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Opéra de Marseille : AUTODAFÉ
Roland Hayrabédian magnifie Maurice Ohana

par Nicolas Darbon 28 novembre 2023
par Nicolas Darbon 28 novembre 2023

© Christian Dresse

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L’Opéra de Marseille propose la cantate scénique Autodafé de Maurice Ohana en version de concert, un demi-siècle après sa création. Époustouflant !

Roland Hayrabédian a su convaincre l’Opéra de Marseille de produire Autodafé de Maurice Ohana, un demi-siècle après sa création. La grande maison n’a pourtant pas l’habitude de s’aventurer sur de telles terres « contemporaines », au contraire de l’Opéra de Lyon où fut créée l’œuvre dans sa version longue. Cela vient après les décennies de professionnalisme dont son chœur Musicatreize a fait preuve. Résultat : la mise en œuvre musicale de cette partition ardue est époustouflante, d’autant qu’il n’y avait aucun droit à l’erreur : une seule représentation. Il faut saluer à tout rompre qu’un tel défi ait été relevé et que l’opération ait été ainsi menée.

À y bien réfléchir, cela relève même du miracle. La forme n’a rien d’un opéra ; le thème lui-même est d’une noirceur rarement atteinte, on songe aux Soldats (1965) de Zimmermann. Il s’agissait à l’origine d’une sorte d’oratorio monté en 1971 à Vaison-La-Romaine, lieu ô combien chargé d’émotions. Les Choralies y rassemblaient près de cinq mille choristes, surtout des amateurs issus du mouvement À Cœur Joie, répartis dans le vaste théâtre antique et soutenus par les Percussions de Strasbourg. Remaniée, cette cantate devient un « théâtre musical », et la version marseillaise ajoute le mot « participatif » peut-être parce que des amateurs intègrent le projet – notamment les admirables chœurs étudiants amateurs de la Licence Musicologie d’Aix-en-Provence (dirigé par Serge Antunes et Philippe Franceschi), de l’INSPE (dirigé par Mayelin Perez Hernandez), du conservatoire d’Istres (dirigé par Alexis Gipoulou). ainsi que le Chœur Meridiem Borealis (dirigé par Alain Joutard).

Les chœurs amateurs sont placés aux balcons de l’Opéra (ce qui pose le problème qu’on ne les voit pas du parterre et qu’on ne les entend que trop peu). De même que les ensembles, les solistes ne sont pas toujours « lyriques », souvent récitants, utilisant une vocalité variée parfois bruiteuse.

Il est un peu dommage que cette version concertante – option déjà retenue pour Attila cette année… – nous prive du spectacle cathartique et primordial, exposé à Vaison-La-Romaine, de ces guerriers, politiques, monstres et tyrans de l’Histoire – les « héros » de l’œuvre – brûlés comme des marionnettes dans un immense autodafé final. Sans cet acte de purification collective, comment comprendre l’extraordinaire et interminable déballage des ordures de l’Histoire – la nôtre –, procession rituélique menant à la Fin des Fins ? La mise en scène des marionnettes permettait de clairement visualiser et d’expurger la barbarie qui nous hante. La version marseillaise, sans la représentation du grand brasier final, apporte un sens plus pessimiste. On le saisit parfaitement, en nos temps apocalyptiques où s’amoncellent les guerres de plus en plus immondes, la menace nucléaire, le collapsus environnemental, comme la fin de la Vie sur Terre, et par conséquent la fin de la Mort elle-même.

Après un prologue, une série de huit « épisodes » se succèdent, entre images d’Épinal, ironie, citations et descriptions horribles. D’abord, les Croisades en Terre Sainte et les abominations contre les cathares. En Haïti, une cérémonie vaudou avec un discours de louange à « Papa Doc » et la réponse du dictateur « Mon colt est ma Bible ». Survient ensuite l’hécatombe de 1914-18 et toute son absurdité qui est illustrée par les futiles conversations téléphoniques de baronnes russes. Les fantômes des morts au combat se manifestent par une sorte de bacchanale précédant un discours pompeusement alambiqué et incompréhensible de type universitaire, esthétique et politique (récité avec beaucoup de présence par la soprano Amandine Trenc). Une autre danse macabre présente des lettres de républicains condamnés à mort lors de la Guerre d’Espagne. Revenant au domaine religieux, dans une langue inconnue s’élève un faux chant chrétien entonné par un Inquisiteur. Enfin surgit la dernière cérémonie des Mayas au moment de la fin de leur civilisation.  Ces épisodes alternent avec des intermèdes, l’un d’eux étant un chant d’esclave, et le tout s’achève lorsque les chanteurs entrechoquent des galets afin d’imiter le crépitement de feu de l’autodafé annonçant « la mort de la mort » (par la voix du très expressif Patrick Balter).

La structure et la matière sonore sont mises en valeur par la qualité des interprètes. Outre les noms précités, les solistes de Musicatreize (Céline Boucard, Laurent Bourdeaux, Estelle Corre, Alice Fagard, Claire Gouton, Thomas Lefrançois, Xavier de Lignerolles, Madelaine Webb) ont tous un rôle plus ou moins important, parfois avec une forme de théâtralité (les excellents Jean-Manuel Candonot et Kaoli Isshiki-Didier).

Le petit ensemble instrumental (cordes par deux et vents) et l’énorme mur de percussions joués par les musiciens de l’Opéra de Marseille, est remarquable tant par sa sûreté technique que par l’engagement qu’il met à honorer ce répertoire.

Le langage musical est fondé sur des éléments d’une modalité très élargie voire l’atonalité, imposant aux chanteurs des attaques non préparées en clusters, un travail de la couleur sonore, et l’on voit qu’il est faux de dire qu’Ohana se distinguait des querelles esthétiques par une sorte de surplomb solitaire, lui qui certes héritait de toutes les cultures britannique, française, marocaine, espagnole, juive séfarade… mais qui n’hésitait pas à porter sur la scène son positionnement voire son combat socio-esthétique.

Au-desssus de tout cela, il faut reconnaître que, si la partition inédite est gigantesque et d’une grande complexité, l’art du maestro Roland Hayrabedian (soutenu par un deuxième chef sur scène, Florent Mayet) est à la hauteur, lui qui sobrement cristallise la diversité des musiciens-comédiens tout autour de lui, tel un démiurge rassemblant les fils sonores et leur insufflant le principe créateur. Bien plus que l’œuvre, c’est donc la maîtrise musicale qui éblouit le public de l’Opéra de Marseille, et la puissance du challenge. Tout en étant interloqué par tant d’audace, il réagit avec vigueur, applaudit chaleureusement et se retire impressionné.

Les artistes

Ensemble Musicatreize / Chœur Meridiem Borealis Alain JOUTARD 
Chœurs de la Licence de Musicologie Philippe FRANCESCHI et Serge ANTUNES
Chœur de l’Inspé Mayelin PÉREZ HERNÁNDES
Chœur de femmes du Conservatoire d’Istres Alexis GIPOULOU
Chœur de l’Opéra de Marseille Florent MAYET
Orchestre de l’Opéra de Marseille

Direction musicale Roland HAYRABEDIAN

Le programme

Autodafé

Cantate scénique de Maurice Ohana pour solistes, triple chœur, ensemble de percussions, petit orchestre et électronique,  créé le 9 août 19171 à Vaison-la-Romaine.

Version de concert, Opéra de Marseille, samedi 25 novembre 2023.

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Amandine TrencRoland Hayrabédian
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Nicolas Darbon

Nicolas Darbon est maître de conférences (HDR) à Aix-Marseille Université. Avant sa carrière universitaire, il a été , il a été pendant plus de vingt ans professeur de musique en collèges-lycées. Spécialiste de la musique des XXe-XXIe siècles, il a organisé de nombreux colloques. Il coordonne le Groupe de recherche sur la musique (GRiiiM), encadre le Journal du GRiiiM et les journées d'études organisées aux Antilles. Parmi ses derniers livres Musique et Littérature en Guyane : explorer la transdiction, publié en 2018 chez Garnier Classiques ; ainsi que Les Musiques du chaos ; Dutilleux... du cristal à la nuée, Messiaen... les sons impalpables du rêve, Musica y Complejidad. Il contribue à l'Histoire de l'opéra français publié chez Fayard, à L'Avant-scène opéra, et rédige de nombreux articles sur l'opéra. Il est compositeur et président de Millénaire III éditions.

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