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Les festivals de l’été –
Torre del Lago : la puissance de l’amour de Liù et de TURANDOT

par Hervé Casini 28 août 2025
par Hervé Casini 28 août 2025

© Giorgio Andreuccetti

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Dans un dispositif scénique traditionnel mais efficace, la fable de la princesse de glace, telle que proposée par Alfonso Signorini depuis l’édition 2017 du festival, continue à parler au cœur d’un public toujours aussi nombreux !

Une mise en scène qui veut parler au cœur du public

Dans sa note d’intention, Alfonso Signorini, metteur en scène de cette Turandot et bien connu du public italien pour ses nombreuses émissions sur le petit écran, explique que c’est le souvenir d’une lointaine série de conversations avec Gina Cigna, illustre interprète du rôle-titre au siècle dernier, alors qu’il était encore étudiant, qui a contribué à sa lecture d’un personnage totalement dépourvue de sensibilité, moins par peur des hommes que par peur de l’Amour lui-même. Une peur que seule Liù, en donnant sa vie, sera capable d’endiguer et qui met ce personnage, selon Signorini, au centre de cette fable intemporelle où l’Amour est destiné à vaincre et à dépasser toute chose, la mort y compris : ainsi, les dépouilles mortelles de Timur et de Liù, seront volontairement laissées sur scène pendant le duo final et Turandot déposera son diadème impérial sur le cadavre de la sacrificielle esclave. Le message paraît éculé pour celui qui, en écrivant ces lignes, réalise qu’il devait en être, ce soir-là, à sa quelque dixième production, vue sur scène, du dernier opéra de Puccini mais a été totalement apprécié à sa juste valeur par le jeune public qui l’accompagnait…

De même, les lumières subtilement réglées par Valerio Alfieri passent de teintes obscures, quasi caravaggesques au premier acte où domine l’élément nocturne, seulement interrompu par la lumière sépulcrale de la lune – « faccia pallida ! » dit la foule – et le jaillissement du sang des têtes princières décapitées par la folie vengeresse de Turandot, à des couleurs plus terriennes et plus chaudes, tandis que Liù passe au centre de la trame et que Turandot descend, lentement, de sa tour d’ivoire pour devenir, enfin, humaine. Là encore, ces images scéniques paraissent simples, voire naïves, mais à travers les yeux d’un jeune spectateur, on redécouvre leur puissance évocatrice !

Dans une scénographie de Carla Tolomeo qui, sans donner dans la vision d’un Chinatown de pacotille, reste fidèle aux didascalies originales et donne à voir les murs massifs de la Cité impériale de Pékin avec portique, dragons et monstres inquiétants côtés cour et jardin, les mondes d’en haut et d’en bas sont intelligemment présentés au spectateur. Si l’on ajoute à ces éléments une belle harmonie de costumes, réalisés par Fausto Puglisi, aux étoffes et aux coiffes particulièrement raffinées pour les ministres Ping, Pang, Pong et pour la princesse de glace dont la traîne paraît sans fin, on ne sera pas étonné de lire que ce spectacle, loin de révolutionner l’histoire des productions de l’ouvrage, est de ceux qui se laissent regarder volontiers. 2026 étant l’année du centenaire de la création de l’ouvrage, la nouvelle production, déjà annoncée pour l’été prochain, choisira peut-être une lecture moins traditionnelle ? Dans tous les cas, il sera passionnant d’entendre le chef-d’œuvre de Puccini au miroir de la Turanda d’Antonio Bazzini (1867) et de la Turandot de Ferruccio Busoni (1917) également programmées.

Un plateau vocal solide

On le sait, Turandot est, de l’ensemble de la production opératique du compositeur lucquois, l’ouvrage qui donne à entendre les sonorités les plus modernes, en particulier au premier acte. Si Renato Palumbo a toujours été un honnête professionnel de la direction d’orchestre, force est de constater que, lors de la soirée à laquelle nous avons assisté, il ne s’est pas montré un grand chef de théâtre, se contentant davantage d’accompagner de façon routinière les solistes plutôt que d’imposer une véritable dynamique à l’ensemble du plateau. C’est en particulier avec le chœur que ce positionnement a été le plus rédhibitoire, le chef ne parvenant pas toujours à assurer une mise en place, parfois aléatoire, lors des ensembles choraux qui ne manquent pas dans Turandot ! Il faut dire que certains éléments de la formation coordonnée par Marco Faelli, masculins en particulier, étaient, vus de ma place, peu concentrés voire particulièrement peu respectueux de leurs collègues, y compris solistes, se faisant remarquer – pour l’un d’entre eux surtout – en toussant, à plusieurs reprises, de façon sonore et déplacée : surprenant.
Beaucoup plus rigoureux, et en mesure, nous est apparu le chœur d’enfants, placé sous la direction de Chiara Mariani : du plus bel effet est, ainsi, son intervention séraphique au moment de l’apparition de la lune dans le ciel.

Outre le mandarin de Luca Dall’Amico, à la voix sonore et à la projection adéquate, particulièrement engagé dans sa lecture introductive du décret condamnant à mort le prince de Perse, c’est l’empereur Altoum du ténor Massimiliano Pisapia – entendu il y a déjà plusieurs années dans Un ballo in maschera à Monaco – qui surprend positivement par la clarté et l’assurance de l’émission, dans un rôle confié trop souvent à des chanteurs dits « vétérans ».
Du strict point de vue vocal, c’est sans doute avec son trio de ministres que Puccini confère à son dernier opus une dimension de grande modernité, les vocalités de Ping, Pang et Pong nous transportant entre Commedia dell’Arte et arlequinade d’Ariane à Naxos de Richard Strauss. Remplaçant au pied levé Stefano Marchisio, le baryton Sergio Vitale, à la voix ample, donne à Ping la dimension nostalgique qu’il convient, nous rappelant ainsi que dans les phrases évoquant la « maison dans le Honan » avec son « petit lac bleu entouré de bambous », Puccini pense sans doute à sa villa et à son cher lac de Massaciuccoli, tout prêt du Gran Teatro all’aperto où se déroule aujourd’hui le festival. De même, les voix de ténor de Pang (Andrea Tanzillo) et de Pong (Tiziano Barontini) disposent suffisamment de cette musicalité gracieuse et bouffe à la fois pour faire du trio du premier tableau de l’acte II l’un des meilleurs moments de la soirée, ce d’autant plus que la direction de l’orchestre se montre, ici, particulièrement soignée, mettant en évidence toute la morbidezza (le soyeux) de la partition.

Si le Timur d’Andrea Vittorio De Campo, du fait d’une voix un peu terne, ne marque pas ici les esprits, la Liù de la soprano bolivienne-albanaise Carolina López Moreno trouve très vite ses marques et répond de façon adéquate aux attentes d’un rôle où, en trois airs, se trouve résumée toute la quintessence de l’art vocal puccinien : si cette belle interprète sait prendre tous les risques, en particulier dans les aigus filés et délicats de « Signore, ascolta ! », on aimerait parfois davantage de couleurs et davantage d’envolées dans le lamento de « Tu che di gel sei cinta » qui demeure bien prudent.
Depuis les dernières soirées où nous l’avons entendu – en particulier, lors de son récent Trouvère aux Chorégies d’Orange – nous avons tendance à observer chez Yusif Eyvazov une sorte de relâchement sur la durée de la performance. Certes, et nous l’avons souvent écrit, le chant est techniquement soigné – malgré un timbre peu attractif – permettant au chanteur de passer du forte et mezzo forte à la nuance piano ; de même, la vaillance est toujours au rendez-vous, comme en témoigne encore, lors de cette soirée, un hallucinant contre-ut tenu sur « Ti voglio tutta ardente d’amor ! », à la fin du deuxième acte. Pourtant, l’interprète semble souvent étranger à son personnage et il faut attendre « Nessun dorma ! » pour disposer, enfin, d’un moment de belle poésie musicale, chanté avec lyrisme et rigueur stylistique.
Découverte pour nous, en revanche, que la voix de la soprano américaine Courtney Ann Mills, qui avait a priori fait le buzz, pendant la crise sanitaire, avec des millions de vues sur Youtube, en chantant « Vissi d’arte » au balcon d’un palais romain, piazza Navona. Au-delà du phénomène médiatique, c’est bien une authentique voix de soprano dramatique que nous avons entendue dans le rôle-titre, et ce malgré la sonorisation du lieu qui fausse sans doute parfois un peu le calibre réel des vocalités. Doté de ce côté « sauvage » indispensable à toute grande interprète du personnage, Courtney Ann Mills parvient à bout des difficultés de son air introductif « In questa Reggia » – jusqu’au contre-ut à l’unisson avec son prétendant – puis se jette, non sans vaillance, dans la scène des énigmes, en conservant tout au long une assise vocale qui ne ploie pas. De fait, à l’issue d’un duo final où la voix de cette artiste singulière épouse assez bien les accents de stentor de son Calaf, c’est sans doute pêché véniel que d’écourter rapidement le si bémol terminal d’« il suo nome è Amor ! », même si, pour le puriste, cela laisse une impression d’inachevé, voire de voix non terminée.

Au total, une représentation qui, malgré son classicisme un peu routinier, aura permis à un public nombreux et de diverses générations, de se retrouver dans l’écoute attentive d’une partition qui ne peut inspirer que… l’Amour !

Les artistes

La princesse Turandot : Courtney Ann Mills
L’empereur Altoum : Massimiliano Pisapia
Timur : Andrea Vittorio De Campo
Calaf : Yusif Eyvazov
Liù : Carolina López Moreno
Ping : Sergio Vitale
Pang : Andrea Tanzillo
Pong : Tiziano Barontini                                                               
Un mandarin : Luca Dall’Amico
Le prince de Perse : Andrea Volpini
Première servante : Irene Celle
Deuxième servante : Maria Salvini

Orchestre du festival Puccini, direction : Renato Palumbo
Mise en scène : Alfonso Signorini
Chœur du festival Puccini, direction : Marco Faelli
Chœur d’enfants, direction :  Chiara Mariani
Scénographie : Carla Tolomeo
Costumes : Fausto Puglisi
Lumières : Valerio Alfieri                                

Le programme

Turandot

Drame lyrique en trois actes de Giacomo Puccini (1858-1924) , livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni d’après la fable de Carlo Gozzi, créé au Teatro alla Scala, Milan, le 25 avril 1926.
Festival de Torre del Lago, représentation du vendredi 22 août 2025

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Renato PalumboYusif EyvazovCarolina López MorenoCourtney Ann MillsSergio VitaleAndrea TanzilloTiziano BarontiniAlfonso Signorini
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Hervé Casini

Hervé Casini est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, docteur en littérature française à Aix-Marseille Université et Secrétaire Général du Museon Arlaten (Musée d’ethnographie provençale). Collaborateur de diverses revues (Revue Marseille, Opérette-Théâtre Musical, Résonances Lyriques…), il anime un séminaire consacré au « Voyage lyrique à travers l’Europe (XIXe-XXe siècle) à l’Université d’Aix-Marseille et est régulièrement amené à collaborer avec des théâtres et associations lyriques dans le cadre de conférences et colloques.

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