Zampa : Julien Henric
Camille : Hélène Carpentier
Alphonse : Cyrille Dubois
Ritta : Héloïse Mas
Daniel : François Rougier
Dandolo : Pierre Derhet
Un corsaire : Lukas Mayr
Münchner Rundfunkorchester, Chor des Bayereischen Rundfunks, dir. Erik Nielsen
Zampa ou la Fiancée de marbre
Opéra-comique de Ferdinand Hérold, livret de Mélesville, créé à l’Opéra Comique, le 3 mai 1831.
2 CD Palazzetto Bru Zane, septembre 2026.
En premier enregistrement mondial, Zampa ou la Fiancée de marbre d’Hérold incarne superbement le fantastique sur le mode de l’opéra-comique. Dans le sillage de Zampa, corsaire sicilien aussi cynique que Don Juan, se déploie une palette musicale audacieuse où le fantastique surgit avec éclat. Portée par le Münchner Rundfunkorchester et des chanteurs francophones, cette découverte est la 48e pépite de la collection d’opéra français du Palazzetto Bru Zane.
Le Fantastique via la Fiancée de marbre
« Un opéra-comique fantastique : n’y aurait-il pas contradiction dans les termes » (livret de cet album). Peu après la Révolution de 1830 et l’ Hernani de Victor Hugo, le Romantisme français agite le milieu musical. Un de ses vecteurs, le fantastique, resplendit chez Berlioz ( Symphonie fantastique, 1830) avant de s’immiscer à l’Opéra avec Robert-le-diable de Meyerbeer (novembre 1831) . Entre temps, Ferdinand Hérold, figure éminente de l’opéra-comique, le décline audacieusement avec Zampa ou la fiancée de marbre (mai 1831). Avec la complicité du librettiste Mélesville, les trois actes narrent les aventures de Zampa, corsaire sicilien du XVIIe siècle, batailleur et séducteur invétéré. Calqué sur les aventures du Don Giovanni de Mozart/da Ponte, opéra alors peu connu du public français, le binôme Zampa et Daniel, son serviteur, renouvelle le dramma giocoso selon les codes de l’opéra-comique, alternant parlé et chanté, romances et grands ensembles. En 2008, la production du théâtre de l’Opéra Comique révélait l’œuvre au public, sans l’enregistrer.
Contrairement au fantastique germanique qui immerge l’auditeur dans un tableau entier (Der Freischütz de C. M. von Weber), le surnaturel est empoigné lors de trois scènes fiévreuses. L’animation de la statue féminine de marbre – Sainte Alice, prénom d’une ancienne victime du corsaire – fait irruption dans le quotidien du couple victimisé par Zampa, la belle Camille, fiancée du comte Alphonse. Lorsque la statue agrippe l’anneau de mariage de la jeune fiancée (1er acte), surgit d’une trappe (2e acte) et engloutit in fine le forban Zampa (3e acte), ce châtiment rétablit l’ordre social. Lors de ces séquences, Hérold fait frémir l’auditeur par de brutales ruptures de caractère : le tempo, les tonalités, tensions harmoniques ou le chromatisme rampant (apparition du spectre) s’arc-boutent sur des nuances contrastées. À la tête du Münchner Rundfunkorchester, la conduite dynamique d’Erik Nielsen réalise superbement ces volte-face saisissantes, notamment lors des finals d’acte. Elles contrastent avec d’émouvantes scènes naïves, tendres ou religieuses dont raffole l’opéra-comique. Ce mélange de registres fait tout le charme de l’œuvre, et ce, dès l’ouverture. D’autant que de nombreux rythmes de danses – polka, valse, barcarolle, prémisses d’une tarentelle – font pétiller les ensembles vocaux.
Une distribution convaincante
La distribution francophone des solistes est le second atout de cet enregistrement, au service d’une ligne de chant ménageant l’école française et le belcanto donizettien. Lorsque les deux jeunes héros sont ténors, leur dualité est incarnée par le profil des interprètes. La vaillance désinvolte de Julien Henric sied au corsaire Zampa, partagé entre la tension des ensembles vocaux et le charisme caressant de la romance pour soumettre sa conquête – « Douce jouvencelle » avec une clarinette concertante. Ce registre de baryténor, calé sur les compétences du créateur (J.-B. Chollet, futur Postillon de Longjumeau) le sollicite toutefois durement (air à boire avec chœur). Le timbre plus clair de Cyrille Dubois sied au jeune fiancé, Alphonse de Monza, notamment le legato susurré du duo amoureux avec Camille. Celle-ci est incarnée par la soprano Hélène Carpentier qui surmonte les périlleuses cadenze des airs et duos (prononciation inégale), réservant le brillant aux finals d’acte. Particulièrement piquante, la mezzo soprano Héloïse Mas dote le rôle de Ritta d’une personnalité affirmée (trio avec Dandolo). Dans la tradition de l’opéra-comique, deux rôles de ténor bouffe sont confiés à François Rougier (Daniel) et à Pierre Derhet, un Dandolo alter ego de Leporello. Leur trio du 2e acte est une performance d’articulation et de précision rythmique. Si les dialogues parlés sont judicieusement conservés dans l’enregistrement, une élocution plus spontanée serait la bienvenue.
Notre réserve sur les prestations masculines du Chœur du Bayerischen Rundfunks, peu investi et si peu compréhensible (« Enfants de la Sicile »), ne touche pas les pupitres féminins qui assurent deux prestations raffinées.
Avant la création du Pré-aux-clercs, également enregistré dans collection du Palazzetto Bru Zane (vol. 13 en 2016 ), Zampa élargit les registres de l’opéra-comique en croisant comique, pathétique et fantastique. Mention spéciale au livret de l’album dont les passionnants articles contextualisent l’œuvre.
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