À la une
Saison 2027 du Teatro Comunale de Bologne : éclectisme et...
Les festivals de l’été –Nadine Sierra enchante les Chorégies d’Orange
Les brèves de juillet –
Carmen : nouvelle mise en scène de Damiano Michieletto à la Scala...
Le siège de Corinthe : 1826-2026 Pour en savoir plus sur...
Entre larmes et éclats de rire : les deux visages de...
Lucia di Lammermoor : la mise en scène de Yannis...
Otello préfère l’amour en mer à l’opéra de Liège
La colline verte n’a pas fini de rougir — L’affaire...
Les Deux Pêcheurs au Théâtre du Châtelet, une amitié qui fait...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

ProductionCompte renduVu pour vous

Assoupissante Somnambule au Théâtre des Champs-Élysées…

par Stéphane Lelièvre 18 juin 2021
par Stéphane Lelièvre 18 juin 2021

LA SOMNAMBULE - Compositeur : Vincenzo BELLINI - Mise en scene : Rolando VILLAZON - Scenographie : Johannes LEIACKER - Choregraphie : Philippe GIRAUDEAU - Costumes : Brigitte REIFFENSTUEL - Lumieres : Davy CUNNINGHAM - Avec : Pretty YENDE (Amina) - Francesco DEMURO (Elvino) - Annunziata VESTRI (Teresa) - Sandra HAMAOUI (Lisa) - Marc SCOFFONI (Alessio) - Orchestre de chambre de Paris - Choeur de Radio France - Maitrise des Hauts de Seine - Le 11 06 2021 - Photo : Vincent PONTET

0 commentaires 0FacebookTwitterPinterestEmail
2,2K

Crédits photos : © Vincent Pontet

Commençons par la bonne nouvelle : la présence, à la baguette, de Riccardo Frizza, un chef qui connaît et aime le bel canto (il est le directeur musical du festival Donizetti de Bergame). Pour la première fois à Paris depuis X années, nous entendons une œuvre de ce répertoire sans qu’elle soit défigurée par d’innombrables coupures, comme c’est presque toujours le cas le cas, y compris au Théâtre des Champs-Élysées, le seul de la capitale, pourtant, à défendre véritablement ce répertoire. Aucun chœur, aucune réplique, aucun air ne passe à la trappe ; aucune reprise n’est supprimée (les trois « Sovra il sen » sont bien là, avec variations !), la conclusion du duo Amina/Elvino est chantée dans son intégralité, la reprise de la cabalette de Rodolfo est maintenue… Un grand merci au maestro de croire en cette musique et de nous la restituer dans son intégrité. Riccardo Frizza souligne par ailleurs constamment toute la poésie de cette partition, sans en gommer pour autant les éclats dramatiques (finale du I), ni les couleurs quasi fantastiques de l’orchestre qui nimbent les scènes de somnambulisme. Une belle réussite !

Hélas, le reste du spectacle n’est guère à l’avenant. La mise en scène (Rolando Villazón) et la scénographie oscillent entre le déjà vu (plateau nu occupé non pas de chaises – pour une fois… – mais de bancs ; grands murs blancs percés d’une dizaine de portes – comme dans une production d’opéra sur deux aujourd’hui…), le ridicule (la chorégraphie façon Macarena pendant « Ah ! Vorrei trovar parole ») et le contre-sens : sous le prétexte qu’une fin heureuse « manquerait d’ambiguïté », Rolando Villazón, à l’encontre de tout ce que disent les mots et la musique, plonge Amina dans le désespoir : sa mère lui donne une valise et lui montre la sortie d’un air autoritaire, tandis que Lisa épouse Elvino… Le plus agaçant cependant reste cette manie d’encombrer l’intrigue de mille micro-événements : il n’est pas une scène qui ne soit parasitée par une péripétie (un enfant qui fait le pitre, Alessio et Teresa qui se disputent…), qui non seulement se révèle inutile, mais empêche de se concentrer pleinement sur la musique.

Le plateau vocal, malheureusement, ne permet pas de rattraper les choses… Si Alexander Tsymbalyuk est un Rodolfo noble et sobre, au chant assuré (surtout au second acte), le couple de jeunes premiers reste en-deçà de ce qu’on est en droit d’attendre d’une soirée de bel canto. Francesco Demuro triomphe après son air grâce à un aigu et un suraigu crânement assurés. Elvino, cependant, exige presque constamment une émisson di grazia dont le ténor est dépourvu, sa voix manquant absolument de la morbidezza indispensable au rôle : « Prendi : l’anel ti dono », « Tutto è sciolto », « Io più non reggo » devraient être des moments de pure poésie et de suavité, malheureusement empêchés par des voyelles excessivement ouvertes et une émission mal assurée (surtout dans l’aigu). Le cas de Pretty Yende est tout autre : la beauté du timbre n’est pas en cause, ni la technique (encore que les variations de « Ah, non giunge », au demeurant peu heureuses, ne soient pas parfaitement maîtrisées), ni même le format vocal : le médium et le grave sont consistants, bien plus que chez la plupart des voix « légères » (même si la chanteuse est vraiment inaudible dans le « Non è questa, ingrato core » du premier acte). Mais nous aurons rarement entendu une Amina à ce point inexpressive : que le personnage exprime l’allégresse, le désespoir, l’incrédulité, la couleur de la voix reste constamment la même, sans jamais s’éclairer d’un sourire dans les moments de liesse, ni s’assombrir ou, encore moins, se mouiller de larmes dans le sublime récitatif « Oh ! Se una volta sola… ». Dans ces conditions, le « Ah, non credea mirarti », auquel aucune nuance, aucun changement de couleur, aucun piano, aucun diminuendo, aucun crescendo, aucune messa di voce ne viennent donner vie, laisse complètement de marbre. Un comble pour une des pages les plus bouleversantes du répertoire…

Finalement, les seules vraies satisfactions vocales auront été apportées, outre Alexander Tsymbalyuk, par Sandra Hamaoui, qui dans le rôle modeste de Lisa, fait entendre un timbre mordant, richement coloré, porté par une technique solide lui permettant de délivrer un beau « De’ liete auguri » au second acte.

Je me dois de dire, pour terminer cet article, que tous les artistes, au rideau final, ont reçu un accueil enthousiaste, voire triomphal pour Pretty Yende : la critique étant par nature  subjective – et aucune critique n’étant par ailleurs parole d’évangile –, je ne saurais donc trop encourager les lecteurs à lire d’autres comptes rendus, ou, mieux encore, à aller se forger eux-mêmes leur propre opinion en assistant au spectacle, donné jusqu’au 26 juin.

Les artistes

Amina  Pretty Yende
Teresa  Annunziata Vestri
Lisa  Sandra Hamaoui
Rodolfo  Alexander Tsymbalyuk 
Elvino  Francesco Demuro 
Alessio  Marc Scoffoni

Orchestre de chambre de Paris, Chœur de Radio France , Maîtrise des Hauts-de-Seine, dir.  Riccardo Frizza
Mise en scène  Rolando Villazón

Le programme

La Sonnambula

Mélodrame en deux actes de Vincenzo Bellini, livret de Felice Romani, créé le 6 mars 1831 à Milan (Teatro Carcano)

Représentation du Jeudi 17 juin 2021, Théâtre des Champs-Élysées, Paris. 

image_printImprimer
Sandra HamaouiFrancesco DemuroRiccardo FrizzaPretty YendeRolando Villazon
0 commentaires 0 FacebookTwitterPinterestEmail
Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
DER FREISCHÜTZ, Weber (1821) – dossier
prochain post
ROUEN – Opéra de Rouen Normandie, une saison 2021/2022 foisonnante !

Vous allez aussi aimer...

Les festivals de l’été –Nadine Sierra enchante les...

29 juin 2026

Les brèves de juillet –

29 juin 2026

Carmen : nouvelle mise en scène de Damiano Michieletto à...

29 juin 2026

Entre larmes et éclats de rire : les deux...

29 juin 2026

Lucia di Lammermoor : la mise en scène...

28 juin 2026

Otello préfère l’amour en mer à l’opéra de...

28 juin 2026

Les Deux Pêcheurs au Théâtre du Châtelet, une...

24 juin 2026

Le nozze di Teti e Peleo : quand...

23 juin 2026

Le dernier scandale de Monteverdi : Poppea, influenceuse...

22 juin 2026

Le Requiem de Verdi à Bordeaux : l’audace...

21 juin 2026

Humeurs

  • La colline verte n’a pas fini de rougir —
    L’affaire Friedman et les fantômes de Bayreuth : le festival Wagner bute sur son passé antisémite

    26 juin 2026

En bref

  • Les brèves de juin –

    19 juin 2026
  • Ça s’est passé il ya 200 ans : création de Don Gregorio de Gaetano Donizetti

    11 juin 2026

La vidéo du mois

Édito

  • L’été des festivals : la parenthèse enchantée qu’attendent tous les lyricophiles !

    3 juin 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Le Clerre dans Otello préfère l’amour en mer à l’opéra de Liège
  • Stéphane Lelièvre dans Otello préfère l’amour en mer à l’opéra de Liège
  • J. Francois dans Otello préfère l’amour en mer à l’opéra de Liège
  • Sabine Teulon Lardic dans La colline verte n’a pas fini de rougir —
    L’affaire Friedman et les fantômes de Bayreuth : le festival Wagner bute sur son passé antisémite
  • Marc Dumont dans Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles : le souffle profond de Gardiner

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Les festivals de l’été –Nadine Sierra...

29 juin 2026

Les brèves de juillet –

29 juin 2026

Carmen : nouvelle mise en scène de...

29 juin 2026