À la une
Saison 2026-2027 de l’Opéra de Saint-Étienne : la scène est...
Ça s’est passé il y a 300 ansCréation d’Alessandro de...
DEFIANT REQUIEM : Un Requiem de Verdi très particulier dans le...
La première saison de Chrysoline Dupont à l’Opéra national du...
Pelléas et Mélisande à la Scala, ou quand le non-dit...
Les opéras du monde – Petite histoire de l’Opéra-Comique
Opéra-Comique : Lucie de Lammermoor revient à Paris après une absence...
Reprise de la Rusalka de Carsen, désormais l’un des grands...
STAATSOPER DE VIENNE 26-27 : six nouvelles productions et de...
Madrid 26-27 : une saison royale pour le Théâtre Royal...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

ProductionCompte rendu

Benvenuto Cellini à l’Opéra Royal de Versailles : Honneur à Gardiner, le maître ciseleur !

par Stéphane Lelièvre 9 septembre 2020
par Stéphane Lelièvre 9 septembre 2020
0 commentaires 1FacebookTwitterPinterestEmail
1,5K

C’était l’un des premiers spectacles de la nouvelle saison et il place d’emblée la barre très haut pour les concerts à venir ! Trois raisons expliquent le triomphe qu’a remporté ce Benvenuto Cellini, proposé par l’Opéra Royal de Versailles (après la Côte-Saint-André, Berlin et Londres) : une direction exceptionnelle, une distribution très homogène, une mise en espace simple mais pleine de vie et astucieuse.

Dès les premières mesures de l’ouverture, le spectateur est happé par une direction musicale étourdissante, éminemment dramatique, savamment contrastée, délicatement ciselée, tout à la fois luxuriante et précise. Trois heures durant, elle ne laisse aucun répit au spectateur, qui n’en finit pas de redécouvrir telle harmonie étonnante, telle ligne instrumentale habituellement à peine audible, tel détail original dans l’orchestration, sans que jamais l’impression dominante soit celle d’un « tape-à-l’oreille » destiné à mettre plus en valeur le chef que l’œuvre elle-même. Au contraire : sous la baguette de Gardiner, l’œuvre semble enfin délivrer tous ses sortilèges ; l’on a constamment l’impression de comprendre cette musique bien mieux qu’on ne l’avait fait jusqu’alors, et de voir enfin révélées les volontés du compositeur.

Benvenuto Cellini selon J.E. Gardiner. Interview sous-titrée en français

Il va sans dire que le Monteverdi Choir (quelle incroyable clarté dans la diction du français !) et l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique, comme toujours surprenant de dynamisme et foisonnant de couleurs, répondent aux demandes de leur chef avec une précision et une musicalité de premier ordre.

La version retenue ne rétablit pas l’air (au demeurant assez insignifiant) que chante Balducci au début de l’œuvre (il avait été coupé à la création), mais supprime (et c’est un peu dommage…) le premier air de Cellini (« La gloire était ma seule idole »), bel et bien interprété le soir de la création mais sans doute écrit à la demande de Duprez.

Les chanteurs réunis autour du chef forment une véritable équipe, que la mini-tournée européenne du spectacle a sans doute permis de souder étroitement. Les seconds rôles sont fort bien tenus (il est curieux que le programme ne mentionne pas Alex Ashworth, l’interprète de Pompéo : il a peu à chanter mais le fait très  bien et dans un bon français). Maurizio Muraro amuse en Balducci et fait sonner quelques graves impressionnants. La diction, en revanche, est un peu pâteuse, au contraire des autres interprètes qui font tous preuve d’une prononciation correcte, parfois excellente (Lionel Lhote).

Adèle Charvet, dont la carrière est encore toute récente, remporte un très beau succès en Ascanio. La voix et chaude, malléable, bien projetée, et la caractérisation séduisante. Nous la retrouverons avec grand plaisir et intérêt en Stéphano dans le Roméo et Juliette que proposera l’Opéra de Bordeaux en mars prochain. Distribuer Tareq Nazmi en Clément VII est un luxe : la basse koweïtienne met sa ligne de chant onctueuse et ses graves opulents au service d’une caractérisation amusante d’un Pape décalé et toujours plus ou moins endormi. Lionel Lhote triomphe en Fieramosca : puissance, variété des couleurs, diction impeccable (rendant le texte intelligible jusque dans le difficile trio du premier acte !), caractérisation : tout y est. Habitué de l’Opéra de Wallonie-Théâtre Royal de Liège (où il fut un très beau Valentin de Faust l’an dernier), il y sera de nouveau présent en janvier prochain pour donner, en tant que Posa, la réplique au Don Carlos de Gregory Kunde : à ne pas rater !

Sophia Burgos
Michael Spyres chante Berlioz. Ici, "Inutiles regrets" des Troyens

La Teresa de Sophia Burgos est piquante et espiègle. Vocalement, l’interprétation gagne en qualité au fil de la soirée. Au premier acte, le timbre semble manquer un peu de rondeur et de couleurs, et les vocalises de « Quand j’aurai votre âge » pourraient gagner en précision. En revanche, passé l’entracte, le personnage gagne en émotion et la ligne de chant est plus soignée, faisant de Teresa une jeune femme amoureuse et touchante.

C’est, curieusement, un peu le contraire de ce qu’a fait entendre Michael Spyres : en grande forme au premier acte, faisant valoir toutes ses précieuses qualités de timbre, de diction et de technique (legato souverain, souffle parfaitement contrôlé, aigus naturellement insérés dans la ligne de chant), le second acte le voit tendu et moins assuré. Peut-être les quatre spectacles très rapprochés (et dans différents pays), dans ce rôle éprouvant entre tous, a-t-il quelque peu fatigué le ténor ? Quoi qu’il en soit, le texte se fait moins compréhensible après l’entracte, l’aigu moins sûr, et l’accident redouté arrive à la fin de « Sur les monts les plus sauvages », le ténor quittant la scène avec un geste rageur, peut-être dicté par la situation dramatique, peut-être également par la déception du chanteur vis-à-vis de lui-même. Fort heureusement, le public ne lui tient pas rigueur de ce raté et l’applaudit très chaleureusement au rideau final, saluant sans aucun doute l’un des meilleurs titulaires du rôle avec John Osborn et, il n’y a guère, Gregory Kunde.

Reste à saluer le travail de l’équipe ayant réglé le spectacle : Noa Naamat, mise en espace ; Rick Fischer, lumières ; Sarah Denise Cordery, (fort beaux) costumes. Le spectacle est vif, astucieux, sans temps mort, drôle. Nul doute que cette mise en espace extrêmement respectueuse de la musique n’ait elle aussi contribué au triomphe final !

Les artistes

Benvenuto Cellini   Michael Spyres
Teresa   Sophia Burgos
Fieramosca   Lionel Lhote
Ascanio   Adèle Charvet
Le Pape   Tareq Nazmi
Balducci   Maurizio Muraro
Pompéo  Alex Ashworth

Monteverdi Choir; Orchestre Révolutionnaire et Romantique; dir. John Eliot Gardiner
Noa Naamat 
 mise en espace

Le programme

Benvenuto Cellini

Opéra en deux actes d’Hector Berlioz, livret de Léon de Wailly et Auguste Barbier, créé le 12 septembre 1838 à Paris (salle Le Peletier).

Opéra Royal de Versailles, représentation du 8 septembre 2019.

image_printImprimer
Adèle CharvetBerliozMichael SpyresJohn Eliot GardinerSophia Burgos
0 commentaires 1 FacebookTwitterPinterestEmail
Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
DISPARITION DE PATRICK DAVIN
prochain post
MACBETH À PARME : EN FRANÇAIS DANS LE TEXTE !

Vous allez aussi aimer...

Pelléas et Mélisande à la Scala, ou quand...

4 mai 2026

Opéra-Comique : Lucie de Lammermoor revient à Paris après...

3 mai 2026

Reprise de la Rusalka de Carsen, désormais l’un...

3 mai 2026

PUTTING IT TOGETHER ! – La brillante « revue » de...

28 avril 2026

Entrée triomphale des Villi au répertoire de l’Opéra...

27 avril 2026

À Saint-Étienne, le réveil magistral de la belle...

25 avril 2026

« Il était une fois… » SIEGFRIED par Yannick Nézet-Séguin

24 avril 2026

Samuel Hasselhorn chante Schubert et l’Espoir salle Cortot

22 avril 2026

Roberto Devereux à Bologne : Et j’ai vu pleurer...

22 avril 2026

Heaven ! I mean heaven… avec Top Hat au...

21 avril 2026

Humeurs

  • Découverte vocale : la contralto ukrainienne VANDA KOZUB

    17 avril 2026

En bref

  • DEFIANT REQUIEM : Un Requiem de Verdi très particulier dans le Grand Amphi de la Sorbonne…

    4 mai 2026
  • Les brèves d’avril – Rupture consommée entre la Fenice et Venezi

    26 avril 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de mai – L’artiste peut-il ne pas être politique ?

    1 mai 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Arlette Marsac dans Carmen à Hong Kong : rencontre avec Franck Chastrusse-Colombier
  • Stéphane Lelièvre dans Découvrez la saison 26-27 de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen
  • Anne-Marie LANGRENE dans Découvrez la saison 26-27 de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen
  • Stéphane Lelièvre dans MARIA CALLAS – 100 ans, 100 rôles
    V. LE CRÉPUSCULE DE LA DIVINE (1961-1969)
  • Rémy OLIVE DE L'AUTE dans MARIA CALLAS – 100 ans, 100 rôles
    V. LE CRÉPUSCULE DE LA DIVINE (1961-1969)

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Pelléas et Mélisande à la Scala,...

4 mai 2026

Opéra-Comique : Lucie de Lammermoor revient à...

3 mai 2026

Reprise de la Rusalka de Carsen,...

3 mai 2026