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Streaming – Béatrice et Bénédicte. Double mixte à Bruxelles : Béatrice et Bénédict s’imposent face à Héro et Claudio !

par Stéphane Lelièvre 12 août 2020
par Stéphane Lelièvre 12 août 2020
© Bernd Ulhig
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Que Berlioz, si respectueux des auteurs en général et de Shakespeare en particulier, ait à ce point dénaturé Beaucoup de bruit pour rien reste assez mystérieux… De cette comédie où le drame, voire la tragédie affleurent à plus d’une reprise, ne reste qu’une aimable bluette dont les effets comiques tantôt font mouche, tantôt font long feu – ce qui n’ôte rien à la valeur de la musique, particulièrement inspirée notamment pour les rôles féminins. C’est semble-t-il, un avis partagé par Richard Brunel, qui a tenté de réinsuffler à l’œuvre la part de drame dont Berlioz l’a privé, au prix d’arrangements assez nombreux (scènes coupées, dialogues réécrits ou ajoutés, numéros musicaux déplacés) et pour un résultat finalement assez peu convaincant. Au point qu’une question très simple se pose : si l’œuvre ne convient pas au metteur en scène – ce qui peut parfaitement s’entendre –, pourquoi accepter de la monter ? Richard Brunel reprend la péripétie (imaginée par Shakespeare) de la fausse trahison d’Héro et de son mariage avorté avec Claudio. Impossible cependant de garder cet épisode dans son entier (sauf à ajouter de très nombreuses scènes parlées) ; aussi le metteur en scène supprime-t-il la réconciliation finale de Claudio et de sa fiancée. On voit donc, lors du finale, s’opposer deux dénouements : un mariage heureux d’un côté (celui de Béatrice et Bénédict), une séparation irréversible de l’autre, Héro, dans une attitude très me too, refusant de pardonner à Claudio et de l’épouser, ce qui confère au finale une dimension très douce-amère, en contradiction avec la jubilation exprimée par la musique. Ajoutons que le décor assez sinistre (des murs et des plafonds éventrés, tantôt ceux d’une église, tantôt ceux d’un immeuble) ruine l’évocation à la fois poétique, sensuelle et raffinée des douces nuits siciliennes distillée par la musique de Berlioz…

C’est d’autant plus dommage que l’interprétation musicale semble fort satisfaisante. Nous disons « semble », car la prise de son  place les voix à l’arrière-plan et surexpose l’orchestre de la Monnaie qui, sous la baguette de Jérémie Rohrer, semble parfois un peu bruyant – sans qu’on puisse vraiment savoir si cela incombe au chef ou, précisément, à la prise de son. Quoi qu’il en soit, Jérémie Rohrer propose une lecture de l’œuvre extrêmement vive et fait ressortir, toujours à bon escient, mille détails de l’orchestration berliozienne. Seul le duo entre Ursule et Héro (et peut-être aussi, dans une moindre mesure, le trio Ursule/Héro/Béatrice) déçoit légèrement car trop incarné quand il devrait se faire diaphane, évanescent. Mais le chef n’est guère aidé par ce qui se passe sur le plateau, envahi par les personnages du drame vaquant à leurs occupations, alors que la musique dessine une parenthèse poétique absolument coupée de toute préoccupation prosaïque…

La représentation a été enregistrée en mars 2016, alors que la Monnaie était fermée pour travaux. Elle a donc eu lieu dans un chapiteau provisoirement installé dans le bas de la ville, un lieu à l’acoustique fort peu adaptée. Pourtant, vocalement, ce que l’on entend est fort beau : Anne-Catherine Gillet, voix jeune, fraîche, émouvante, est parfaite en Héro. Ève-Maud Hubeaux (dont la carrière semble prendre actuellement un bel essor) lui donne une réplique de luxe dans le nocturne du premier acte ; Stéphanie d’Oustrac, malgré un ou deux aigus qui plafonnent un peu dans son air du II, est une Béatrice pleinement convaincante, tant vocalement que dramatiquement. Sébastien Droy incarne Bénédict, et non Julien Dran avec qui il chantait en alternance. La voix est moins éclatante que celle de son collègue, a priori mieux adaptée à ce rôle de jeune homme quelque peu péremptoire. Mais précisément, ces couleurs un peu voilées et cette douceur dans le timbre permettent une incarnation originale et très attachante du personnage. Étienne Dupuis est sous-employé en Claudio : il s’acquitte évidemment fort bien de sa tâche. Lionel Lhôte, enfin, est, de façon curieuse mais conforme aux volontés du metteur en scène, un Samarone nullement drôle mais, au contraire, sinistre, à la voix et au chant comme toujours très assurés.

Les artistes

Don Pedro   Frédéric Caton
Claudio   Étienne Dupuis
Bénédict   Sébastien Droy
Léonato   Pierre Barrat
Héro   Anne-Catherine Gillet
Béatrice   Stéphanie d’Oustrac
Ursule   Eve-Maud Hubeaux
Somarone   Lionel Lhote
Don Juan   Sébastien Dutrieux

Chœurs et orchestre de la Monnaie, dir. Jérémie Rhorer

Mise en scène Richard Brunel

Le programme

Béatrice et Bénédict

Opéra-comique en deux actes, livret du compositeur (d’après Shakespeare), créé le 9 août 1862 à Baden-Baden.

Spectacle enregistré à Bruxelles en mars 2016.

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Lionel LhoteSébastien DroyBerliozEtienne DupuisEve-Maud HubeauxJérémie RhorerAnne-Catherine Gillet
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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