégagements sont étroits, les escaliers sont raides, et il fallait bien tout le métier de Paul-Émile Fourny pour imaginer des déplacements fluides et concevoir des entrées/sorties suffisamment variées pour ne pas ralentir la transition entre les tableaux.

Nicolas Cavallier roule sa bosse sur les plateaux des théâtres lorrains (et d’ailleurs) depuis plus de trois décennies au point qu’on se souvienne encore, à la fin des années 1990, de son interprétation de Nilakantha au côté de la Lakmé anthologique de Natalie Dessay à l’opéra de Nancy. Avec l’âge, le métal de son baryton a gagné en rondeur et en autorité et il excelle désormais dans les rôles de pères tiraillés entre l’intransigeance et l’amour qu’ils portent à leur enfant. Son Oroveso n’a rien d’un menhir monolithique : Nicolas Cavallier réussit à faire passer dans la voix de ce chef gaulois fanatisé une fêlure qui le rend attachant et rend possible le grand pardon final. Au cœur du deuxième acte, « Ah ! del Tebro » révèle l’artiste sous son meilleur jour : la prononciation de l’italien est parfaitement idiomatique, la projection est souveraine et l’aria se conclut sur des pianissimi de velours.

L’Adalgisa de Na’ama Goldman n’a rigoureusement rien de la femme au bord de la crise de nerfs de certaines productions. Les cheveux courts, coiffée à la garçonne, et vêtue d’une élégante tunique grise, elle est à la fois une amoureuse bafouée et une amie malheureuse d’avoir abimé le lien de sororité qui la relie à Norma. La richesse du timbre de la mezzo-soprano israélienne lui permet d’exprimer l’ensemble de la palette de sentiments par lesquels passe son personnage. Il en découle une Adalgisa étonnamment moderne, tant dans la silhouette que dans la crânerie de l’attitude. Dans le duo d’amour « Va, crudele », l’aplomb du timbre lui permet de tenir la dragée haute à Pollione tandis que le duo avec Norma, au deuxième acte, la révèle plus fragile. Les longues notes filées de « Mira o Norma » constituent un moment suspendu que le public reçoit silencieusement, pantois devant tant de beautés.

Nikolai Schukoff n’avait pas chanté le rôle de Pollione depuis une quinzaine d’années et le retrouve à Metz pour cette série de deux spectacles. Dans la tradition de Mario del Monaco et de Franco Corelli, le ténor autrichien incarne un légionnaire romain viril et veule à la fois, à la voix large et puissante. Les puristes lui objecteront un manque de soleil dans le timbre et un défaut d’authentique italianità mais il faut bien se résoudre à mettre à son crédit un engagement dramatique et une fièvre du jeu théâtral assez bluffantes qui font tout le prix de son interprétation. Certes, dans sa cavatine « Meco all’altar di Venere », comme un cheval qui refuse de sauter l’obstacle, il se dérobe à la difficulté de quelques notes suraiguës, mais c’est pour mieux délivrer ensuite un portrait de Pollione proche de l’idéal, amant fiévreux et chanteur transcendé par son aisance à relever une à une les difficultés de la partition.

Grande triomphatrice de la soirée, Claudia Pavone interprète une Norma qu’il serait totalement vain de comparer à ses illustres devancières. D’évidence, elle n’est pas le grand soprano drammatico d’agilità capable de succéder enfin à Maria Callas mais elle n’appartient pas non plus à la famille vocale des sopranos colorature légers à laquelle se rattachait Edita Gruberová qui marqua pourtant l’histoire de l’interprétation de la druidesse. Pour servir le personnage de Norma, Claudia Pavone dispose d’abord d’une technique belcantiste solide, d’une mezza voce  somptueuse, d’un trille solaire et – surtout – d’un sens du théâtre qui lui inspire des trouvailles vocales inouïes pour rendre ardemment vivante la druidesse offensée. Demeure la question des notes suraiguës dont la soprano italienne ponctue certains points d’orgue, dans les ensembles : indubitablement, ces aigus sonnent translucides et paraissent manquer de chair. Ce sont les aigus d’une immense Violetta, ceux d’une grande Gilda, mais le timbre n’a ni la pulpe ni le grain qui caractérisent de longue date les meilleures titulaires du rôle de Norma.

Claudia Pavone est aujourd’hui arrivée à un stade de sa carrière où elle réussit sans difficulté à pallier les petits manques techniques de son instrument par un engagement dramatique d’une extrême intensité : qu’il s’agisse des longues phrases crépusculaires de « Casta Diva » ou de la scène où Norma est tentée d’assassiner ses enfants, elle réussit le miracle de créer par la seule puissance de son chant des moments de tragédie inouïs auxquels le public se connecte immédiatement.

Une star ne devrait pas parler comme ça

Le même jour ou une star hollywoodienne se distingue par des propos bien peu inspirés sur l’opéra et provoque l’ire du landerneau lyrique, la standing ovation qui accueille Claudia Pavone et la troupe des chanteurs au moment des saluts est la démonstration par l’exemple qu’il se joue dans les théâtres une dramaturgie d’une telle puissance tellurique qu’il est impossible de la prévoir à l’avance.

Ce soir à Metz, entre les quatre murs de l’Arsenal, quelque chose de plus puissant que la somme des talents individuels de chacun des chanteurs s’est produit, faisant frissonner et chavirer le spectateur à chaque point d’orgue et à chaque crescendo. Ce petit miracle, puissant comme une lame de fond, ne s’annonce jamais : il advient sans crier gare, même au cœur de spectacles imparfaits, mais il est le graal derrière lequel courent tous les artistes lyriques.

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Les artistes

Les artistes

Norma : Claudia Pavone
Adalgisa : Na’ama Goldman
Pollione : Nikolai Schukoff
Oroveso : Nicolas Cavallier
Clotilde : Cécile Dumas
Flavio : Daegweon Choi
Les enfants : Eléonore et Alexandre Mathurin
Figuration : Camilla Cason, Charlène François

Chœur de l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz
Cheffe de chœur : Nathalie Marmeuse
Pianiste répétiteur : Sergey Volyuzhskiy
Orchestre national de Metz Grand Est, dir. Nir Kabaretti

Concept et mise en espace : Paul-Émile Fourny

Costumes : Giovanna Fiorentini
Lumières : Patrick Méeüs
Vidéo : Julien Soulier
Cheffe de chant : Bertille Monsellier
Assistante à la mise en espace : Noah Vannei

Le programme

Norma

Opéra en deux actes de Vincenzo Bellini. Livret de Felice Romani d’après la tragédie Norma ou l’infanticide d’Alexandre Soumet. Créé au théâtre de la Scala, à Milan, le 26 décembre 1831.

Arsenal de Metz, représentation du vendredi 6 mars 2026

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Nicolas CavallierNikolai SchukoffClaudia PavonePaul-Émile FournyNir KabarettiNa’ama Goldman
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Nicolas Le Clerre

C’est un Barbier de Séville donné à l’Opéra National de Lorraine qui décida de la passion de Nicolas Le Clerre pour l’art lyrique, alors qu’il était élève en khâgne à Nancy. Son goût du beau chant le conduisit depuis à fréquenter les maisons d'Opéra en Région et à Paris, le San Carlo de Naples, la Semperoper de Dresde ou encore le Metropolitan Opera de New-York. Collectionneur compulsif de disques, admirateur idolâtre de l’art de Maria Callas, Nicolas Le Clerre est par ailleurs professeur d’Histoire-Géographie, Président de la Société philomathique de Verdun, membre de l'Académie nationale de Metz et Conservateur des Antiquités et Objets d'Art de la Meuse.

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