À la une
Dijon : Pelléas et Mélisande en miroir des Boréades, un couplage...
Entretien – Pier Luigi Pizzi : « Verdi est le paradigme de...
Intervista – Pier Luigi Pizzi : « Verdi è il paradigma...
Livre – Le Voyage dans la Lune, d’après l’œuvre de...
Les brèves de janvier –
Maggio Musicale Fiorentino : une belle réussite pour Tosca avec...
Maggio Musicale Fiorentino: un buon successo per Tosca con Chiara...
Se préparer à La Passagère, Opéra national Capitole de Toulouse,...
CD – Fra l’ombre e gl’orrori : un siècle de musique...
Spectacle Bernstein à Massy Anatomies de l’amour : Lenny Tender
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

ProductionCompte rendu

Un Mariage secret mais brillant à Martina Franca

par Stéphane Lelièvre 20 juillet 2019
par Stéphane Lelièvre 20 juillet 2019
0 commentaires 0FacebookTwitterPinterestEmail
1,4K

Il y eut bien le spectacle de Nancy en 2017 (la reprise d’un spectacle zurichois), ou celui de Liège la saison dernière. N’empêche : le Mariage secret de Cimarosa, un des piliers du répertoire lyrique au début du XIXe siècle, reste inexplicablement négligé par les salles d’opéras. Le livret, pourtant, qui multiplie quiproquos, coups de théâtre, rebondissements n’a  rien perdu de sa force comique, et la musique de Cimarosa, tellement prisée par Stendhal, est d’une rare élégance.

Si ce spectacle est une belle réussite, c’est avant tout parce que le festival, comme souvent, a fait le pari de la jeunesse, en confiant l’opéra de Cimarosa aux mains de Pier Luigi Pizzi et de Michele Spotti. Jeune, Pier Luigi Pizzi et ses 89 printemps ? Plus que jamais, tant la vision du Mariage qu’il propose est fraîche, vive, imaginative : même si le désir de parer son patronyme d’une particule est sans doute moins prégnant dans la bourgeoisie du XXe siècle qu’au tournant du XVIIIe, la transposition de  l’action dans le monde contemporain s’opère très naturellement et sous la houlette de Pizzi, tous les chanteurs s’avèrent être de vrais acteurs, drôles et convaincants.

Michele Spotti, secondé par un orchestre du Théâtre Petruzelli de Bari impeccable de vivacité et de précision, propose un direction d’un dramatisme et d’une élégance constants : aucun temps mort dans le spectacle, les récitatifs, les airs, les ensembles se succèdent avec fluidité et nécessité, chaque nouvelle page semblant procéder de la précédente. Quant à l’élégance, elle provient de la vivacité des tempi qui évitent cependant toute précipitation et laissent l’œuvre respirer, mais aussi de l’inscription de la partition à la fois dans l’héritage de Mozart et la préfiguration de Rossini. L’inspiration mozartienne est omniprésente (le gazouillement des cordes dans l’ouverture fait songer à celui des ouvertures de Cosi ou des Noces ; le duo Carolina/Paolino qui ouvre l’acte I rappelle celui de Suzanne et Figaro ; l’exhortation qui est faite au Comte Robinson de sortir de la chambre de Carolina au dernier acte et l’effet de stupéfaction qui s’ensuit évoque bien sûr également Les Noces). Mais la musique et le livret préfigurent aussi nettement certains opéras de Rossini, parmi les plus fameux : au finale du premier acte, les différents personnages tentent vainement d’expliquer la situation à Geronimo en caquetant à qui mieux mieux, comme le font les personnages du Barbier à l’officier de police (également dans le finale du premier acte du Barbier) avant que tous les personnages ne semblent perdre l’esprit dans un ensemble trépidant : « Mi par d’esser con la testa… » chez Rossini / «  Le orecchie non stancate… » chez Cimarosa. Les deux sœurs et leur idiot de père annoncent par ailleurs directement Cenerentola, et le quintette du second acte dans lequel la comédie semble tourner au drame (« Sol tre giorni alla partenza / Io vi chiedo per pietà ») provoque chez l’auditeur le même émoi que l’ensemble dans lequel Cenerentola demande à son père la permission d’aller au bal, ne serait-ce que pour une heure. Enfin, le Comte Robinson préfigure nettement Dandini, notamment dans sa scène « de la révélation », lorsqu’il annonce à Geronimo qu’il souhaite épouser non pas la fille aînée mais la cadette… Ce double héritage mozartien et rossinien est superbement compris et mis en lumière par Michele Spotti, qui révèle également les beautés propres que l’opéra de Cimarosa recèle, indépendamment de toute référence musicologique. Un jeune chef que l’on suivra avec grand intérêt et qu’on a jusqu’à présent la chance d’applaudir assez souvent en France (il reviendra à Lyon en mars 2020 pour Rigoletto).

Marco Filippo Romano est un Geronimo à la voix saine et dont l’incarnation scénique est pleine d’humour. Alasdair Kent interprète le jeune Paolino. N’était une certaine fragilité dans le registre aigu, son timbre agréable rend justice à ce rôle de jeune premier. Le chant rigoureux, précis, stylé de Vittorio Prato se double d’une incarnation scénique irrésistible : le baryton, qui semble s’amuser sur scène autant qu’il amuse le public, confirme avec ce rôle de réels talents de comédien.

Benedetta Torre et Paolino Alasdair
Vittorio Prato et Paolino Alasdair

La voix douce et veloutée de Benedetta Torre (Carolina), aux délicieux aigus piano filés, se marie fort agréablement à celle d’Elisetta (Maria Laura Iacobellis), légèrement plus acide, et d’une belle virtuosité dans l’air final : « Se son vendicata ». Ana Victoria Pitts est une tante Fidalma extrêmement drôle, tantôt impressionnante dans son jeu comme dans sa voix  (puissante, aux graves ronds et sonores), tantôt hilarante lorsqu’elle se laisse déborder par ses pulsions sexuelles !

Bref, une distribution d’une très grande homogénéité pour un spectacle extrêmement abouti, qui confirme la très bonne tenue du Festival de Martina Franca dans les festivals italiens et européens.

Prolongez cette lecture par l’interview des artistes et du directeur du festival !

Les artistes

Geronimo : Marco Filippo Romano
Elisetta : Maria Laura Iacobellis
Carolina : Benedetta Torre
Fidalma : Ana Victoria Pitts
Conte Robinson : Vittorio Prato
Paolino : Kent Alasdair

Orchestre du Théâtre Petruzzelli de Bari, dir. Michele Spotti
Mise en scène, décors et costumes : Pier Luigi Pizzi

Le programme

Festival de Martina Franca, représentation du 20 juillet 2019

image_printImprimer
Vittorio PratoMichele SpottiPier Luigi PizziMarco Filippo RomanoMaria Laura IacobellisBenedetta Torre
0 commentaires 0 FacebookTwitterPinterestEmail
Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Le festival de Martina Franca redonne vie au rare Coscoletto d’Offenbach
prochain post
HAMLET – Ambroise Thomas

Vous allez aussi aimer...

Dijon : Pelléas et Mélisande en miroir des Boréades,...

16 janvier 2026

Maggio Musicale Fiorentino : une belle réussite pour...

14 janvier 2026

Maggio Musicale Fiorentino: un buon successo per Tosca...

14 janvier 2026

Spectacle Bernstein à Massy Anatomies de l’amour :...

12 janvier 2026

La bouleversante Butterfly d’Asmik Grigorian à Berlin

12 janvier 2026

« Héroïnes de l’Opéra français » : nouveau triomphe de l’Orchestre...

12 janvier 2026

Au Théâtre des Champs-Élysées, les débuts parisiens de...

10 janvier 2026

Glamour, gloire et beauté : Sonya Yoncheva au TCE

9 janvier 2026

Falstaff à Montpellier. Les femmes s’inventent.

9 janvier 2026

L’Oratorio de Noël à Athènes : Noël à...

9 janvier 2026

Humeurs

  • À la Fenice de Venise, un concert du Nouvel An sous le signe d’un silence assourdissant

    3 janvier 2026

En bref

  • Les brèves de janvier –

    14 janvier 2026
  • Ça s’est passé il y a 200 ans
    Création d’ALAHOR IN GRANATA de Donizetti

    7 janvier 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Bonne année 2026 !

    1 janvier 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Ivonne Begotti dans Intervista – Pier Luigi Pizzi : « Verdi è il paradigma del melodramma! »
  • Ivonne Begotti dans Intervista – Pier Luigi Pizzi : « Verdi è il paradigma del melodramma! »
  • Renza dans Intervista – Pier Luigi Pizzi : « Verdi è il paradigma del melodramma! »
  • PaolaN dans Intervista – Pier Luigi Pizzi : « Verdi è il paradigma del melodramma! »
  • Lelievre Stephane dans À la Fenice de Venise, un concert du Nouvel An sous le signe d’un silence assourdissant

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Dijon : Pelléas et Mélisande en miroir...

16 janvier 2026

Maggio Musicale Fiorentino : une belle...

14 janvier 2026

Maggio Musicale Fiorentino: un buon successo...

14 janvier 2026