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Le Petit Faust, jeu télévisé déjanté à l’Athénée

par Victoria Okada 16 décembre 2025
par Victoria Okada 16 décembre 2025

© Christophe Raynaud De Lage

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Le petit Faust, Théâtre de l’Athénée, samedi 13 décembre 2025

En reprenant Le Petit Faust d’Hervé, Les Frivolités Parisiennes retrouvent une œuvre qui accompagne leur trajectoire depuis leurs débuts. Soutenue par le Palazzetto Bru Zane, cette nouvelle production, présentée au Théâtre de l’Athénée, assume une mise en scène résolument décomplexée, transposant la parodie lyrique dans l’univers des jeux télévisés des années 1980-1990. Entre réécriture du livret, détournement musical savoureux et engagement scénique total des interprètes, le spectacle revendique pleinement l’excès et l’énergie propres à ce « petit genre » longtemps relégué aux marges.

Un retour aux sources audacieux

Ce n’est pas la première fois que Les Frivolités Parisiennes s’emparent du Petit Faust d’Hervé. Férus de répertoires légers des XIXe et XXe siècles, les musiciens de cet orchestre alors naissant avaient présenté, à la fin de l’année 2013 au Théâtre Déjazet, cette parodie aujourd’hui largement oubliée du Faust de Gounod. La salle était principalement occupée par des amis et des proches venus soutenir une initiative audacieuse. Si certains avaient salué la démarche, d’autres s’étaient montrés plus dubitatifs face à un humour jugé daté. Il fallait en effet, au-delà des recherches musicologiques et interprétatives, entreprendre un véritable travail de réactualisation d’un pan entier du répertoire, encore perçu comme « de grand-mère » ou ringard.

La réhabilitation du « petit genre » ; une convergence avec le Palazzetto Bru Zane

Parallèlement au regain d’intérêt pour l’opéra-comique et la comédie musicale — cette dernière suscitant aujourd’hui un engouement quasi massif — le travail de fourmi des « Frivos » a porté ses fruits. Depuis quelques années, ce que les amateurs appellent avec affection « petit genre » attendent leurs nouvelles productions avec impatience, et ces attentes sont rarement déçues. Ô mon bel inconnu, Coups de roulis, Gosse de riche, Les Contes de Perrault, Gypsy : autant d’ouvrages portés à la scène par leurs soins et couronnés de succès.

De son côté, le Palazzetto Bru Zane œuvre à la redécouverte de partitions méconnues, inconnues ou oubliées. Dans ce cadre, le Centre de musique romantique française a déjà exhumé plusieurs œuvres d’Hervé : Les Chevaliers de la table ronde (2016-2017, avec Les Brigands), Mam’zelle Nitouche (2018-2019, avec Les Frivolités Parisiennes pour les représentations parisiennes) et V’lan dans l’œil (2021, avec l’Orchestre Pasdeloup à Paris).

Un Petit Faust revisité

Les deux institutions se retrouvent cette année pour une nouvelle reprise du Petit Faust du « compositeur toqué », dans une mise en scène résolument décomplexée de Sol Espeche. Celle-ci prend la forme d’un panorama de jeux télévisés populaires des années 1980-1990. Des candidats survitaminés enchaînent gags et jeux de mots parfois à la limite du politiquement correct. Faust devient un vieux professeur d’école imbu de son savoir, découvrant l’amour — et la (très grande) jeunesse — à travers Marguerite. L’allusion est explicite dans la réécriture des dialogues parlés, pour qui connaît les accusations ayant valu à Florimond Rongé, alias Hervé, une peine de prison. Méphisto, ici confié à une mezzo en travesti, entraîne Faust dans la spirale des jeux : La Roue de la fortune, Tournez manège, Questions pour un champion…, jusqu’à un match de catch.

Parodie musicale et réécriture du livret

Le livret d’Adolphe Jaime et Hector Crémieux est ainsi allégrement remanié pour s’adapter à ce plateau de télévision déjanté, flirtant parfois avec la vulgarité. La musique d’Hervé, en revanche, reste une mécanique de parodie savamment construite, revisitant Gounod et d’autres compositeurs. La « Ronde du Veau d’or », le « Chœur des soldats », un ballet de la « Nuit de Walpurgis », entre autres, sont copieusement détournés. On goûte tout particulièrement l’irrésistible « Le Satrape et la puce… ou la puce elle s’attrape », inspiré de la Chanson de la puce de Berlioz, tandis que le Roi de Thulé conte une légende bien plus matérielle et mondaine.

Une distribution énergique et engagée

Ces scènes menées tambour battant demandent, on s’en doute, une énergie débordante. Pendant deux heures, les chanteurs-acteurs, rompus à cet exercice redoutablement exigeant, en apportent la démonstration. Charles Mesrine endosse avec gourmandise le costume — peu flatteur — de Faust ; si le rôle ne met pas pleinement en valeur ses beaux aigus ouverts, la tessiture, centrée sur le médium, en est sans doute la cause. En Méphisto, la mezzo Mathilde Ortscheidt déploie un timbre chaud et charnu, idéal pour ce diable délicieusement ironique. On la retrouvera en mai-juin prochains en Vendredi de Robinson Crusoé aux opéras d’Angers, Nantes et Rennes. Anaïs Merlin campe une Marguerite qui n’est pas ce qu’on croit, en assumant pleinement un personnage au caractère bien trempé. Le double talent de chanteur et de comédien d’Igor Bouin renforce le potentiel comique du Valentin imaginé par Hervé et son engagement scénique est particulièrement réjouissant. Maxime Le Gall, en présentateur Patrick Le Pion dépassé par le progrès technologique, est déjà dans la salle avant le lever de rideau, guidant et interpellant les spectateurs.

Un univers visuel et musical cohérent

Oria Puppo propose, au-delà des gradins évoquant les plateaux de jeux, des éléments scénographiques inattendus, comme ce panneau lumineux indiquant des consignes au public et animant des images en lien direct avec les paroles chantées et les scènes jouées. Les costumes de Sabine Schlemmer, les coiffures et maquillages de Maurine Baldassari, ainsi que les lumières de Simon Demeslay, s’accordent avec jubilation pour faire (re)vivre cet univers ludique. Enfin, le chef Sammy El Ghadab s’impose comme un remarquable coordinateur : il dirige avec précision un orchestre — dont les musiciens sont habillés comme des mesdames et messieurs tout-le-monde, à l’image du public de ces émissions — et des chanteurs soumis à des déplacements constants, dans des numéros demandant une rigueur extrême.

En réunissant l’énergie communicative des Frivolités Parisiennes et l’exigence musicologique du Palazzetto Bru Zane, ce Petit Faust confirme combien la parodie lyrique, loin d’être un divertissement mineur, peut devenir un terrain de jeu théâtral et musical d’une redoutable efficacité. Entre hommage irrévérencieux et regard assumé sur notre culture populaire, la production trouve un équilibre entre rigueur musicale et liberté scénique et rappelle que ces œuvres dites « légères » gagnent à être prises au sérieux — à condition d’en assumer pleinement la fantaisie et l’excès.

Les artistes

Faust : Charles Mesrine
Marguerite : Anaïs Merlin
Méphisto : Mathilde Ortscheidt
Valentin : Igor Bouin
Le Pion / Le Cochet : Maxime Le Gall
Aglaé : Camille Brault

Les Frivolités Parisiennes , dir. Sammy El Ghadab 

Mise en scène : Sol Espeche
Décors : Oria Puppo
Costumes : Sabine Schlemmer
Chorégraphie : Aurélie Mouilhade
Coiffures et maquillages : Maurine Baldassari
Lumières : Simon Demeslay

Le programme

Le Petit Faust

Opéra-bouffe, d’Hervé, livret d’Hector Crémieux & Adolphe Jaime.

Paris, Théâtre de l’Athéné, représentation du vendredi 13 décembre 2025

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Sol EspecheCharles MesrineIgor BouinMathilde OrtscheidtAnaïs MerlinSammy El Ghadab
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Victoria Okada

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