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Jardinière de jeunes pousses à l’Opéra de Nantes

par Romaric HUBERT 3 novembre 2019
par Romaric HUBERT 3 novembre 2019
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Photos : © Les Arts Florissants

Pour sa 9e édition et à l’occasion du 40e anniversaire des Arts Florissants, William Christie et l’Académie du Jardin des Voix présentaient leur nouvelle récolte dans La Finta Giardiniera de Mozart à l’Opéra de Nantes.

© Les Arts Florissants

L’amour de William Christie pour les jardins est bien connu et dépasse le cercle des amateurs de musique baroque. Ce n’est donc pas un hasard si le fondateur des Arts Florissants a choisi cette Finta Giadiniera (La Fausse Jardinière) pour fêter les 40 ans de son ensemble et présenter les nouvelles recrues de la 9ème édition de son  Jardin des Voix. C’est d’ailleurs dans les jardins du chef d’orchestre, à Thiré, en Vendée qu’a eu lieu cet été la création de ce spectacle botanique.

L’intrigue de la Finta Giadiniera  est aussi rocambolesque que compliquée et se soucie peu de cohérence et de psychologie. Le livret de Giuseppe Petrosellini est  bien loin d’atteindre les sommets futurs de Da Ponte. Pour retrouver son amant, Violente Onesti, vraie marquise de son état, se travestit sous le sobriquet de Sandrina en fausse jardinière. Elle se cache chez le Podestà avec Nardo, son serviteur, qui se fait passer pour son cousin. De son côté, la belle Arminda ignore qu’elle s’apprête à épouser l’ancien amant de Violente, le Comte Belfiore, qui, lui, croit avoir tué la marquise… Le Podestà convoite Sandrina que jalouse sa servante Serpetta et Ramiro se meurt d’amour pour Arminda… Quiproquos et imbroglios rythment cette œuvre d’un Mozart de 18 ans où personnages en quête d’amour se perdent jusqu’à la folie.

Serpetta, Lauren Lodge Campbell / Nardo, Sreten Manojlović / Il Podestà, Rory Carver / Ramiro, Théo Imart - © Les Arts Florissants

On pourrait s’interroger sur la pertinence d’une « simple » mise en espace pour faire tenir la scène à un tel livret. Sophie Daneman, secondée par la scénographie d’Adeline Caron, signe pourtant un spectacle où intelligence, élégance et énergie s’unissent en une magnifique réussite. Rien de simple et surtout de simpliste dans cette mise en espace. Les relations entre les personnages sont construites et abouties. Le spectateur n’a plus qu’à se laisser porter et suivre avec plaisir le sillon ainsi tracé. Les expressions et les mouvements des protagonistes sont sous- tendus par un réel discours dramaturgique et on devine que la patte de la conseillère linguistique Rita de Letteris n’est pas pour rien dans cette réussite. L’humour, indispensable à tout dramma giocoso qui se respecte,  est bien sûr présent avec de savoureux clins d’oeil aux nombreux accessoires de notre jardinière. On ne dévoilera pas ici, l’usage « tranchant » qu’Armindia souhaite faire d’une paire de cisailles sur la virile personne du Conte Belfiore… S’ajoute à cela la beauté visuelle du jardin où se déroule toute l’action de cette Finta Giadiniera. Quelques branches ornées de fleurs blanches, du lierre et des meubles d’extérieur, la magie opère et la poésie est là.

Musicalement, les oreilles sont aussi à la fête. Le génie de l’écriture opératique mozartienne perce déjà dans cet opéra pétillant et dénué de prétention. Légèreté et fougue juvénile compensent avec bonheur le manque de maturité de certaines pages. L’orchestre des Arts Florissant est sur scène avec les protagonistes et cela en fait un acteur à part entière de l’action. Le choix d’un orchestre d’instruments anciens apporte à la partition quantité de couleurs et expressions. La formation baroque a la maturité sereine de ceux qui se savent en pleine possession de leurs moyens. Rondeurs des cordes, justesse des vents, cohésion des pupitres, le terreau est idéal pour nos jeunes chanteurs, surtout quand c’est William Christie qui amende le tout. Battue alerte, attention aux solistes, autorité discrète mais bien présente, légèreté et profondeur, voilà un jardinier qui sait ce que pousser à son meilleur veut dire.

La distribution réunie pour cette Finta giardiniera est internationale, jeune – les chanteurs ne sont pas même trentenaires – et parfois atypique avec un Ramiro contre-ténor, ce qui n’est pas si courant. On y gagne en véracité physique ce qu’on perd parfois en rondeur sonore. Théo Imart est un amoureux éconduit juvénile et musical et nul doute que l’expérience de la scène  saura apporter la détente physique permettant à sa voix de gagner en couleurs et nuances. Voilà en tous cas, un artiste à suivre. Rory Carver campe un Podestà dépassé par les évènements mais bienveillant à l’égard des amours triomphantes de ses camarades. Sa voix se prête idéalement à ce rôle de caractère.  Le Nardo de Sreten Manojlović, sorte de cousin de Figaro, a pour lui une belle présence scénique. Seul son air « Con un vezzo all’italiana », dans lequel il s’exprime en plusieurs langues, semble le laisser à court d’inspiration et de légèreté vocale. Moritz Kallenberg est un Belfiore de haute volée. Séduction du physique et du timbre, présence scénique et vocale, projection puissante et interprétation nuancée,  cette jeune bouture a déjà tout d’un grand.

De gauche à droite et de haut en bas : Paul Agnew, William Christie, Déborah Cachet, Sreten Manojlovic, Sophie Daneman, Lauren Lodge Campbell, Moritz Kallenberg, Mariasole Mainini, Théo Imart, Rory Carver - © Les Arts Florissants

Le plateau féminin n’est pas en reste même si Mariasole Mainini a paru perdre en souplesse en cours de soirée, la fatigue se faisant un peu entendre avec un timbre parfois moins rond.  Rappelons que nos jeunes pousses avaient déjà interprété cette Finta la veille au soir, ceci explique peut-être cela…

Elle assume cependant avec brio la vaste palette technique requise par le rôle-titre. Legato, vocalises et diction sont au  rendez-vous même si les couleurs se font rares. La voix est claire et lumineuse et l’aisance scénique traduit un tempérament certain  et un investissement sans faille. Lauren Lodge Campbell est une Serpetta mutine et piquante à souhait. Elle forme avec Andrew Foster-Williams un couple de valets parfaitement assorti. Deborah Cachet est, quant à elle, l’une des révélations de la soirée au côté de Moritz Kallenberg .  La voix est ronde et homogène sur toute la tessiture même si elle doit encore gagner en projection dans le grave, mais les notes les plus aiguës qui émaillent la partie d’Arminda sont assurées crânement. La diction et le juste poids des mots sont d’un naturel confondant. Nul doute que cette artiste qui se produit essentiellement aujourd’hui dans la musique baroque a trouvé chez Mozart un terrain idéal pour se développer et s’épanouir.
Tous font preuve d’un enthousiasme communicatif et le public suit avec plaisir le développement de ces amours champêtres jusqu’à leur éclosion finale. Succès artistique et public pour cette Finta Giardiniera à ne pas manquer pusiqu’elle sera en tournée jusqu’en Russie en passant par Valencia, Compiègne, Paris et Vienne.

Les artistes

Les Arts Florissants
Co-direction de l’Académie William Christie et Paul Agnew
Direction musicale William Christie
Mise en espace Sophie Daneman
Scénographie Adeline Caron
Costumes Pauline Juille

Lauréats du Jardin des Voix :
Sandrina Mariasole Mainini
Serpetta Lauren Lodge Campbell
Arminda Deborah Cachet
Ramiro Théo Imart
Le comte Belfiore Moritz Kallenberg
Il Podestà Rory Carver
Nardo Sreten Manojlović

Le programme

Théâtre Graslin, Opéra de Nantes, représentation du dimanche 3 novembre 2019

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Rory CarverSreten ManojlovićWilliam ChristieLes Arts FlorissantsMariasole MaininiLauren Lodge CampbellDeborah CachetThéo ImartMoritz Kallenberg
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Romaric HUBERT

Licencié en musicologie, Romaric Hubert a suivi des études d’orgue, de piano, de saxophone et de chant. Il a chanté dans plusieurs chœurs réputés, ou encore en tant que soliste. Il est titulaire d’une certification qualifiante professionnelle d’animateur radio délivrée par l’Institut National de l’Audiovisuel, et a fait ses premiers pas au micro sur France Musique. Il a fondé la compagnie Les Papillons Electriques avec sa complice Jeanne-Sarah Deledicq et est co-créateur du site Première loge.

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