À la une
Entretien – Massimo Pizzi Gasparon Contarini : “L’émerveillement est fondamental...
Les brèves d’avril –
Toujours Tosca à l’Opéra Bastille : quatrième distribution de la saison
Angers-Nantes Opéra 26-27 : la première saison d’Alexandra Lacroix
Les opéras du monde –L’Opéra de Bordeaux, l’un des plus...
CR – Livre : Florian Sempey, De vive voix –...
Intervista a Massimo Pizzi Gasparon Contarini: « Lo stupore è fondamentale...
À Montpellier, La traviata mise en abime sur sa scène...
L’authenticité en musique : un idéal introuvable ?
La vidéo du mois – Bizet, Chanson d’avril par Felicity...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

CDMédiathèque

LES INCLASSABLES : LA NUIT DES RATS MORTS

par Pierre Brévignon 8 octobre 2020
par Pierre Brévignon 8 octobre 2020
0 commentaires 0FacebookTwitterPinterestEmail
1,7K

Arnold SCHÖNBERG, La Nuit transfigurée - Version originale pour sextuor à cordes ; Quatuor à cordes op.2 n°10 avec soprano

Les artistes

Ramor Quartet (Andreas Sándor, Erwin Ramor, violons I & II / Zoltan Thirring, alto / Vera Nogrady, violoncelle) + Zsolt Deaky, violoncelle / Edith Lorincz, violon / Marie-Thérèse Escribano, soprano

 

Le programme

Arnold SCHÖNBERG

La Nuit transfigurée
Version originale pour sextuor à cordes

Quatuor à cordes op.2 n°10 avec soprano

1 CD Tuxedo (enr. 1961)

 

 

Les Inclassables, ou l’Enfer de nos discothèques

Nos discothèques ont toutes leur « enfer » où, dissimulés aux regards des mélomanes avertis dont nous craignons les quolibets, nous conservons les enregistrements qui nous font honte mais que nous chérissons malgré tout d’un amour irraisonné…

Ramor Quartet, kesaco ? Pour le mélomane novice que je suis, en cette année de mes quinze ans, cette question n’a à priori aucune importance. Je viens de passer la soirée à écumer les disquaires du Quartier Latin sans rien trouver de bien transcendant à me mettre sous l’oreille. C’est l’époque où le disque est cher, rien à moins de 135 francs, et Naxos n’a pas encore révolutionné la vie des musicophiles fauchés en inondant le marché de ses CD à 50 francs et de ses interprètes aux noms exotiques. Autrement dit, le passage par la case « occasion » est indispensable pour tout débutant désireux d’étoffer sa discothèque. Ultime station de ma passion mélomaniaque : un soldeur de la place Saint-Michel, pas exactement spécialiste de musique classique à en juger par sa façon de classer sous l’étiquette VERDI un Very Best of Adagios III et un Verona Arena Live : Tosca. Les bacs succèdent aux bacs, mes doigts s’empoussièrent et mon enthousiasme aussi. De dépit, je manque me rabattre sur une Inachevée de Schubert par l’incertain Ludovit Rajter à la tête du Slovak State Philharmonic, avant qu’un sigle honni au verso du boîtier m’en dissuade : AAD. (En ces temps-là, mon exigence musicale se bornait à 3 lettres synonymes de félicité sonique : D, D et D. Je pouvais à la rigueur condescendre à accueillir dans ma discothèque quelques enregistrements ADD, mais AAD ? I have my dignité.) La pile de disques à 3 francs (oui, oui, 0,45 euros) à côté de la caisse représente mon dernier espoir – maigre espoir en vérité, puisque le mauvais grain l’y dispute d’ordinaire à l’ivraie.

Mais pas ce soir-là.

Car voici qu’apparaît, entre Das Land des Lächelns – Höhepunkte et Les Plus Belles Pages de Maurice André, ce fameux disque Schönberg par un quatuor au nom de moutarde (ou de poudre anti-nuisibles). Label inconnu, musiciens idem, pochette d’une cul-cuterie peu engageante et assez peu conforme à l’idée que je me fais du révolutionnaire Viennois (promenade en tilbury d’une donzelle en robe rose froufroutante pendant que gambade son chihuahua, le tout évoquant un Constantin Guys de la place du Tertre). Seulement voilà, je cherche une initiation en douceur à la Seconde École de Vienne et cette Nuit transfigurée dont  j’ai entendu quelques notes à la radio m’a tout l’air d’être le Sésame idéal. À ce prix-là, je ne risque pas grand-chose.

Et le risque paie.

Du moins à mes jeunes oreilles. Réécoutant cet enregistrement de 1961 dans une nuit parisienne transfigurée par le coronavirus, je peux difficilement faire l’impasse sur ses loupés. La mise en place est hésitante, le romantisme exacerbé de la partition manque plus d’une fois se transformer en sentimentalisme savonneux (glissandi à tous les étages), les vibratos sont négociés avec la fougue d’un retraité abordant un virage de départementale de la Mayenne au volant d’une Aixam sans permis. Les musiciens semblent s’être donné le mot pour brider leurs crescendos (s’agissait-il de ménager l’ingénieur du son cardiaque ?), et la magie n’opère qu’en de trop rares passages – ici une dentelle de pizzicati, là une foucade rythmique habilement amenée.

Pourtant, ce soir de 1986, calé devant les enceintes de ma chaîne Pioneer, je suis dès les premières mesures embarqué dans un paysage sonore fascinant, voluptueux, menaçant. Je ne découvrirai que plus tard le poème de Richard Dehmel, lourd de symbolisme vénéneux (il n’est que brièvement évoqué dans le livret, réduit à sa plus simple expression), mais la musique de Schönberg me dit tout de sa noirceur et de son ultime lumière. Et le complément de programme achève de me filer le frisson, d’autant que je n’ai pas remarqué sur la tracklist qu’une soprano s’invite dans les derniers mouvements du Quatuor n°2. La voix de Marie-Thérèse Escribano qui, sans préavis, résonne dans ma chambre me vaut un jump scare que je situe, rétrospectivement, entre la scène de la douche de Psychose et la découverte du sujet de philo au bac 1989.

Alors, certes, il me faudra attendre les versions des Prazak, des Berg, des Talich ou même du Nash Ensemble pour entendre la fièvre, l’urgence, l’inquiétante étrangeté, et l’opéra latent de cette grande partition post-romantique. Mais, à tout prendre, je préfère l’approche de mes Ramor timorés, la rondeur de leur signature sonore, à la froideur clinique des Arditti ou au tranchant hystérique des LaSalle. Et tant pis si, quelques années plus tard, je verrai leur version tristement recalée dès le premier tour d’une écoute comparée dans le Répertoire des disques compacts de Georges Cherière (verdict couperet des critiques : « probe ») : la Nuit des Ramor continue de briller d’un éclat singulier dans ma discothèque de mélomane quasi quinquagénaire.

(Et vous savez quoi ? Leur intégrale Bartók, rééditée chez Denon, tient sacrément la route !)

image_printImprimer
0 commentaires 0 FacebookTwitterPinterestEmail
Pierre Brévignon

Pierre Brévignon jongle avec les mots et les notes, tour à tour dans les programmes de l'Opéra de Paris, de la Cité de la Musique, du Théâtre du Châtelet, dans les livrets de CD, dans les salles de conférence de la Philharmonie, au sein de l'Association Capricorn (www.samuelbarber.fr) ou dans les livres qu'il consacre à sa passion : la première biographie française de Samuel Barber ("Samuel Barber, un nostalgique entre deux mondes", éditions Hermann, 2012), le "Dictionnaire superflu de la musique classique" (avec Olivier Philipponnat, Castor Astral, 2015) et "Le Groupe des Six, une histoire des années folles" (Actes Sud, 2020).

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Babylone-sur-l’Arno, ou Nabucco/Domingo à Florence
prochain post
Déchirante Méditerranée

Vous allez aussi aimer...

CR – Livre : Florian Sempey, De vive...

4 avril 2026

CD – Les mondes de Médée

1 avril 2026

Leonardo García-Alarcón, compositeur en fusion

29 mars 2026

CD – Tout Puccini (ou presque) avec Sondra...

24 mars 2026

CD – Francesca Aspromonte, reine de la nuit

23 mars 2026

CD – Chrétiens d’ici et d’ailleurs : l’Ensemble Irini...

19 mars 2026

CD – Clémence de Grandval, MAZEPPA, à toute...

13 mars 2026

CD — Nahuel di Pierro, Alphonse Cemin :...

13 mars 2026

CD – Simon Boccanegra : encore un rôle...

10 mars 2026

CD — Mélodies avec orchestre, volume 2 de...

24 février 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : six mois déjà

    2 avril 2026

En bref

  • Les brèves d’avril –

    4 avril 2026
  • La vidéo du mois – Bizet, Chanson d’avril par Felicity Lott

    3 avril 2026

La vidéo du mois

Édito

  • L’authenticité en musique : un idéal introuvable ?

    3 avril 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Stéphane Lelièvre dans TOSCA FOR EVER – une version inédite de Tosca , telle que Puccini en rêvait !
  • meyer frederic dans TOSCA FOR EVER – une version inédite de Tosca , telle que Puccini en rêvait !
  • Guermantes dans TOSCA FOR EVER – une version inédite de Tosca , telle que Puccini en rêvait !
  • antonio meneghello dans Philharmonie : un Rigoletto aux sonorités très pures
  • Teulon Lardic sabine dans TOSCA FOR EVER – une version inédite de Tosca , telle que Puccini en rêvait !

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

CR – Livre : Florian Sempey,...

4 avril 2026

CD – Les mondes de Médée

1 avril 2026

Leonardo García-Alarcón, compositeur en fusion

29 mars 2026