À la une
Idoménée à la Monnaie par Calixto Bieito : c’est le...
Hello Dolly ! enthousiasme l’Odéon de Marseille
CD – Simon Boccanegra : encore un rôle majeur de...
Avignon : Décaméron, l’opéra réinventé
Les brèves de mars –
Au Maggio Musicale Fiorentino, première reprise moderne du CARNAVAL de...
Allumer le feu : une Norma incandescente à l’Arsenal de Metz
Journée internationale des droits des femmes : Mojca Lavrenčič, cheffe d’orchestre
Faust à Tours : quand Vannina va, tout va !
Rouen : une Iolanta lumineuse qui fera date
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

ArtistesHommages

DISPARITION DE JACQUELINE SILVY de l’Opéra : une surdouée de l’art lyrique… en toute simplicité

par Hervé Casini 3 novembre 2024
par Hervé Casini 3 novembre 2024
Photo : site Facebook Opéra de Marseille
0 commentaires 5FacebookTwitterPinterestEmail
1,8K

Nous avons appris hier soir la disparition, dans la nuit du jeudi 31 octobre, de la soprano lyrique Jacqueline Silvy, grande gloire du chant français de l’immédiat après-guerre jusqu’à la fin des années soixante.

En juin 2010, j’avais été sollicité par l’Opéra de Marseille pour animer un hommage au couple d’artistes lyriques, à la scène comme à la ville, formé par Gustave Botiaux et Jacqueline Silvy. Avec eux, c’était tout un parfum d’un certain âge d’or de l’art lyrique français qui remontait à la surface. Ce samedi après-midi, le grand foyer de la salle Reyer était plein à craquer et, entre de nombreuses auditions de « pirates » – surtout ! – et de quelques enregistrements de studios, un public d’admirateurs de toujours mais aussi de personnes ne les ayant jamais entendus sur scène avait soudain (re)pris conscience de ce que l’Opéra, français en particulier, devait à ces deux artistes remarquables.

Née à Aix-en-Provence, Jacqueline Silvy, accomplit des études musicales poussées : lauréate du conservatoire de sa ville natale (classe de Mme Villemejane) puis de celui de Marseille (classe d’Antonin Trantoul, l’Otello de Toscanini, rien de moins !), elle obtient tous ses premiers prix et est engagée par l’Opéra de Marseille pour Rigoletto, le 21 janvier 1949, où elle chante Gilda entre Michel Dens et Giuseppe Traverso : les augures sont plutôt très vite favorables !

Rapidement, Jacqueline Silvy se révèle être hyper-douée : apprenant et retenant vite, d’une musicalité parfaite, elle devient l’une des valeurs sûres des plateaux de l’époque, poursuivant avec méthode, dès le début des années cinquante, une carrière parfaite, sans erreur de répertoire, embrassant tous les grands rôles de soprano lyrique de Mireille à Eudoxie (La Juive), de Marguerite de Valois des Huguenots à Marguerite de Faust, en passant par La Dame blanche, Guillaume Tell, L’Africaine (Inès) Les Pêcheurs de perles, Mignon, Hamlet, Manon (qu’elle ira chanter en 1953 en Amérique centrale), Les Contes d’Hoffman (les trois rôles, mais oui !), Carmen (Micaëla), Sigurd (Hilda) mais aussi Les Noces de Figaro, Le Barbier de Séville, La Traviata, Les Troyens à Carthage, Paillasse, La Bohème, Fidelio (Marzelline), Le Chevalier à la Rose ( Sophie face à la Maréchale de Crespin, à l’Octavian de Suzanne Sarroca et au baron Ochs d’Henri Médus !).

Pensionnaire du Palais Garnier et de la salle Favart, Jacqueline Silvy fait valoir un timbre cristallin qui sait aussi se faire suffisamment puissant comme on peut l’entendre dans ses enregistrements de Faust, de Rigoletto, de La Traviata, de Roméo et Juliette ou encore du Pays du Sourire où elle est une exquise Lisa (aux côtés de son conjoint bien évidemment !). Ne se limitant pas au grand répertoire, cette excellente musicienne participe à de nombreuses (re)créations françaises voire, à l’occasion, mondiales que ce soit dans Le directeur de théâtre, Gianni Schicchi, Patrie d’Emile Paladilhe (aux côtés d’Ernest Blanc et Jeanne Rinella !), Dolorès ou le miracle de la femme laide d’André Jolivet[1](Lyon puis Opéra-comique, 1960), Koenigsmark (Marc Berthomieu), Le Prince de Hombourg (Hans Werner Henze), Le Roi David, Le Joueur, The Rake’s Progress (aux côtés de Jean Giraudeau, Xavier Depraz et Denise Scharley). Le répertoire baroque n’est également pas laissé pour compte puisque notre cantatrice chantera souvent Rameau (Platée, Castor et Pollux, Les Fêtes d’Hébé, Hippolyte et Aricie pour la BBC de Londres). Quel éclectisme dans cette carrière modèle !

C’est le 3 décembre 1958, à l’Opéra de Toulon, que la carrière de Jacqueline Silvy croise celle de Gustave Botiaux lors d’une représentation de Rigoletto. Botiaux y aborde le rôle du duc de Mantoue pour la première fois alors que Jacqueline Silvy est une habituée du rôle de Gilda. A l’entracte se produit l’incident : Botiaux, mort de trac, ne cesse de répéter à ses partenaires qu’il n’arrivera pas à chanter « Ella mi fu rapita ». Excédée par sa panique, Jacqueline finit par lui donner une paire de gifles qui finissent par provoquer une réaction et propulse son partenaire sur scène. Botiaux chantera a priori très bien son air ce soir-là, n’oubliera jamais la paire de gifles et… on connait la suite !

Dans les années 1963-64, les deux artistes entameront une carrière internationale et Jacqueline Silvy chantera en Angleterre, en Espagne, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse, en Allemagne. A l’occasion, ils se retrouvent pour des soirées mémorables comme celle d’un Roméo et Juliette à Nîmes, en 1964, resté dans les mémoires et dont l’enregistrement pirate circula longtemps sous le manteau…

Après s’être retirée de la scène, Jacqueline Silvy a longtemps continué à prodiguer des conseils vocaux à celles et ceux qui venaient lui rendre visite, ainsi qu’à son cher Gustave, en Haute Ardèche où le piano et les partitions trônaient toujours dans le salon.

Partenaire des plus grands, de Valère Blouse à José Van Dam, de Pierre Nougaro à Josef Greindl en passant par José Luccioni, Jacques Jansen, Guy Fouché, Albert Lance, Alain Vanzo, Charles Burles mais aussi Rosalind Elias et Elisabeth Schwarzkopf, Jacqueline Silvy nous avait confié, avec la sincérité simple des plus grands, que l’une de ses grandes fiertés était d’avoir chanté un tout petit rôle aux côtés des immenses Max Lorenz et Martha Mödl dans un mythique Parsifal, resté dans les mémoires des vieux amateurs de l’Opéra de Marseille, en 1952.

Véritable fille de Provence, Jacqueline Silvy nous avait aussi raconté qu’elle se produisait toujours dans Mireille vêtue de la robe d’arlésienne de sa grand-mère…

Merci Madame. Nous ne vous oublierons pas.

[1] On peut entendre Jacqueline Silvy dans des extraits de cet ouvrage à la vocalité périlleuse tout comme dans la fort belle Messe pour le jour de la paix du même compositeur dans le CD qu’a consacré à l’artiste la firme Malibran www.malibran.com

image_printImprimer
0 commentaires 5 FacebookTwitterPinterestEmail
Hervé Casini

Hervé Casini est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, docteur en littérature française à Aix-Marseille Université et Secrétaire Général du Museon Arlaten (Musée d’ethnographie provençale). Collaborateur de diverses revues (Revue Marseille, Opérette-Théâtre Musical, Résonances Lyriques…), il anime un séminaire consacré au « Voyage lyrique à travers l’Europe (XIXe-XXe siècle) à l’Université d’Aix-Marseille et est régulièrement amené à collaborer avec des théâtres et associations lyriques dans le cadre de conférences et colloques.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Reprise de La Flûte enchantée à l’Opéra Bastille : pour les chanteurs surtout !
prochain post
Monte-Carlo, salle Garnier : L’Hirondelle retrouve son nid… mais pas sa mise en scène !

Vous allez aussi aimer...

Ça s’est passé il y a 200 ans...

6 mars 2026

Interview – Rencontre avec EMILIANO GONZALEZ TORO et...

2 mars 2026

In memoriam – JOSÉ VAN DAM : L’ÉLÉGANCE FAITE...

19 février 2026

Elle aurait 100 ans aujourd’hui : RITA GORR

18 février 2026

Entretien – Pier Luigi Pizzi : « Verdi est le...

15 janvier 2026

Intervista – Pier Luigi Pizzi : « Verdi è...

15 janvier 2026

SEMYON BYCHKOV nommé directeur musical de l’Opéra de...

6 janvier 2026

Ça s’est passé il y a 100 ans :...

6 janvier 2026

In memoriam : Pierre Médecin (1935-2025)

5 janvier 2026

Il aurait 100 ans aujourd’hui : RICHARD VERREAU

1 janvier 2026

Humeurs

  • Journée internationale des droits des femmes : Mojca Lavrenčič, cheffe d’orchestre

    8 mars 2026

En bref

  • La vidéo du mois : José van Dam chante l’air du Catalogue de Leporello (Don Giovanni)

    5 mars 2026
  • Les brèves de février –

    24 février 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Transposer un mythe dans la contemporanéité : mettre à jour… ou mettre à plat ?

    1 mars 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Fabrice del Dongo dans Timothée Chalamet, ou la médiocrité tranquille
  • MICHAEL dans Timothée Chalamet, ou la médiocrité tranquille
  • Tardieu dans À Toulon, un Barbier de Séville bien ficelé
  • SARRAZIN dans Timothée Chalamet, ou la médiocrité tranquille
  • LAVIGNE Jean-François dans Rouen : une Iolanta lumineuse qui fera date

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Ça s’est passé il y a...

6 mars 2026

Interview – Rencontre avec EMILIANO GONZALEZ...

2 mars 2026

In memoriam – JOSÉ VAN DAM :...

19 février 2026