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Salomon, Médée et Jason
Une Médée redécouverte à Versailles !

par Marc Dumont 7 février 2026
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Médée et Jason, Château de Versailles, Grande salle des Croisades, samedi 1er février 2026

Passionnante redécouverte d’une Médée imaginée par un compositeur aujourd’hui bien oublié (Joseph-François Salomon, 1649-1732), servie par une interprétation musicale de tout premier plan.

Arrivé au concert sans rien connaître de ce compositeur obscur et oublié, le public ressort enchanté par cette tragédie d’un musicien tard venu au genre lyrique. Si Jean-Philippe Rameau attendit cinquante ans pour entamer une carrière de compositeur d’opéras avec Hippolyte et Aricie, il est battu sur le fil par Joseph-François Salomon (1649-1732) qui débuta la sienne à cinquante deux ans avec sa Médée qui fut jouée et éditée en 1713. Il se trouve d’ailleurs que c’est Pellegrin qui fut le même librettiste pour les deux œuvres.
Bien que fortement concurrencé par les œuvres plus légères de Destouches (qui travailla aussi avec Pellegrin) et Campra, sans parler de l’ombre tutélaire et omniprésente de Lully, Salomon connut pourtant un réel succès. Au point de rester trente-six années à l’affiche et de susciter, quelques années plus tard, une parodie grand-guignolesque sous le titre La femme jalouse ou Le mauvais ménage faisant de Médée une sorcière et de Jason un rôtisseur[1]…

Nous connaissons l’histoire de cette femme vengeresse et infanticide. Jalouse de Créuse, pour se venger de son infidèle Jason, elle ne trouve rien de plus cruel que de tuer la belle et ses propres enfants. Ici, rien n’est montré. Pas d’introspection ni d’hésitation devant ses deux petits : ils sont hors champ. L’habileté dramatique de Pellegrin consiste à faire du livret un condensé psychologique des doutes et conflits animant tous les personnages. Et la tragédie se déploie, implacable[2].

Salomon a su tirer parti de ce remarquable livret grâce à une partition qui creuse les caractères et ménage ses effets, en s’appuyant, avec sa marque propre, sur quelques invariants de la tragédie lyrique : prologue à la gloire du roi (« Un héros qui les efface tous»), déclamation en des récitatifs animés enchaînant sur de courts airs, chatoiement de l’orchestre, mise en valeur des pupitres (les flûtes, hautbois et basson sont souvent sollicités, les trompettes triomphent et les percussions de Marie-Ange Petit pimentent sans cesse la partition) sans oublier la scène infernale, le terrifiant songe de Créuse et l’inévitable tempête qui fait penser à celle d’Alcyone de son ami Marin Marais (« Sauvons-nous, sauvons-nous… »).
Jusqu’à cette année 1713, le compositeur venu du sud avait été claveciniste et organiste de la Reine, puis violiste de la Chapelle du Roy – ayant participé à ce titre à de nombreuses créations depuis des décennies, dont celle d’Atys. Il ne laissa que deux opéras, Thénoé étant composé l’année de la mort de Louis XIV, en 1715, mais sans connaître l’immense succès de Médée et Jason. Salomon mourut à Versailles en 1732, devenu pour le public « un Orphée sur notre théâtre», ce qui reflète d’ailleurs parfaitement la qualité de la partition. L’opéra ne connait de pauses que celles de moments instrumentaux sous forme de marche, danse ou autres intermèdes. Le rythme est haletant et la fin inattendue est spectaculaire : dans un souffle, Jason constate, désespéré : « Tout ce que j’aime est au tombeau et vous me condamnez à vivre. » Aucune grandiloquence, aucun effet, mais le dépouillement le plus noir. Et le silence.

Cette version concert rend parfaitement justice à l’œuvre grâce à tous les artistes emmenés par Reinoud Van Mechelen. Après avoir fait revivre Céphale et Procris d’Elisabeth Jacquet de la Guerre en 2024, le ténor et chef revient avec cette autre découverte majeure qu’il présentait à Namur l’été dernier. Très investi dans la direction de son ensemble, il se retourne vers le public pour chacune de ses interventions, campant alors un Jason profondément humain, pathétique et touchant, avec le timbre et la puissance vocale qu’on lui connait, ciselant les mots et les affects. Dès le début (« Ah ! Qu’il est dangereux d’avoir un cœur trop tendre»), il nous touche, plus encore avec son air bouleversant qui ouvre le troisième acte (« Pour ma princesse, hélas, que je ressens d’effroi »). Reste que pour une telle œuvre si riche en climats et couleurs, un tel dédoublement pose parfois problème, laissant l’orchestre face à lui-même.

Certes, les musiciens d’A nocte Temporis montrent des couleurs et une belle cohésion d’ensemble, grâce à l’attention du premier violon d’Élise Dupont. Et le Chœur de Chambre de Namur impressionne par sa vaillance « célébrant ce jeune héros», sa déploration finale (« Faut-il que nos malheurs ne finissent jamais ? »), sa clarté et sa prononciation. C’est là une des très grandes qualité du spectacle, car chaque rôle s’entend et s’apprécie dans la fluidité et la compréhension de chaque phrase, ce qui est essentiel et somme toute logique, mais pas toujours vérifié dans le monde baroque comme ailleurs. Ici, nul besoin de sur-titres !

Toute la distribution était au diapason de cette réussite, des solistes du chœur  à la Nérine de Jehanne Amzal et la Cléone de Annelies Van Gramberen (deux sopranos au timbre bien différencié), alors que le baryton-basse Michael Mofidian impressionne par ses abysses vocaux. Son duo avec Jason au quatrième acte le campait en Roi ébranlé dans sa décision de condamner Médée à mort dans son air majestueux « Que par un prompt départ elle évite la mort », cédant alors à la clémence demandée par Jason. Du grand art.
La Créuse de Mélissa Petit, vêtue d’une robe blanche comme la pureté, nous touche profondément par ses doutes, ses angoisses (« Que l’amour jaloux est à craindre »), sa révolte face à Médée, son désespoir résigné (« Jason ne m’aime plus, oh, rigoureux tourments », air qui ouvre le quatrième acte et fut un des très grands moments de la soirée), puis l’espoir retrouvé dans son duo du dernier acte avec Jason (« Vivons sans crainte, aimons sans contrainte »). La finesse de son interprétation est magnifiée par un timbre de soprano délicat, subtil, aux inflexions tendres et émouvantes.
Quant à la Médée de Floriane Hasler, en robe noire reflet de sa propre noirceur maléfique, elle impressionne dès son entrée, déployant une morgue, tant dans la posture hautaine assumée que dans sa rouerie auprès de Jason, lui assurant in fine qu’elle accepte son destin d’exilée par le Roi – alors qu’elle prépare le pire des crimes. Par son art du chant, par le truchement d’une voix de mezzo à la tessiture profonde et  mordorée, chacune de ses interventions faisait frémir. Quelle autorité dans son « Demeure ! » adressé à Créuse lors du face à face au deuxième acte  (à quoi le chœur fait écho : « Trembe, Créuse, tremble ! ») ; quelle duplicité dans son « Aime-moi seulement, mon art fera le reste » adressé à Jason à l’acte trois, avant de faire appel aux démons, emportée par sa fureur (« C’en est trop, vengeons mon amour ») et de réaliser cette vengeance au dernier acte (« Prête à porter d’horribles coups… »), non sans avoir dupé perfidement son ancien amant osant un fourbe et mielleux « De votre seul bonheur je fais mon bien suprême ».

Après cette mémorable soirée, rêvons à une création scénique, la bonne nouvelle étant que l’enregistrement de cet opéra oublié est paru le jour même du concert, avec une distribution légèrement différente. Précipitons-nous !

—————————————————————————-

[1] Voir Histoire de l’Opéra français (tome 1) sous la direction d’Hervé Lacombe (Fayard, 2021)

[2] On en trouvera ici un parfait résumé.

Les artistes

Médée : Floriane Hasler 
Créuse : Mélissa Petit
Europe, Cléone : Annelies Van Gramberen
Melpomène, Nérine : Jehanne Amzal
Jason : Reinoud Van Mechelen
Créon, Apollon : Michael Mofidian

Solistes du Chœur de Chambre de Namur :
Une Corinthienne, Une magicienne, Une nymphe, Matelote : Virginie Thomas
Un matelot (trio et air), 1ère Furie : Renaud Tripathi
Un Corinthien, Un magicien, Un plaisir, Un garde, 2e matelot : Maxime Melnik
2e Furie : Samuel Namotte Arcas
Un démon, 3e matelot, 3e Furie : Philippe Favette

A nocte temporis, dir. Reinoud Van Mechelen
Chœur de Chambre de Namur

Le programme

Médée et Jason

Tragédie en musique en un prologue et cinq actes de Joseph-François Salomon, livret de Simon-Joseph Pellegrin, créée à l’Académis royale de musique en 1713.

Château de Versailles, Grande salle des Croisades, concert du samedi 1er février 2026.

 

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Marc Dumont

Passionné par l’Histoire et la Musique, Marc Dumont a présenté des centaines de concerts et animé de multiples émissions à Radio France de 1985 à 2014. Il se consacre à des conférences et animations, rédige actuellement un livre où Musiques et Histoire se croisent sans cesse, et propose des « Invitations aux Voyages », qui sont des rencontres autour de deux invités, en vidéo.

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