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Linda, da Chamounix a Firenze !

par Stéphane Lelièvre 24 janvier 2021
par Stéphane Lelièvre 24 janvier 2021
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© Teatro del Maggio Musicale Fiorentino

La rare Linda di Chamounix du Teatro del Maggio Musicale Fiorentino, avec une belle distribution, disponible en streaming jusqu’au 15 février 2021.

Ç’aurait dû être l’un des événements marquants de la belle saison 2020-2021 du Teatro del Maggio Musicale Fiorentino : les représentations publiques de Linda di Chamounix n’ont pas eu lieu, mais une captation a été faite, permettant la diffusion du spectacle en streaming gratuit jusqu’au 15 février 2021. Pour cette œuvre rarement jouée – en tout cas en France – le Maggio Musicale a bien fait les choses : ont été réunis pour l’occasion une distribution alléchante, un chef qui compte parmi les plus prometteurs de la jeune génération, et un metteur en scène réputé. N’a manqué que le public pour que la fête soit complète…

Le spectacle proposé par Cesare Lievi est d’une grande lisibilité : pas de relecture plus ou moins hasardeuse, rien de bien provocant (à l’exception d’une scène – peu convaincante – au deuxième acte, au cours de laquelle Carlo semble avoir bien du mal à maîtriser son désir sexuel vis-à-vis de Linda…) mais des costumes d’époque, des décors, si ce n’est réalistes, du moins figuratifs, et un symbolisme simple mais efficace (le rai coloré qui déchire le ciel et se teinte de rouge quand le drame se noue). Certains choix, cependant, interpellent quelque peu (pourquoi les choristes tiennent-ils leur partition en mains aux actes 1 et 3 ?), ou n’apportent pas grand-chose (l’omniprésence du Préfet, qui assiste à la presque totalité du drame assis à son bureau à l’avant-scène).

La baguette de Michele Gamba, toujours très à l’aise dans le répertoire du premier ottocento, est vive, dynamique, contrastée, et parvient à trouver le subtil équilibre entre légèreté et drame, propre au genre semiserio. L’orchestre et les chœurs sont pleinement impliqués – même si l’on déplore, chez les choristes, certaines attaques pas toujours très nettes et un relatif manque d’homogénéité chez les sopranos.

La distribution s’avère homogène et globalement convaincante – ce qui n’est pas un mince mérite, l’œuvre nécessitant la présence de six chanteurs de premier plan. Michele Pertusi possède le timbre profond mais aussi la stature requis par le personnage du Préfet, le « sage » de l’histoire grâce à qui l’honneur de Linda sera préservé. Fabio Capitanucci incarne convenablement le Marquis Boisfleury, un rôle ingrat et difficile parce que situé aux frontières du serio (c’est le personnage noir de l’intrigue, qualifié par Linda de « uomo perverso e deturpate » (« homme pervers et corrompu ») et du buffo (musicalement, on n’est jamais très loin de certains grotesques rossiniens). Vocalement, Fabio Capitanucci se sort honorablement de sa partie (malgré un vibrato qui affecte un peu le registre aigu de sa voix) ; dramatiquement, on aurait aimé que Cesare Lievi lui demande d’accentuer le côté noir du personnage afin de rendre plus crédibles les dégâts psychologiques provoqués par son attitude de prédateur. Aux côtés d’une Marina De Liso noble et digne en Maddalena, Vittorio Prato, dans un rôle qui est loin d’être négligeable (Giuseppe Taddei, Renato Bruson ou plus près de nous Ludovic Tézier s’y illustrèrent) est un très bel Antonio, à la ligne vocale assurée et nuancée, très crédible scéniquement, convaincant dans ses accès de colère de l’acte 2 comme dans l’expression du repentir ou de l’amour filial. C’est pour ma part la première fois que j’entendais Teresa Iervolino, et je confirme l’excellente impression qu’elle a laissée il y a quelques mois à Hervé Cassini lors du concert Viva l’opéra ! donné à Toulon : le rôle de Pierotto est bref, suffisamment développé cependant pour que la chanteuse fasse valoir un timbre de toute beauté, nimbé de couleurs chaudes et émouvantes, et une technique aguerrie. Une artiste que nous espérons réentendre très vite en France !

Restent les deux premiers rôles de l’œuvre, particulièrement exigeants…
Carlo est un très beau rôle de ténor, faisant alterner, comme l’Elvino de La Sonnambula ou le Giannetto de La Pie voleuse de nombreux moments de tendresse avec quelques scènes plus dramatiques. Le rôle échoit ici à Francesco Demuro, bien connu du public français qui l’a applaudi notamment à Paris en Gabriele Adorno dans Simon Boccanegra, un rôle qui nous avait semblé un peu surdimensionné au regard de ses moyens actuels. Il est plus à son aise dans le rôle de Carlo, où l’on retrouve son timbre très clair (que l’on jugera, en fonction de ses goûts, tantôt solaire, tantôt un peu aigre), son insolente aisance dans l’aigu (il est l’un des rares ténors actuels à oser le contre-fa des Puritains sur scène, comme nous avions pu le constater en novembre 2018 à l’Opéra Bastille), une belle tenue du souffle (« È la voce che, primiera »), mais aussi des sons parfois trop ouverts et une palette de nuances un peu limitée (des phrases telles que « È ver, son io la cagion de’ mali suoi » requièrent une émission de tenore di grazia, avec une morbidezza qui fait un peu défaut à notre ténor…
La voix de Jessica Pratt est bien adaptée au rôle de Linda : moins opaque et plus virtuose qu’une Antonietta Stella, moins légère et acide qu’une Edita Gruberova, elle possède une assise assez ferme dans le grave et une projection suffisamment percutante pour rendre justice aux pages dramatiques du rôle. C’est d’ailleurs dans les passages de coloratura di forza de l’acte 2 qu’elle se montre pleinement convaincante – plus encore que dans la virtuosité plus légère du premier acte, où l’émission vocale manque parfois de stabilité (peut-être la voix n’était-elle pas encore suffisamment échauffée…). On note par ailleurs, chez cette chanteuse à qui on reproche parfois une certaine froideur, un réel souci d’incarner le personnage et de le rendre émouvant.

Bref, une belle soirée d’opéra dont on espère qu’elle sera reprogrammée bientôt dans des conditions plus sereines.

Rossini, Tancredi, "Di tanti palpiti..." par Teresa Iervolino
Les artistes

Linda   Jessica Pratt
Carlo   Francesco Demuro
Prefetto   Michele Pertusi
Pierotto   Teresa Iervolino
Antonio   Vittorio Prato
Marchese Boisfleury    Fabio Capitanucci
Maddalena   Marina De Liso
Intendente del Feudo   Antonio Garès

Chœurs et orchestre du Maggio Musicale Fiorentino, dir. Michele Gamba

Mise en scène   Cesare Lievi

Le programme

Linda di Chamounix

Opera semiseria en trois actes de Gaetano Donizetti, livret de Gaetano Rossi d’après La Grâce de Dieu d’Adolphe-Philippe d’Ennery et Gustave Lemoine, créé le 19 mai 1942 à Vienne.

Florence, Teatro del Maggio Musicale Fiorentino, janvier 2021.
Disponible en streaming gratuit jusqu’au 15 février 2021.

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Francesco DemuroTeresa IervolinoVittorio PratodonizettiMichele PertusiJessica Pratt
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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