Opéra en 2 actes d’Hector Berlioz, livret de Jules Barbier, Léon de Wailly et Alfred de Vigny, créé à l’Opéra de Paris (salle Le Peletier) le 12 septembre 1838.
LES AUTEURS
Le compositeur
Hector Berlioz (1803-1869)
Berlioz incarne l’image du musicien romantique français. Fasciné par l’Art – et pas seulement la musique : il vouait une admiration sans borne à Shakespeare, Virgile ou Goethe –, il abandonne très vite les études de médecine qu’il avait entreprises pour se consacrer à la musique.
Compositeur et écrivain (Les Soirées de l’orchestre : 1852 ; Les Grotesques de la musique : 1859 ; Mémoires : 1870), il fut aussi chef d’orchestre et critique musical, notamment pour la Gazette musicale et le Journal des débats.
Il s’illustra aussi bien dans le genre symphonique (La Symphonie fantastique : 1830), la musique sacrée, l’oratorio (Requiem : 1837 ; L’Enfance du Christ : 1854), la mélodie (Les Nuits d’été, composées entre 1834 et 1840 ), la musique instrumentale (Harold en Italie : 1834), que dans l’opéra (Benvenuto Cellini : 1838 ; Les Troyens : 1863, date de création des seuls «Troyens à Carthage»).
Adulé par les uns, moqué par les autres (la critique, dans son ensemble, lui fut longtemps hostile), sa vie fut une alternance d’échecs (Benvenuto Cellini), de succès (La Symphonie fantastique, L’Enfance du Christ, ses tournées européennes) ou de déceptions (l’impossibilité de monter son chef-d’œuvre dans le genre lyrique : Les Troyens). Il est élu membre de l’Institut en 1856.
Les librettistes
Auguste Barbier (1805-1882)
Surtout connu pour son engagement politique et social, le poète Auguste Barbier, né à Paris en 1805, se fait remarquer en 1830 avec Iambes, un recueil de poèmes inspiré par la Révolution de Juillet, dans lequel il dénonce avec vigueur les injustices, la tyrannie et l’hypocrisie du pouvoir. Son écriture, marquée par une grande force satirique et un ton parfois violent, s’inscrit dans le courant du romantisme engagé. Bien qu’il ait ensuite publié d’autres œuvres poétiques et dramatiques, Auguste Barbier reste principalement associé à cette poésie de combat, qui lui valut une notoriété importante à son époque, avant de tomber partiellement dans l’oubli.
Léon de Wailly (1804-1863)
Né dans une famille d’écrivains, Léon de Wailly se fait connaître par ses nombreuses traductions et adaptations d’auteurs anglais : Shakespeare, Matthew Gregory Lewis, Edgar Allan Poe, Jonathan Swift, Laurence Sterne,… Il est également l’auteur de Le Mort dans l’embarras (comédie nouvelle en 3 actes et en vers,1825), Angelica Kauffmann (1838), L’Héritage de vie (1844), Stella et Vanessa (1854). Ami d’Alfred de Vigny, il rédige avec lui et Auguste Barbier le livret de Benvenuto Cellini pour Hector Berlioz (1838).
Alfred de Vigny (1797-1863)
Né en 1797 à Loches en 1797 et mort en 1863 à Paris, Alfred de Vigny est une figure majeure du romantisme. Issu d’une famille noble, il reçoit une éducation marquée par la culture classique et s’engage brièvement dans la carrière militaire, expérience qui inspire plusieurs de ses œuvres. Il se fait connaître par des poèmes et des récits méditatifs où dominent la réflexion philosophique, la solitude et la condition humaine, notamment dans Poèmes antiques et modernes et Les Destinées. Auteur du roman historique Cinq-Mars et de la pièce Chatterton, Alfred de Vigny incarne un romantisme grave et introspectif, tourné vers la dignité morale et la quête de sens.
L'ŒUVRE
La création et la fortune de l'œuvre
Créé à l’Opéra de Paris (salle Le Peletier) le 10 septembre 1838, Benvenuto Cellini connaît un accueil difficile malgré l’excellence de la distribution réunie (François-Antoine Habeneck dirige l’orchestre, Gilbert Duprez chante Cellini, Julie Dorus-Gras est Teresa, Rosine Stoltz Ascanio).
Gilbert Duprez, Julie Dorus-Gras et Rosine Stoltz dans les costumes de la création . Source : Gallica / BnF
La complexité de la partition, l’audace de l’orchestration et les exigences vocales déroutent le public et les interprètes. Les répétitions sont laborieuses et la première est marquée par des problèmes d’exécution, ce qui conduit à un échec relatif et à un retrait rapide de l’affiche. Franz Liszt dirigera l’œuvre en 1852 à Weimar dans une nouvelle version en trois actes remaniée par Berlioz. Mais, longtemps considéré comme un ouvrage injouable, l’opéra tombe presque dans l’oubli au XIXᵉ siècle. Ce n’est qu’au XXᵉ siècle que Benvenuto Cellini est progressivement redécouvert, grâce à l’évolution du goût musical et à l’intérêt renouvelé pour l’œuvre de Berlioz, notamment en Angleterre sous l’impulsion d’un Colin Davis. Les reprises et les enregistrements mettent alors en lumière la richesse de la partition et son caractère visionnaire. Aujourd’hui, l’opéra reste rarement joué tout en étant reconnu comme un jalon musical important dans le romantisme musical français.
Le livret
La source
Le livret est (très !) librement inspiré de la Vie de Benvenuto Cellini dont plusieurs traductions françaises avaient paru en ce début de XIXe siècle : M. T. de Saint-Marcel en 1822, D.D. Farjasse en 1833, avant la traduction de Léopold Leclanché en 1843.
L’intrigue
PREMIER ACTE
L’action se déroule à Rome en 1532, pendant le Carnaval. Benvenuto Cellini est un artiste talentueux mais indiscipliné, amoureux de Teresa, la fille de Balducci, trésorier du pape. Ce dernier refuse leur union et souhaite marier Teresa à Fieramosca, un rival de Cellini. Profitant de l’agitation du Carnaval, Cellini tente d’enlever Teresa afin de s’enfuir avec elle, mais le plan échoue dans la confusion générale : Cellini en vient, lors d’une rixe, à tuer le spadassin Pompeo (homme de main de Fieramosca). Cellini parvient à s’échapper, Fieramosca est arrêté à sa place, et Ascanio, l’apprenti de Cellini, prend la fuite avec Teresa.
SECOND ACTE
Ascanio conduit Terea dans l’atelier de Cellini. Mais la joie des retrouvailles est de courte durée : Cellini a en effet été chargé par le pape Clément VII[1] de fondre une statue de Persée avant la fin du Carnaval. Mais le travail n’a guère avancé… Le pape déclare vouloir alors confier la fin des travaux à un artiste rival. Cellini, indigné, menace de détruire sa statue. Le pape se radoucit : il donne au sculpteur jusqu’au lendemain pour achever sa statue… faute de quoi, il sera pendu.
Cellini se heurte à de nombreuses difficultés, notamment le manque de métal. Au moment critique, il sacrifie tous ses objets précieux pour alimenter le four et permettre ainsi l’achèvement de son œuvre. La statue est finalement terminée, ce qui lui vaut le pardon du pape… et l’autorisation d’épouser Teresa!
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[1] À la création, Berlioz, pour obéir à la censure, avait dû remplacer le personnage du pape par celui du cardinal Salviati.
La partition
Première œuvre lyrique de Berlioz, Benvenuto Cellini est pourtant peut-être l’une de ses partitions les plus audacieuses et novatrices. Elle se situe à la croisée de l’opéra français, de l’opéra-comique (ce qu’elle aurait dû être à sa création), voire du grand opéra par certains aspects.
Entre la version « opéra-comique » initialement prévue par les auteurs, la version « opéra » finalement créée salle Le Peletier, les modifications exigées par la censure, la version en trois actes de Weimar, il est assez difficile de dire avec certitude quelles étaient les volontés réelles de Berlioz, et quasi impossible d’affirmer qu’il existe « une » version de l’œuvre à privilégier au détriment des autres. Chaque nouvelle exécution de Benvenuto Cellini rappelle néanmoins l’incroyable modernité d’une partition peut-être inégale mais extrêmement attachante.
Du point de vue mélodique et vocal, Berlioz conserve la forme traditionnelle des airs « fermés » : l’air d’entrée de Teresa, une cavatine (« Entre l’amour et le devoir ») suivie d’une cabalette (« Quand j’aurai votre âge ») de facture volontairement italienne ; celui de Fieramosca (« Ah, qui pourrait me résister ! ») ; les couplets d’Ascanio (« Mais qu’ai-je donc ?… ») ; les airs de Cellini (le premier du moins : « La gloire était ma seule idole » au premier acte ; le second, « Sur les monts les plus sauvages » faisant entendre un « fondu enchaîné » avec le chœur qui le suit). L’inventivité et l’originalité mélodiques sont en revanche constantes…
Une inventivité qui se manifeste également et surtout sur le plan orchestral, avec un coloris instrumental extrêmement riche, dont le célèbre Carnaval romain offre un exemple particulièrement éclatant. Par ailleurs, en multipliant changements de tempi, ruptures, syncopes, contrastes, Berlioz confère à la rythmique un rôle fondamental dans la partition, lui apportant une énergie singulière – mais contribuant également aux difficultés d’exécution de l’opéra, lors de sa création comme lors de ses représentations modernes : le Carnaval romain demande de la part du chœur une virtuosité exceptionnelle, et il n’est pas rare que le trio du premier acte « Ô Teresa, vous que j’aime plus que ma vie » mette les interprètes de Cellini, Teresa et Fieramosca en difficulté…
LES REPRÉSENTATIONS DE LA MONNAIE DE BRUXELLES
Le chef
Alain ALTINOGU, chef d’orchestre
Alain Altinoglu effectue ses études musicales au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, où il enseigne ensuite près de dix ans.
Parmi les prestigieux orchestres qu’il a dirigés, citons le Wiener Philharmoniker, le Berliner Philharmoniker, l’Orchestre royal du Concertgebouw, le London Symphony Orchestra, le Chicago Symphony Orchestra, l’Orchestre symphonique de Bayerische Rundfunk, le Munich Philharmonic, la Staatskapelle de Dresde, l’Orchestre Philharmonique de radio France, l’orchestre National de France , ou encore le Wiener Symphoniker.
Très attaché au répertoire lyrique, il s’est produit dans les théâtres les plus prestigieux : Metropolitan Opera de New York, Opéra de Paris, Wiener Staatsoper de Vienne, Monnaie de Bruxelles, Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence, Festival de Salzbourg, Bayerische Staatsoper de Munich.
Il a fait ses débuts au Festival de Bayreuth en 2015, en y dirigeant Lohengrin. Il est le troisième chef français à être invité à diriger au Festival. Il devient en janvier 2016 directeur musical de La Monnaie.
Moussorgski, Khovanchtchina (ouverture, hr-Sinfonieorchester – Frankfurt Radio Symphony, 2022)
Le metteur en scène
Thaddeus STRASSBERGER, metteur en scène
Les études de Thaddeus Strassberger le conduisent à la Scala de Milan de 2000 à 2001, où il obtient un diplôme en réalisation de décors de l’Accademia Teatro alla Scala. Il travaille ensite comme assistant metteur en scène pour des productions d’opéra au Teatro di San Carlo de Naples, à La Fenice de Venise, au Teatro Lirico de Cagliari ou au Houston Grand Opera. Il devient par la suite metteur en scène, mais aussi concepteur de décors, costumes, vidéos et éclairages.
Sa carrière le conduit à monter aussi bien des grandes œuvres du répertoire (Rigoletto, Aida, Orfeo ed Euridice, La Cenerentola, La traviata) que des opéras plus rarement joués (I due Foscari, La gazzetta, Les Huguenots, Der ferne Klang, Le roi malgré lui). Il a travaillé pour de nombreuses scènes internationales (Opéra Royal de Wallonie-Liège, Théâtre national de Prague, festival Rossini de Wildbad, Opéra de Montréal, Opéra national de Norvège, Washington National Opera, Royal Opera House Covent Garden) avec des artistes de grande renommée (Liudmyla Monastyrska, Plácido Domingo, Anna Pirozzi, Maria Agresta…). Sa production des Due Foscari (Royal Opera House Covent Garden) a été éditée en DVD.
Thaddeus Strassberger évoque sa mise en scène des Due Foscari pour le Royal Opera House, Covent Garden
Les chanteurs
John OSBORN, ténor (Benvenuto Cellini)
La carrière du ténor américain John Osborn prend son essor à la fin du XXe siècle, avec des débuts à la fois au Metropolitan Opera (1996/1997) et en Europe (Opéra de Cologne). Son répertoire se partage essentiellement entre le bel canto (Le Barbier de Séville, La Cenerentola, L’Italienne à Alger, Les Puritains, La Somnambule) et le répertoire français (Guillaume Tell, La Fille du Régiment, Les Vêpres siciliennes, La Juive, Benvenuto Cellini, Les Huguenots, Robert le Diable, Le Prophète, Les Contes d’Hoffmann, Fra Diavolo,…)
Il s’est produit sur les principales scènes lyriques du monde (Paris, Salzbourg, New York, San Francisco, Vienne, Moscou, Munich, Genève, Festival d’Aix-en-Provence…)
Rossini, Armida (Metropolitan Opera, 2010)
Ruth INIESTA, soprano (Teresa)
La soprano espagnole Ruth Iniesta est particulièrement appréciée dans le répertoire romantique en général, et belcantiste en particulier.
Formée en Espagne, elle se perfectionne rapidement dans le chant lyrique et se distingue par une voix agile, brillante et expressive, qui lui permet d’aborder, sur les plus grandes scènes internationales (Teatro Real de Madrid, Gran Teatre del Liceu de Barcelone, Opéra de Paris, Festival Rossini de Pesaro, Staatskapelle de Berlin, le Konzerthaus de Berlin,…), plusieurs rôles particulièrement exigeants d’œuvres de Rossini (Il barbiere di Siviglia), Donizetti (Lucia di Lammermoor), Bellini (I puritani), Mozart (Don Giovanni) ou Verdi (Rigoletto, La traviata). Mais Ruth Iniesta excelle également dans le répertoire français : elle interprète ainsi régulièrement avec succès des œuvres Massenet (Thaïs, Werther), Berlioz (Benvenuto Cellini), Bizet (Les Pêcheurs de perles) et Gounod (Roméo et Juliette).
Lehar, "Meine Lippen..." (Giuditta) / Sinfónica Ciudad de Zaragoza
NOTRE SÉLECTION POUR VOIR ET ÉCOUTER L'ŒUVRE
CD
John Pritchard / Nicolai Gedda, Elisabeth Vaughan, Robert Massard, Yvonne Minton, Orchestra & Chorus of the Royal Opera House Covent Garden. Gala records (enregistré en 1966), report 3 CD, 2004.
Seiji Ozawa / Franco Bonisolli, Teresa Zylis-Gara, Franco Brendel. Italian Radio Orchestra & Chorus Rome. 2 CD, Opera d’oro, OPD-1373 (enregistrement en direct du 8 mai 1973), 2003, report 2012.
- Sarah Caldwell / Jon Vickers, Patricia Wells, John Reardon. Chorus & Orchestra of the Opera Company of Boston. CD VAI audio, 2003, stéréo (enregistrement en direct mai 1975, chanté en anglais).
Colin Davis / Nicolai Gedda, Christianne Eda-Pierre, Robert Massard, Jane Berbié, Chorus of the Royal Opera House, Covent Garden, BBC symphony Orchestra. 4 LP PHILIPS, 1972, report 3 CD, Philips Classics, 1995.
John Nelson / Gregory Kunde, Patricia Ciofi, Jean-François Lapointe, Joyce DiDonato. Chœur de Radio France, Orchestre national de France, 3 CD, Virgin Classics, 2003.
Roger Norrington / Bruce Ford, Laura Claycomb, Monica Groop, version de Weimar, MDR Rundfunkchor Leipzig, Radio-Sinfonieorchester Stuttgart des SWR, 2 CD, SWR music Hänssler classic, 2006.
Colin Davis / Gregory Kunde, Laura Claycomb, Peter Colman-Wright, Isabelle Cals. London Symphony Chorus, London symphony Orchestra. Enregistrement live juin 2007, 2 SACD, LSO live, 2007.
Streaming
Salzbourg (2007) - Gergiev, Stöltzl / Burkhard Fritz, Maija Kovalevska
Dutch National Opera (2015) - Gardner, Gilliam / Spyres, Winters.
Versailles (2019) - Gardiner, , Naamat / Spyres, Burgos.
DVD et Blu-rays
Gergiev, Stöltzl / Burkhard Fritz, Maija Kovalevska, Laurent Naouri, Kate Aldrich. Wiener Philharmoniker, Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor, 1 DVD / blu-ray, Naxos, 2007, rééd. 2009.
Gardiner, Naamat / Spyres, Burgos, Lhote, Charvet. Monteverdi Choir; Orchestre Révolutionnaire et Romantique. 1 DVD Château de Versailles spectacles. Enregistré le 8 septembre 2019 à l’Opéra Royal de Versailles.
Elder, Gilliam / John Osborn, Mariengela Siqua, Laurent Naouri, Michèle Losier. Chorus Dutch National Opera, Rotterdam Philharmonic Orchestra, 1 DVD, Naxos, 2015.

