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Les Épopées interprètent les grands motets de Lully dans la chapelle royale du Château de Versailles

par Marc Dumont 2 novembre 2020
par Marc Dumont 2 novembre 2020
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Streaming - Stéphane Fuget et les Les Épopées interprètent trois grands motets de Lully dans la chapelle royale du Château de Versailles

Disponible jusqu’au 28/10/21 sur Arte Concert

Un enregistrement qui, à l’origine, aurait dû être un concert avec public… Une captation précieuse d’un splendide concert, visible sur Arte Concert.

Cet enregistrement a une histoire qui est reflet de son temps.

À l’origine, le jeune ensemble Les Épopées[1] avait été invité à donner ces trois œuvres de Lully dans la Chapelle Royale du château de Versailles en juillet 2020. Un enregistrement était prévu. Pourtant, la pandémie est passée par là. Le concert fut annulé, mais Laurent Brunner, le directeur de   Château Versailles Spectacles, eut la très belle idée de garder la cession d’enregistrement comme il s’en expliquait en mai dernier[2]. Alors, sans public, mais avec une présence et une ferveur qui s’entend dès les premières mesures, la captation eu lieu, celle dont Arte nous fait profiter jusqu’au 28 octobre 2021…

Le Dies Irae et le De profundis furent dirigés par le compositeur lui-même lors des funérailles de la Reine en 1683. On imagine l’émotion et le recueillement dans des œuvres grandioses par leur effectif : deux groupes vocaux, un petit et un grand chœur avec de nombreux effets de contrastes, et un orchestre avec cinq parties de violons « à la française », flûtes hautbois, bassons et serpent, joué ici par le fidèle Volny Hostiou. Le O lachrymae reprend ce même schéma vocal et instrumental, bien que l’œuvre soit sans doute antérieure d’une vingtaine d’années.

Or l’interprétation de ce programme de trois des douze grands motets lullystes est tout entier tournée vers l’intériorité d’une réflexion sur notre finitude. Et l’atmosphère que le chef Stéphane Fuget insuffle aux trois œuvres ne donne jamais dans la pompe ; les effets sont ceux que la musique appelle. Il y a du drame – non pas tant du théâtre que du drame intérieur. C’est d’ailleurs ce qui frappe le plus dans cette interprétation de très haut vol : elle est bouleversante. Elle nous interpelle tous, même si vous vous sentez a priori loin de cet univers.

Stéphane Fuget a longtemps été le chef de chant des Talens Lyriques, complice de Christophe Rousset. Et sa passion de la voix se lit dans son interprétation : attention au sens profond des textes, aux mots et à leur  claire prononciation, mais aussi aux ornements auxquels il accorde une importance qui n’a rien d’anecdotique mais se veut centrale. Ce travail de fond, il le mène dans sa classe de chant baroque au CRR de Paris. Il en donne écho public par plusieurs opéras, de Monteverdi à Haendel, en passant par Cavalli ou Lully, proposés chaque année avec ses étudiants, dans une ferveur et une recherche qui n’ont rien à envier aux plus grandes scènes lyriques par l’investissement et la qualité musicale des distributions.

 

Pour en savoir plus sur le chef, une rencontre avec Stéphane Fuget (et Claire Lefilliâtre).

Ici, Stéphane Fuget, habitant chaque instant, nous fait entendre toute la richesse, la pulpe des timbres instrumentaux. Il tire des sonorités déchirantes de son orchestre dans l’ouverture du O Lachrymae, puis des sonorités diaphanes dans le bouleversant trio de flûtes à bec qui précède puis fusionne avec le O Fons amoris. Il est plus que secondé par l’ensemble des solistes, au cœur desquels les noms encore peu connus de  Lucy Page, Benoît Arnould, Luc Bertin Hugaud  (et bien d’autres qu’il faudrait tous citer), ne brillent pas moins que ceux de Claire Lefilliâtre, Marc Mauillon,  Marie Perbost ou Cyril Auvity. Il n’est d’ailleurs pas anodin que chacun des membres du chœur se voit accorder un moment de partie soliste, plaçant ainsi cette recréation sous le signe d’un engagement partagé par toutes et tous. Et cela se voit et s’entend : avec une indéfectible concentration, chaque musicien, chaque chanteur vit cette musique en se l’appropriant.

S’il est un instant de pure grâce, c’est sans doute celui qui nous mène des derniers moments de l’Oro supplex au Lacrymosa du Dies Irae. Une note tenue par la basse de violon de puis ces deux voix qui se mêlent et nous étreignent au plus profond : ce long thrène, c’est bien un drame humain qui se joue et nous concerne tous. Lully n’appartient plus au siècle du classicisme. Il touche ici au plus profond des affects et questionnements de nous tous. Déchirant.

Vivement le disque pour entendre toutes les subtilités de la prise de son, même si un programme proche fut déjà récemment enregistré par Leonardo Garcia Alarcón dans le cadre de la collection… Château Versailles Spectacles. Mais là où Alarcón fait donner la pompe versaillaise, Fuget propose un chemin plus intérieur, aux tempi beaucoup plus lents dans le Dies Irae et totalement adaptés à la méditation sur la finitude humaine. Une cérémonie ? Un baume !

————————————-

[1] Le site de l’ensemble : http://www.lesepopees.org/fr

[2] Entretien à lire ici.

[3] Dies Irae à 0’ / O Lachrymae à 23’50 à 47’55 / De profundis à 48’

Les artistes

 Ensemble Les Épopées, sous la direction de Stéphane Fuget

Le programme

Trois motets de Jean-Baptiste Lully :
Dies Irae, De profondis et O Lachrymae

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Les EpopéesStéphane FugetLully
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Marc Dumont

Passionné par l’Histoire et la Musique, Marc Dumont a présenté des centaines de concerts et animé de multiples émissions à Radio France de 1985 à 2014. Il se consacre à des conférences et animations, rédige actuellement un livre où Musiques et Histoire se croisent sans cesse, et propose des « Invitations aux Voyages », qui sont des rencontres autour de deux invités, en vidéo.

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