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Se préparer à LA RONDINE, Opéra de Zurich, 24 septembre-15 octobre 2026

par Stéphane Lelièvre 24 août 2026
par Stéphane Lelièvre 24 août 2026
© Monika Rittershaus
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75

Commedia lirica en 3 tableaux de Puccini, livret de Giuseppe Adami, créée le 27 mars 1917 à l'Opéra de Monte-Carlo

Opéra de Zurich, 24 septembre-15 octobre 2026

Table des matières

LES AUTEURS

Le compositeur

Giacomo Puccini , 08 avril 1908

Giacomo Puccini (1858-1924)

Giacomo Puccini naît à Lucques dans une famille de musiciens en 1858. Élève de Ponchielli, il connaît son premier grand succès avec Manon Lescaut (1893), et se consacre dès lors presque exclusivement à l’opéra. Après Manon Lescaut, il compose La Bohème (1896), Tosca (1900) et Madama Butterfly (1904) qui remportent un immense succès et jouissent toujours aujourd’hui d’une très grande popularité. Outre ces ouvrages, il fait aussi représenter La Fanciulla del West (1910), et Il trittico (1918). Atteint d’un cancer de la gorge, il s’éteint à Bruxelles en 1924 avant d’avoir pu achever son ultime chef-d’œuvre : Turandot, créé de façon posthume en 1926. 

Malgré d’évidentes affinités avec d’autres compositeurs italiens du tournant du siècle, les musicologues refusent le plus souvent de le considérer comme appartenant au mouvement dit vériste, en raison des thèmes de ses livrets mais aussi d’une esthétique musicale très personnelle. Si l’on reproche parfois au musicien une certaine facilité, on oublie souvent qu’il suscita l’admiration de musicologues, musiciens ou compositeurs aussi aguerris et talentueux qu’Arnold Schoenberg (qui le considérait comme le plus grand harmoniste de son temps) ou René Leibowitz.

Le librettiste

Giuseppe Adami (1878-1946)

Écrivain mais aussi critique musical (pour La Sera), Giuseppe Adami est surtout connu en tant que librettiste : s’il écrivit des livrets pour Zandonai, Milè ou encore Caltabiano, c’est sa collaboration avec Puccini qui lui apporta la notoriété. Pour le compositeur lucquois, Adami écrivit les livrets de La rondine, Il tabarro et Turandot, en collaboration avec Renato Simoni. Sa grande proximité avec le musicien lui permit de publier un recueil de trente lettres inédites en 1928, de même que deux biographies : Puccini (1935) et Il Romanzo della vita di Giacomo Puccini (1942).

L’ŒUVRE

La création

La création de La rondine, à l’Opéra de Monte-Carlo le 27 mars 1917, connaît un succès éclatant. L’œuvre était interprétée par une distribution prestigieuse (Gilda dalla Rizza en Magda, Tito Schipa en Ruggero), sous la direction de Gino Marinuzzi. À Milan en revanche (au Teatro del Verne en octobre 1917), c’est un échec, qui poussera Puccini à retravailler son œuvre et à en proposer une seconde version – suivie d’autres révisions. Si la démarche avait réussi à Madame Butterfly, elle ne parviendra pas à donner à La rondine la même notoriété que celle des grands chefs-d’œuvre pucciniens : La rondine reste rarement jouée (quelques reprises eurent lieu en 2017 pour célébrer les 100 ans de la création, à Toulouse ou à la Deutsche Oper de Berlin notamment). À Paris, elle fut donnée en 2005 au Théâtre du Châtelet, mais attend toujours d’être créée à l’Opéra. 

Le livret

Le livret, finalisé par Giuseppe Adami, fut imaginé par Alfred Maria Willner (librettiste du Comte du Luxembourg, Amour Tzigane et Frasquita pour Franz Lehár) et Heinz Reichert.

Nous sommes à Paris, sous le Second Empire.

Acte I
Magda de Civry (soprano) est une femme célèbre pour sa beauté et l’argent qu’elle obtient d’un riche protecteur : le banquier Rambaldo (baryton). Dans le salon de Magda, le poète Prunier (ténor) chante le nouvel amour à la mode : l’ « amour romantique », dans une chanson , « Chi il bel sogno di Doretta » (l’histoire d’une jeune fille préférant un amour sincère à tout l’or offert par un roi) dont la fin lui échappe mais que Magda termine elle-même. Prunier lit dans les lignes de la main de Magda, et lui prédit qu’elle s’apprête elle aussi à vivre un amour romantique : elle « volera comme une hirondelle jusqu’à la mer », avant de revenir au nid…
Alors que Prunier fait la cour à Lisette, la femme de chambre (soprano), entre un étudiant de province désargenté, Ruggero (ténor). Venu s’étourdir à Paris , il demande aux invités une adresse où il lui serait agréable de passer la soirée. Tous lui recommandent le Bullier, une salle de danse à la mode. Magda s’éprend aussitôt du jeune homme : elle décide de se rendre elle-même au Bullier, déguisée en grisette.

Acte II
Au Bullier, Magda retrouve Ruggero, mais aussi Prunier et Lisette qui ont également décidé d’y passer la soirée. Magda et le jeune homme valsent ensemble et s’éprennent très vite l’un de l’autre : la jeune femme décide de rompre avec le banquier Rambaldo.

Acte III
Le couple d’amoureux se rend sur la Côte d’Azur, où Magda essaie d’oublier son ancienne vie de femme entretenue et de vivre pleinement la passion romantique que le poète Prunier lui avait prédite. Mais Ruggero, follement épris de la jeune femme, la demande en mariage et va jusqu’à écrire à sa mère pour obtenir son consentement. Magda prend peur : elle se rappelle son passé… Lisette, qui a un temps caressé l’espoir de devenir cantatrice à l’Opéra de Nice, revient auprès de Magda en tant que femme de chambre ; et Magda reçoit un message du banquier Rambaldo qui se dit prêt à pardonner à la jeune femme… Magda révèle alors son passé à Ruggero et préfère le quitter pour retourner aux plaisirs faciles de son ancienne vie, laissant le jeune homme désespéré.

La partition

La rondine est parfois  considérée comme une œuvre assez mineure du compositeur, y compris par les pucciniens les plus convaincus. Si l’œuvre devait être à l’origine une opérette, elle présente in fine une alternance de moments légers et badins et de scènes plus dramatiques, liées au statut de l’héroïne, une courtisane qui, à l’instar de Violetta, caresse un moment l’espoir de vivre un amour sincère. Mais contrairement à l’héroïne verdienne, elle renonce à l’amour qui se présente à elle sous les traits du beau Ruggero, et décide de retourner à sa vie passée. L’image idéalisée de cet amour pur et « romantique » est évoquée dans le très célèbre « Chi il bel sogno di Doretta » du premier acte, air entonné par le poète Prunier au premier acte et repris par l’héroïne.

« Chi il bel sogno di Doretta », version "Prunier" (Pavel Petrov) - Latvian National Opera and Ballet (2018)...
... et version "Magda" (Angela Gheorghiu) - Paolo Olmi · Radio Filharmonisch Orkest, Amsterdam (2021)

Si le « Songe de Doretta » est le morceau de l’œuvre resté le plus célèbre, La rondine n’en comporte pas moins d’autres pages intéressantes : l’air de Ruggero au premier acte dans lequel le ténor vante les charmes de Paris (« Parigi! È la città dei desideri ») ;  le duo entre Prunier et Lisette au premier acte (« T’amo! – Menti! ») ; la rencontre entre Magda et Ruggero au Bullier (« Scusatemi… Scusate… ma fu per liberarmi di loro, »), finement décrite et qui culmine dans le séduisant « Bevo al tuo fresco sorriso » ; leur séparation à la fin du troisième acte : « Ma come puoi lasciarmi se mi struggo in pianto… »

Parigi! È la città dei desideri" (Leonardo Capalbo, Minnesota Opera)
"Ma come puoi lasciarmi" (Celine Byrne & Leonardo Capalbo, Minnesota Opera)

NOTRE SÉLECTION POUR VOIR ET ÉCOUTER L'ŒUVRE

LP et CD

Francesco Molinari-Pradelli  / Anna Moffo, Daniele Barioni – RCA (1966)

Gianluigi Gelmetti / Cecilia Gasdia, Alberto Cupido – Fonit Cetra Records (1981)

Lorin Maazel / Kiri Te Kanawa, Placido Domingo – CBS Masterworks (1983)

Antonio Pappano   / Angela Gheorghiu, Roberto Alagna – EMI Classics (1997)

Ivan Repusic / Elena Mosuc, Yosep Kang – CPO (2017)

DVD et Blu-ray

Carlo Rizzi ; Graham Vick / Fedora Cedolins, Fernando Portari – Venise (Arthaus, 2008)

Emmanuel Villaume ; Marta Domingo / Ainhoa Arteta, Marcus Haddock – Washington (Decca, 2009)

Nicolas Joël ; Marco Armiliato / Angela Gheorghiu, Roberto Alagna – New York (Warner Classics, 2010)

Streaming

Vincenzo Bellezza ; Enrico Colosimo / Rosanna Carteri, Giuseppe Gismondo - Naples (1958) - sous-titres italiens
Emmanuel Villaume ; Marta Domingo / Ainhoa Arteta, Marcus Haddock - Washington (2009) - sous-titres anglais
Marco Armiliato ; Nicolas Joël / Angela Gheorghiu, Roberto Alagna - San Francisco (2009) sous-titres espagnols
Valerio Galli ; Denis Krief / Ekaterina Bakanova, Matteo Desole - Florence (2017) - sous-titres italiens

LES ARTISTES DE LA PRODUCTION DE L'OPÉRA DE ZURICH

Le chef

© Ifkovitz

Marco ARMILIATO
Marco Armiliato a étudié le piano au Conservatoire Paganini de sa ville natale, Gênes, et a commencé sa carrière de chef d’orchestre en 1989 avec L’elisir d’amore à Lima, au Pérou. En 1995, il fait ses débuts au Teatro La Fenice de Venise avec Il barbiere di Siviglia, puis, un an plus tard, à l’Opéra d’État de Vienne avec Andrea Chénier et à l’Opéra de San Francisco avec La bohème. Depuis, sa carrière l’a conduit sur les scènes lyriques les plus prestigieuses au monde, notamment à l’Opéra d’État de Bavière à Munich, à la Deutsche Oper de Berlin, au Royal Opera de Londres, à l’Opéra national de Paris, au Teatro Real de Madrid, au Gran Teatre del Liceu de Barcelone, à la Scala de Milan et au Lyric Opera de Chicago.

Au Festival de Salzbourg, il a dirigé notamment des productions de Tosca et Andrea Chénier, ainsi que des versions de concert de Manon Lescaut, Lucrezia Borgia et I Capuleti e i Montecchi. En 2022, il a été directeur musical du Festival des Arènes de Vérone.

Il entretient d’étroites collaborations avec le Metropolitan Opera de New York (il y a dirigé près de 500 représentations, parmi lesquelles Il trovatore, La bohème, Aida, Turandot, Rigoletto, I puritani, Madama Butterfly et La traviata, l’Opéra de Vienne (il en est membre honoraire depuis 2019) ou encore l’Opéra de Zurich, où il a dirigé La traviata, Otello, La bohème, Manon, Simon Boccanegra, La rondine, la Messa da Requiem de Verdi et Tosca.

Marco Armiolato évoque Ernani à l'Opéra de Rome (entretien en italien, sous-titres anglais)

Les chanteurs

© Christoph Koestlin

Benjamin BERNHEIM,  Ruggero Lastouc (ténor)
Benjamin Bernheim est actuellement l’un des ténors français les plus demandés sur la scène internationale. Sa grande rigueur stylistique, son timbre solaire et son très appréciable sens des nuances lui ont permis de triompher sur la plupart des grandes scènes mondiales,  de l’Opéra de Paris au Chicago Lyric Opera,

en passant par les Staatsoper de Vienne, Berlin et Munich, le Royal Opera House de Londres, l’Opéra national de Bordeaux, l’Opéra de Zurich, Dresde, le Metropolitan Opera de New York… Il est particulièrement apprécié dans les répertoires français et italien du XIXe siècle.

Benjamin Bernheim se produit fréquemment en concert : il donne régulièrement des récitals (Festival de Salzbourg, Opéra national de Bordeaux, La Grange au Lac, l’Opernhaus de Zurich, L’Instant Lyrique à Paris), et c’est également un interprète de musique sacrée apprécié, notamment dans le Requiem de Verdi et la Messa di Gloria de Puccini. 

Retrouvez Benjamin Bernheim en interview ici !

Manon, "En fermant les yeux" (Opéra de Paris)
© Fadil Berisho/OnP

Ermonela JAHO, Magda (soprano)
D’origine albanaise, Ermonela Jaho se forme à Tirana puis poursuit ses études à l’Académie de Santa Cecilia à Rome. D’abord italienne (elle se produit tout d’abord à Bologne, Venise, Trieste), sa carrière s’internationalise rapidement et elle est aujourd’hui demandée dans les principales scènes d’opéras de monde (Opéra de Paris, Royal Opera House, Metropolitan Opera de New York, Bayerische Staatsoper de Munich, Royal Opera House de Londres, Teatro Colón de Buenos Aires, Staatsoper de Vienne,…), en particulier dans les répertoires italien (La Bohème, Suor Angelica, Madame Butterfly, La Traviata, Adriana Lecouvreur)  et français (Thaïs, Les Contes d’Hoffmann, Carmen, Dialogues des Carmélites).

Les Contes d'Hoffmann, "Elle a fui , la tourterelle", Opéra de Paris

Juan Francisco GATELL, Prunier (ténor)
Juan Francisco Gatell est né à La Plata, en Argentine, et a commencé sa formation musicale au conservatoire de sa ville natale avant de s’installer en Espagne, où il a achevé ses études au Conservatoire de Madrid. Au début des années 2000, il remporte plusieurs prix internationaux :  Prix Caruso en 2004, premier prix du Concorso Città di Pistoia en 2004 et, en 2006, le premier prix du concours ASLICO pour son interprétation de Don Ottavio dans Don Giovanni.
Depuis, il est invité sur les grandes scènes d’opéra et de concert en Europe ainsi qu’en Amérique du Nord et du Sud, où il interprète très fréquemment des rôles ressortissant au répertoire mozartien 

(Don Ottavio à la Scala de Milan, à Washington et à Tokyo, ainsi que Ferrando dans Così fan tutte à Madrid, Florence et Bruxelles, Die Zauberflöte à Rome) ou au bel canto : Demetrio dans Demetrio e Polibio de Rossini et Almaviva dans Il barbiere di Siviglia au Festival Rossini de Pesaro ; il a également interprété Almaviva au Royal Opera House Muscat, à Oman, ainsi qu’à Buenos Aires et à Vienne ; L’elisir d’amore à Bologne ; Don Pasquale à Tokyo. Juan Francisco Gatell a également chanté Alessandro Magno dans Il re pastore et de Tom Rakewell dans The Rake’s Progress à La Fenice de Venise, Fenton dans Falstaff à Lyon et à Aix-en-Provence, ainsi que dans le rôle-titre de l’opéra Tenorio de Tomás Marco à Madrid, à l’occasion de sa création mondiale scénique.

Don Pasquale, "Povero Ernesto", Ravenne (2006)

Sandra HAMAOUI, Lisette (soprano)
Lauréate de nombreux prix, la soprano franco-américaine Sandra Hamaoui a fait partie des troupes de la Deutsche Oper Berlin (où elle a chanté, entre autres rôles, ceux de Pamina dans Die Zauberflöte et de Ninette dans L’amour des trois oranges), et de l’Opéra de Zurich : 

elle y a interprété, entre 2021 et 2023, les rôles de Gilda dans Rigoletto, Susanna dans Le Nozze di Figaro, ou encore Nanetta dans Falstaff. Elle y est de nouveau invitée en 2026 pour La Rondine (Lisette).
Son répertoire compte aussi les rôles de Juliette (Roméo et Juliette de Gounod) , Adina dans L’elisir d’amore ou Sophie (Werther) et  Lisa dans La Sonnambula, chantée en 2022 au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, aux côtés de Pretty Yende, sous la direction de Riccardo Frizza. Elle se produit également en concert, notamment à l’occasion de récitals donnés à New York ou encore en Uruguay.

Manon avec B. Bernheim à l'Opéra de Zurich

COMPTES RENDUS DE SPECTACLES

  • Festival de Gattières, juillet 2024
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Benjamin BernheimErmonela Jaho
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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