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Les noces du violon et de la voix au Festival de Saint-Denis

par Patrice Gay 22 juin 2022
par Patrice Gay 22 juin 2022

©Festival de Saint-Denis / Christophe Fillieule

©Festival de Saint-Denis / Christophe Fillieule

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Ce dimanche 19 juin le Festival de Saint-Denis célébrait les noces du violon et de la voix lors d’un splendide concert dédié à Antonio Vivaldi. Le programme entremêle fort intelligemment concertos pour violon et airs d’opéra, donnant à l’ensemble une remarquable unité. L’enthousiasme communicatif des interprètes et particulièrement de Julien Chauvin qui dirige du violon Le Concert de la Loge convient parfaitement à une matinée consacrée à quelques-unes des pages virtuoses du Prêtre Roux. Cette virtuosité n’exclut néanmoins ni l’émotion ni la délicatesse et c’est bien là toute la réussite du concert. Le programme est composé comme s’il s’agissait d’un seul et unique opéra et non d’un récital : le concert commence donc avec l’ouverture (allegro) de l’Olimpiade (dont on entend un beau duo dans la seconde partie du spectacle). Soulignons l’agilité du violon de Julien Chauvin qui danse et chante parfois suspendu au-dessus des cordes plus graves des violoncelles dans un ensemble où le spectateur distingue chaque instrumentiste. En ressuscitant Le Concert de la Loge Olympique voulu par le comte d’Ogny en 1783, Julien Chauvin a voulu un ensemble de solistes à géométrie variable capable d’aller au-delà de l’aspect brillant de cette musique. Le caractère dramatique des concertos choisis est habilement souligné, et l’ensemble de cordes est emporté par un chef fort expressif. En écho à ces choix interprétatifs, on ne peut que recommander le beau disque paru en 2020 chez Naïve et précisément intitulé Vivaldi Concerti per violino VIII ‘Il Teatro’.

Les voix de mezzo d’Adèle Charvet et d’Eva Zaïcik donnent une grâce infinie à la musique débordante d’énergie du compositeur vénitien. L’équilibre vocal se révèle tout particulièrement dans les duos où les voix se mêlent et se répondent tour à tour dans un récital placé sous le signe de cette tendresse vivaldienne vantée au XVIIIe siècle par l’abbé Conti. Le premier duo, Lo sento nel petto si grande, extrait de Farnace, donne le ton : les deux voix allient longueur et souplesse et l’on reconnaît parfois des talents de mélodiste – Eva Zaïcik a notamment chanté les Nuits d’été ; quant à Adèle Charvet, dont le répertoire est très étendu (elle chante Carmen, Brahms, Mahler, Respighi,…), son timbre plus dramatique donne une véritable profondeur à ce duetto. Farnace, l’opéra fétiche de Vivaldi se trouve, comme de juste, bien représenté et le public attend l’air du héros Gelido in ogni vena : ce sont les cordes qui créent la tension dramatique, avant que le phrasé d’Adèle Charvet ne vienne associer une belle agilité dans les aigus à de vibrants graves, exprimant toute la douleur d’un père qui pense avoir fait immoler son fils. Eva Zaïcik donne beaucoup de raffinement et de légèreté aux airs singulièrement virtuoses qui lui sont confiés, de Juditha Triumphans (agitata infido flatu) à Argippo (Se lento ancora il fulmine), en passant par La Fida Ninfa (Alma oppressa). Cette souplesse nous éloigne d’interprétations plus convenues et parfois trop exclusivement brillantes, qui transforment ces airs en purs morceaux de bravoure.

Après l’entracte, l’émotion ne cesse de croître et le récital s’achève avec le sublime et mélancolique duo de l’Olimpiade Ne’ giorni tuoi felici dans une sorte de renchérissement d’agilité. L’ornementation n’y est jamais pure virtuosité et l’émotion affleure.

Après cet acmé, le Concerto pour violon en ré Majeur RV 225 permet au public et aux chanteuses de se remettre de tant d’émotion. Les nuages de ces amours contrariées sont bientôt chassés : le concert se clôt dans l’allégresse avec le duo Sposo amato / Cara sposa d’Andromeda liberata, avant un bis avec le duo – cette fois-ci plus amusé qu’amoureux – de Selinda et Aquilo (Farnace) donné en première partie.

Les malheureux qui n’ont pu assister au concert donné dans le cadre de la Maison d’éducation de la Légion d’honneur pourront se rattraper le 25 juin au château d’Hardelot (Midsummer Festival d’Hardelot), puis le 26 en l’abbaye de Saint-Michel en Thiérache !

Les artistes

Adèle Charvet,mezzo-soprano

Eva Zaïcik, mezzo-soprano

Le Concert de la Loge, dir. Julien Chauvin

Le programme

Œuvres de Vivaldi : Airs et duos pour mezzo-soprano extraits de Orlando Furioso, Andromeda Liberata, Farnace, La Fida Ninfa, l’Olimpiade, Argippo et Juditha triumphans

Festival de Saint-Denis, concert du dimanche 19 juin 2022

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Julien ChauvinAdèle CharvetEva Zaïcik
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Patrice Gay

Patrice Gay est agrégé de Lettres modernes. Après des études de Lettres à l’Université de Clermont-Ferrand, il enseigne en collège, puis en lycée. Il est aujourd’hui professeur de culture générale en classe préparatoire économique à Versailles. Passionné d’opéra, il a conduit de nombreux projets pédagogiques autour d’un spectacle lyrique (Châtelet, Opéra national de Paris, TCE) avec des élèves de lycée (seconde et première) et également avec des étudiants de CPGE technologique.

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