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Amour, mariage et cannibalisme : une soirée Sondheim à l’Athénée Louis-Jouvet.

par Ivar kjellberg 6 juin 2024
par Ivar kjellberg 6 juin 2024
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1,7K

Souvent injustement décriée ou méprisée par les connaisseurs, la comédie musicale a une base de fans loyaux et dévoués, y compris parmi les interprètes les plus connus d’Hollywood. Son blason volant maintenant aussi haut que celui de l’opéra ou d’autres genres musicaux populaires, il est impossible de pas lui reconnaître les mêmes exigences : interprétation, richesse musicale, difficultés vocales, mise en scène, ingrédients qui en font des fours ou des triomphes… la comédie musicale subissant les mêmes aléas que l’opéra. Il est d’autant plus indispensable alors d’aller au-devant de ce répertoire dont on a tous au moins un air en tête qui ne quitte pas nos souvenirs.

Mandy Patinkin, célèbre acteur de Broadway, a déclaré que Sondheim était le Shakespeare du monde du théâtre musical. Il est vrai que peu de compositeurs ont su insuffler à la comédie musicale un ton aussi personnel (voir torturé) que lui. Déjà au travers de son travail de parolier pour West Side Story ou Gipsy par exemple. Puis dans sa musique, avec des œuvres aux teintes souvent sombres et pas toujours très accessibles au grand public, à l’exception de quelques morceaux emblématiques, tel le très connu « Send in the clowns » (dont la version avec Glenn Close embellit toujours Youtube).

Si Sondheim résiste à la classification d’artiste « populaire » c’est surtout dû à des mélodies sophistiquées nécessitant plusieurs écoutes avant de trouver une certaine harmonie, et aux difficultés inhérentes à ses compositions : à savoir des décrochages subits de tonalité, des rythmes saccadés, laissant peu de temps aux chanteurs pour respirer. Ces derniers doivent se montrer versatiles et maîtriser aussi bien le chant que la comédie pour rendre toute la dramaturgie d’un texte qui risque de finir noyé, étant donné le tempo parfois ultra rapide des chansons.

Couvrant environ 30 ans de carrière (de 1957 à 1987), le programme de ce Lundi Musical comprend aussi bien les classiques tels que West Side Story, Into the woods, A little night music ou encore Sweeney Todd, que d’autres airs issus d’œuvres moins connues (en tout cas du public français) comme Merrily we roll along ou Sunday in the park with George.

Doté d’une belle voix au timbre clair et expressif malgré quelques fofotements ennuyeux qu’on oubliera facilement, Pablo Campos campe un excellent complément à Neïma Naouri, dont on devine souvent les coloratures derrière une voix large et puissante calibrée parfaitement pour la comédie musicale. Campos délivre avec beaucoup de subtilité et de nuances l’air « Finishing the Hat » de Sunday in the park with George où, pour une fois, transparaît le caractère paisible de Sondheim. S’il incarne un Tony tout à fait acceptable dans les airs de West Side Story, on retiendra plus le Loup d’Into the woods, prédateur sensuel et ironique. Neima Naouri brille par une grande versatilité, de Maria la jeune fille en fleur à une Mrs Lovett soufflant le meurtre à Sweeney Todd, la jeune chanteuse sait à la fois manier l’autodérision, l’ironie, et le romantisme dans son rendu vocal et sa présence sur scène, sa vulnérabilité éclatant sur l’air « Miller’s son ».

Théâtre de l'Athénée

L’air « Not getting married today« , dont la vidéo avec Madelin Kahn fait encore les beaux jours des playlists d’accros aux musicals sur Youtube, est un des meilleurs moments de la soirée : véritable exercice de chant où il faut arriver à jouer, chanter et trouver les bons moments où respirer dans une partition impitoyable de brio, où les solistes ne se mélangent jamais vraiment.

Alphonse Cemin accompagne sans faillir les chanteurs sur ces trois décennies musicales de Sondheim avec la célérité et l’humour qu’on lui connaît.

Un programme réussi est toujours un programme trop court, néanmoins ces jeunes interprètes ont réussi leur pari : nous donner envie d’explorer les contrées obscures et singulières des musicals de Sondheim.

———————————————————

Lisez ici l’hommage qu’avait rendu Hervé Casini à Stephen Sondheim à l’occasion de sa disparition. 

Les artistes

Chant : Neïma Naouri, Pablo Campos
Piano: Alphonse Cemin

Le programme

Stephen Sondheim

West Side Story (1957)
Ouverture
« Something’s coming »
« Tonight »
« I Feel Pretty »
« Somewhere »

Marry me a little (1980)
« The Girls of Summer »

Sunday in the park with George (1984)
« Finishing The Hat »

Merrily we roll along (1981)
« Not a day goes by« 

Into the Woods (1987)
« Giants In The Sky »
« On The Steps Of The Palace »
« Hello Little Girl »
« Everybody Says Don’t »
Trilogie du mariage :
« Miller’s Son »
« Marry Me A Little »
« Not Getting Married Today« 

Sweeney Todd (1979)
« My Friends »
« Green Finch And Linnet Bird »
« Ah, Miss »
« Johanna »
« Kiss Me »
« A Little Priest »

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Alphonse Ceminneïma naouripablo camposstephen sondheim
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Ivar kjellberg

Habitué de longue date du TCE et pianiste amateur, Ivar Kjellberg est venu à l'art lyrique grâce à ses parents, qui faisaient sonner Wagner dans tout l'immeuble pour l'amuser. Grand fan des interprètes des années 70 et de l'opéra allemand, Ivar peut écouter en boucle les disques d'Edda Moser et d'Hermann Prey avant d'enchaîner... sur un bon Offenbach !

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