Opéra Bastille : trio gagnant pour la seconde distribution du Barbiere di Siviglia

Il barbiere di Siviglia, Opéra Bastille, mercredi 28 octobre 2026

Après l’annulation du 24 octobre, se retrouvent enfin réunies trois têtes d’affiche du belcanto rossinien

L’attrait principal de cette seconde distribution du Barbiere di Siviglia signée Damiano Michieletto réside surtout dans les débuts parisiens de Marina Viotti dans le rôle de Rosina, dans la mesure où le public de la capitale connaissait déjà le Figaro d’Andrzej Filończyk et l’Almaviva de Levy Sekgapane pour les avoir entendus dans cette même salle respectivement au printemps 2022 et en juin-juillet 2025, au cours de soirées dont nous avions également rendu compte.

Il est néanmoins passionnant d’avoir réuni ces trois têtes d’affiche, leur rencontre ayant tout de même été reportée de quelques jours, suite à l’annulation de la représentation du 24 octobre, « En raison des manifestations prévues ce samedi et par mesure de précaution pour la sécurité de nos publics et de nos salariés », décline le communiqué de la direction, craignant des débordements aux abords de l’Opéra Bastille. Finalement, il n’en fut rien. Une meilleure coordination de la part des autorités aurait sans doute évité un manque à gagner inutile pour bien des activités : non seulement les deux salles de l’Opéra national de Paris sont restées fermées, mais avec elles nombre de musées qui appréhendaient de se confronter à une situation semblable. On met souvent l’accent sur le coût qu’engendrent des comportements excessifs, certes déplorables. Cependant, moins de tergiversations dans la planification du parcours de tel ou tel cortège auraient vraisemblablement sauvegardé les recettes de beaucoup de nos institutions culturelles et le chiffre d’affaires des commerces qui tournent autour (cafés, restaurants, boutiques, etc.).

Mais venons-en à notre Rosine. Dès sa première rencontre avec Almaviva, depuis son balcon, elle se singularise par une élocution exceptionnelle, agrémentée d’un timbre chaud des plus séduisants. Sa cavatine de présentation vient confirmer ces atouts, étayés aussi par l’étendue de l’instrument et par son aisance dans la partie haute du registre, malgré quelques choix discutables dans certaines transitions ; un grave par ailleurs impressionnant ne sacrifie nullement le naturel des roulades et une colorature séduisante. Dans le duo qui suit, avec Figaro, la mezzo franco-suisse ne manque pas d’humour, lorsque, se brossant les dents, comme le requiert la mise en scène, elle relaie ses gargarismes par des vocalises appropriées, soutenues par une ligne magistrale. À l’acte II, la leçon de chant est un florilège de virtuosités, alliant la générosité des trilles à la franchise du chant syllabique, la gamme des coloris à la dextérité des ornementations.

Si, par moments, il manque quelque peu de souplesse dans le duo ci-dessus, dès sa sortita, le Figaro d’Andrzej Filończyk s’impose par l’ampleur de l’instrument et l’éclat d’un accent très approprié. Il trouve chez Levy Sekgapane le partenaire idéal : leur duo de l’acte I oppose sans limites le grave capiteux de l’un à la clarté juvénile de l’autre, dans une complicité que vient nourrir, à son tour, un jeu d’acteur remarquable ; la strette où le héros décline ses coordonnées et ses prérogatives est un festival de sillabato, auquel répondent les interventions mélodieuses d’un Almaviva prodigue en variations et en fioritures.

Au fil du temps, le ténor sud-africain semble avoir gagné en assurance et, par conséquent, en projection, ce qui efface complètement les quelques minimes réserves que nous avions pu avoir l’an dernier. Si sa première sérénade est un bonheur de maîtrise du souffle, de legato et de souplesse, se libérant dans un aigu sans complexes, la seconde est un enchantement grâce à un belcanto tout en velours. Dès lors, l’aria de l’épilogue est un feu d’artifice : après un récitatif très articulé et un cantabile enivrant d’agilité, la cabalette est époustouflante de virtuosité. Désopilant dans le duo avec Bartolo, en ouverture de l’acte II, il rejoint ses deux acolytes dans le trio de la fuite où, à la longueur de la courbe vocale de Rosina font écho le portamento du Comte et le phrasé rythmé du Barbier. Tous les personnages principaux se retrouvant dans un finale central électrisant, puis dans un quintette de la barbe mené par un Figaro extrêmement idiomatique.

Les autres artistes sont égaux à eux-mêmes, notamment le Basilio larger than life de Nicola Alaimo, plus vrai que nature !!!

Ovation au rideau final pour Jader Bignamini qui sait tirer le meilleur de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, nous révélant bien des facettes cachées. Les Chœurs ne démentent jamais leur niveau d’excellence.

Tous nos vœux à Marina Viotti qui, aux remerciements, dévoile aux spectateurs l’attente d’un événement heureux dont personne n’aurait pu se douter pendant toute la représentation, la cantatrice assumant entièrement son interprétation scénique avec la plus grande espièglerie.

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Les artistes

Il conte d’Almaviva : Levy Sekgapane
Bartolo: Nicola Alaimo
Rosina : Marina Viotti
Figaro : Andrzej Filończyk
Basilio : Adolfo Corrado
Berta : Isobel Anthony
Fiorello : Amin Ahangaran
Un ufficiale : Hyunsik Zee

Orchestre de l’Opéra national de Paris, dir. Jader Bignamini
Chœurs de l’Opéra national de Paris, dir. Alessandro Di Stefano
Mise en scène : Damiano Michieletto
Décors : Paolo Fantin
Costumes : Silvia Aymonino
Lumières : Fabio Barettin

Le programme

Il barbiere di Siviglia

Opera buffa en deux actes de Gioachino Rossini, livret de Cesare Sterbini, créé au Teatro Argentina de Rome le 20 février 1816.
Opéra Bastille, représentation du mercredi 28 octobre 2026.