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Les Vêpres de la Vierge de Monteverdi à la Philharmonie : une « mise en son » musicale incroyablement inspirée

par Ivar kjellberg 21 septembre 2024
par Ivar kjellberg 21 septembre 2024
© Fred Mortagne
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1,9K

Philharmonie de Paris, 18 septembre 2024, Monteverdi : Vêpres de la Vierge

Il n’avait pourtant rien à prouver : Raphaël Pichon avait déjà conquis son public grâce à l’enregistrement des Vêpres de la Bienheureuse Vierge Marie de Monterverdi, paru en 2023. Néanmoins cette œuvre audacieuse, datant de 1610, à la croisée des chemins (une musique à la fois liturgique, baroque, ancrée dans une certaine tradition et ouverte à la nouveauté) constitue une véritable épreuve lorsqu’il s’agit de la diriger et de faire ressortir toutes les facettes d’une partition aussi protéiforme, aussi déroutante dans son style que passionnante à l’écoute. Le chef d’orchestre a brillamment renouvelé l’exercice en y apportant même une touche supplémentaire, via les déplacements complexes des chanteurs, mettant en exergue à la fois les styles musicaux, le texte et la musique elle-même.

Cet exercice de déplacement, tout d’abord : les interprètes évoluent sur les côtés de la scène, derrière la scène, depuis les balcons, derrière les rangs d’orchestre, et même dans un moment suspendu, depuis l’extrémité du deuxième balcon surplombant les spectateurs de la Philharmonie. Ces allées et venues, un peu déconcertantes de prime abord pour le public s’attendant à un concert conventionnel, viennent justement donner tout leur sens à des moments bien particuliers de l’œuvre du compositeur de Mantoue. Ainsi en est-il de l’utilisation de procédés comme l’écho, où les ténors reprennent la même ligne musicale à quelques secondes près, parfois se faisant face à plusieurs mètres de distance, ou encore lorsqu’à un appel comme celui de l’« Audi Coelum » (Écoute le ciel…), un mot : « Audio » (J’écoute…), vient en réponse depuis l’autre bout de la salle. Ce procédé qu’on pourrait qualifier de « baroque »  permet d’autant plus de mettre l’accent sur le texte religieux qu’il propose presque une mise en scène théâtrale de l’œuvre. On sait à quel point Monteverdi compte dans l’histoire de l’opéra, dont il apparaît comme un des pères fondateurs ; et justement, avec ces « Vêpres », nous voici plongés, au-delà d’une musique religieuse, dans une mise en scène de musique sacrée. Mise en scène, et également  « mise en sons », avec un soin tout particulier apporté à l’acoustique. L’incroyable rendu de l’ « Ave Maris Stella » , chanté depuis les hauteurs, comme une voix tombée du ciel, contribue au même artifice de mise en scène. On a alors presque l’impression d’assister à des tableaux d’opéra, d’autant que le bel éclairage créé par Bertrand Couderc met en lumière les solistes ou certains des musiciens, telle une lueur divine descendant sur les apôtres. 

Mais la réussite réside également dans un mot d’ordre donné et tenu jusqu’à la dernière mesure : l’éclat. Déjà habitué aux défis, l’orchestre Pygmalion sous le bâton de son chef Raphaël Pichon semble aborder les Vêpres avec ce mot en tête, avec un son clair et une belle homogénéité sans qu’un instrument vienne prendre le pas sur l’autre – mais surtout avec une délicatesse consistant à venir souligner le texte dans les moments les plus solennels sans faire de l’ombre au soliste, mais aussi la volonté de rayonner au même titre que le chœur dans les grands passages d’ensemble.  Le chœur, lui, au contraire, va plutôt laisser chaque pupitre revendiquer sa tessiture et dialoguer avec les autres, le tout dans une cohérence absolue sous la houlette de Raphaël Pichon, qui met un point d’honneur à accentuer la fin des phrases et les notes finales jusqu’au bout du souffle, accentuant l’aspect solennel de la partition.

Dans cette œuvre de contraste, théâtrale mais religieuse, avec des polyphonies traditionnelles de la Renaissance mais aussi des éléments stylistiques du baroque, les chanteurs font littéralement leur office en jouant avec la rupture de style, et la complémentarité nécessaire dans ces fameux échos et dialogues, la partition regorgeant de difficultés du fait de l’enchaînement de plains-chants, presque comme des chants grégoriens, et d’un style baroque faisant la part belle aux vocalises.

Céline Scheen fait montre d’aisance et d’une belle agilité vocale dans ce répertoire qu’elle connaît sur le bout des doigts. Sa camarade Perrine Devillers, dont l’affinité avec la musique sacrée est manifeste, impose un moment de grâce avec une belle projection et un chant droit pendant la prière à l’Étoile de la mer. Les voix des deux chanteuses se complètent superbement.

Le ténor Zachary Wilder, avec une voix légère mais non dénuée d’épaisseur dans la projection, prouve avec une belle détermination combien il maîtrise les ornementations parfois redoutables dans les chutes soudaines vers les graves, tandis que son « ombre », le ténor irlandais Robin Tritschler, semble avoir plus de mal à rendre un écho exact, peut-être du fait d’une voix plus épaisse et plus sombre que celle de Zachary Wilder. Antonin Rondepierre ne démérite pas et constitue un parfait complément à ses compères ténors.

La basse Nicolas Brooymans apporte une voix possédant une large assise et beaucoup de résonance, tandis que les barytons Renaud Brès et Etienne Bazola manifestent un souci de la diction et une belle musicalitél. Là encore on ne peut qu’apprécier le choix de ces voix graves, se mêlant harmonieusement.

L’ensemble fusionne pour un formidable « Magnificat » final.

La conclusion de l’œuvre avec le chœur, déplacé derrière les spectateurs, les enveloppant ainsi dans la musique elle-même, nous donne une sensation étrange : les chanteurs se déplacent, parfois proches du public, parfois lointains, se répondent d’un bout à l’autre de la salle, reçoivent un écho plus ou moins lointain… Nous ne sommes plus dans une simple cérémonie religieuse ; nous semblons plutôt participer à un pèlerinage, vers un but inconnu… Mais plus que la destination, ce qui compte c’est le voyage musical proposé par Raphaël Pichon et l’Ensemble Pygmalion dans cette belle interprétation des Vêpres de la vierge.

Les artistes
Céline Scheen, soprano
Perrine Devillers, soprano
Zachary Wilder, ténor
Robin Tritschler, ténor
Antonin Rondepierre, ténor
Nicolas Brooymans, basse
Étienne Bazola, basse
Renaud Brès, basse
 
 Chœur & orchestre Pygmalion,dir. Raphaël Pichon
Bertrand Couderc, lumières
Le programme

Vespro della Beata Vergine da concerto composta sopra canti fermi
[Vêpres de la Sainte Vierge en concert composées sur le plain-chant]
SV 206
1. Invitatorium « Versiculum et responsorium »
2. Psalmus « Dixit Dominus »
3. Concerto « Nigra sum »
4. Psalmus « Laudate pueri »
5. Concerto « Pulchra es »
6. Psalmus « Lætatus sum »
7. Concerto « Duo seraphim »
8. Psalmus « Nisi Dominus »
9. Concerto « Audi, cœlum »
10. Psalmus « Lauda Jerusalem »
11. Antiphona « Sancta Maria » SV328 (Promptuarium musicum, 1627)
12. Sonata a 8 sopra « Sancta Maria »
13. Hymnus « Ave maris stella »
14. Magnificat
15. Conclusio « Versiculum et responsorium »

Œuvre composée à Mantoue, publiée à Venise en 1610.
Philharmonie de Paris, concert du mercredi 18 septembre 2024.

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Renaud BrèsRobin Tritschlerbertrand coudercCéline ScheenRaphaël PichonPerrine DevillersPygmalionZachary WilderNicolas BrooymansEtienne BazolaAntonin Rondepierre
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Ivar kjellberg

Habitué de longue date du TCE et pianiste amateur, Ivar Kjellberg est venu à l'art lyrique grâce à ses parents, qui faisaient sonner Wagner dans tout l'immeuble pour l'amuser. Grand fan des interprètes des années 70 et de l'opéra allemand, Ivar peut écouter en boucle les disques d'Edda Moser et d'Hermann Prey avant d'enchaîner... sur un bon Offenbach !

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