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VERDI, I Masnadieri (Milan) – Mais qu’est-il donc arrivé à David McVicar ?

par Laurent Bury 13 août 2020
par Laurent Bury 13 août 2020
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Peu avant l’interruption de la saison pour cause de virus, le Met a présenté Agrippina de Haendel, dans une « nouvelle production » signée David McVicar. Les mélomanes new-yorkais, plutôt frileux sur le plan théâtral, ont dû recevoir un électrochoc. En effet, depuis maintenant pas mal d’années, le nom de David McVicar est devenu synonyme de spectacle un peu planplan, avec de beaux décors et de très jolis costumes historiques. Or l’Agrippina visible au Met en février proposait tout le contraire ! Qu’était-il donc arrivé au metteur en scène écossais ? L’explication est bien simple : cette Agrippina était en réalité la reprise d’une production créée à Bruxelles en 2003, à l’époque où McVicar pouvait encore passer pour un des noms les plus prometteurs de la scène lyrique. Hélas, il avait fallu vite déchanter, le brave homme ayant préféré se réserver le rôle de faiseur réclamé par les théâtres les plus traditionnalistes : c’est à lui que le Met avait notamment fait appel afin de monter une Tosca très zeffirellienne et donc bien plus rassurante pour ses abonnés que la vision de Luc Bondy, huée à New York.

Avec I Masnadieri à la Scala, David McVicar prouve une fois de plus qu’il n’a plus rien à dire à l’opéra. Certes, l’œuvre compte parmi les moins connues de Verdi – elle n’est vraiment redonnée que depuis un demi-siècle, après une longue traversée du désert – mais le spectacle milanais est plutôt de nature à fournir des arguments à ceux qui pensent qu’il vaudrait mieux la laisser sombrer dans l’oubli. Le spectacle capté en juin dernier est parfaitement caricatural, en ce qu’il associe décor monumental et costumes d’époque (le public new-yorkais serait ravi) à quelques tics absurdes empruntés à des mises en scène « modernes ». Le résultat est assez incompréhensible et souvent ridicule.

C’est vrai, le librettiste n’a pas facilité la tâche, mais situer dans un décor unique les neuf tableaux prévus ne rend pas les choses plus claires : ce château-caserne, avec vue sur les douches et statue sur son piédestal côté cour, voit s’enchaîner tous les incidents et s’écroule en partie après l’entracte ; on se demande parfois s’il ne s’agit pas plutôt d’un asile psychiatrique. Les brigands sont d’abord des militaires du XVIIIe siècle, avant de devenir des zombies. L’héroïne sort d’un portrait de Van Dyck, nul ne sait pourquoi.

David McVicar a aussi dû composer avec un jeune premier aussi encombrant que Fabio Sartori, peu gâté par les gros plans. Luciano Pavarotti prenait de la place en scène, mais il n’avait qu’à ouvrir la bouche pour qu’on oublie tout le reste ; on ne peut pas en dire exactement autant du ténor qui, sans démériter, ne prodigue pas non plus des sonorités enchanteresses. Est-ce pour compenser sa gaucherie que la mise en scène introduit du début à la fin de la représentation une sorte de double du héros ? On peut du moins supposer que ce jeune homme replet qui observe toute l’action et y participe à peine serait Carlo vingt ans avant. À moins que ce ne soit Schiller qui prend des notes pour son drame à venir…

Massimo Cavalletti n’est peut-être pas non plus un acteur né, mais du moins sa voix de baryton a-t-elle toute la solidité espérée pour le rôle du méchant de l’histoire. Scéniquement, Michele Pertusi est encore moins gâté, entre une perruque perchée sur le haut du crâne et le moment où il surgit d’une trappe, en chemise de nuit ; vocalement, le timbre de la basse a conservé tout son impact dans ce répertoire, comme le prouvait son Procida en décembre 2019 dans Les Vêpres siciliennes à Rome. On signalera la brève mais belle prestation d’Alessandro Spina.

Toute de blanc vêtue, coiffée comme Marisa Berenson dans Barry Lindon, Lisette Oropesa se retrouve sur son terrain d’élection avec le rôle d’Amalia, conçu pour Jenny Lind, le rossignol suédois. Précision des vocalises, émotion palpable, l’incarnation qui marquait ses débuts à la Scala est un superbe moment de chant, bien qu’elle semble un peu perdue au milieu de ce naufrage théâtral où la direction d’acteur semble avoir été le cadet des soucis de David McVicar.

Dans la fosse, Michele Mariotti tire le meilleur d’une partition du jeune Verdi, qui ne brille pas toujours par sa finesse et à qui devait plus tard proposer une mise en musique autrement plus inspirée des drames de Schiller avec Luisa Miller ou Don Carlos.

Les artistes

Massimiliano  Michele Pertusi
Carlo  Fabio Sartori
Francesco  Massimo Cavalletti
Amalia  Lisette Oropesa
Moser  Alessandro Spina
Arminio  Francesco Pittari
Rolla  Matteo Desole

Orchestre et choeurs du Teatro alla Scala, dir. Michele Mariotti

Mise en scène David McVicar

Le programme

I Masnadieri

Opéra en 4 actes de Verdi, livret d’Andrea Maffei (d’après Schiller), créé à Londres (Her Majesty’s Theatre)  le 27 juillet 1847.

Production de la Scala de Milan (2019)

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VerdiDavid McVicarMichele PertusiLisette OropesaFabio Sartori
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Laurent Bury

Une fois hors d'un charnier natal assez septentrional, Laurent Bury a longtemps habité sous les vastes portiques du 123, rue Saint-Jacques, du 45, rue d'Ulm et du 1, rue Victor Cousin (et même ensuite du 86, rue Pasteur, 60007). Longtemps, il s'est couché de bonne heure aussitôt après les spectacles que, de 2011 à 2020, il allait voir pour un autre site opératique. Papillon inconstant, farfallone amoroso, il vole désormais entre divers sites, et a même parfois l'honneur de prêter sa plume aux volumes de L'Avant-Scène Opéra.

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