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Lyon : Une lecture « dantesque » réjouissante de Manon Lescaut

par Jean-François Lattarico 22 mars 2026
par Jean-François Lattarico 22 mars 2026

© Jean-Louis Fernandez

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Manon Lescaut, Opéra de Lyon, vendredi 20 mars 2026

Mal-aimé des chefs-d’œuvre de Puccini, Manon Lescaut revient à l’opéra de Lyon, après seize ans d’absence, à l’occasion de son festival de printemps dédié cette année à la beauté. Une lecture séduisante, colorée, sans audace, mais fidèle à l’esprit de l’œuvre d’Emma Dante magnifiée par une distribution de très haut vol et une direction époustouflante de Sesto Quatrini.

Moins représenté, du moins en France, que ses autres chefs-d’œuvre, Manon Lescaut prend à l’opéra de Lyon la suite du Trittico, de Tosca, de La fanciulla del West et dernièrement de Madama Butterfly, poursuivant ainsi le bel hommage au compositeur de Torre del Lago à l’occasion du centenaire (1924) de sa mort. L’action du roman de l’abbé Prevost est ici transposée à l’époque contemporaine de la création. Un décor unique, imposant – un bâtiment à deux étages, percé de portes-fenêtres et traversé par deux longs balcons qui se terminent par des escaliers – qui change de teintes plus que d’aspect aux différents actes, pour n’être plus qu’un mur stylisé symbolisant, dans le dernier acte, le désert américain. Les décors efficaces de Carmine Maringola et les costumes somptueux de Vanessa Sannino séduisent l’œil sans trahir la dramaturgie d’un livret bien troussé malgré son caractère laborieux (Puccini fit appel à pas moins de cinq librettistes) qui ne déploie son caractère tragique que dans les deux derniers actes. La réduction souvent drastique de l’intrigue, et toujours nécessaire eu égard à la source littéraire, permet d’exacerber les passions qu’incarne une des premières grandes figures féminines tragiques du compositeur, d’autant plus tragique que son parcours funèbre contraste avec l’optimisme réjouissant des deux premiers actes.

La lecture d’Emma Dante, pour linéaire et classique qu’elle soit, a le mérite de respecter l’esprit de l’œuvre en y apportant sa touche personnelle qui rappelle son idiosyncrasie théâtrale : elle se révèle dans les personnages à mi-chemin entre les puppi siciliens et les personnages espiègles de la commedia dell’Arte qui servent d’intermezzo muet entre le premier et deuxième actes ; costumes rouge flamboyant, jeux de miroirs qui annoncent l’ascension de l’héroïne dans l’acte parisien, ou encore, belle trouvaille, les filles fantômes (écho aux filles fleurs de Parsifal ?) qui déposent leurs bouquets autour de Manon comme une prière sur la tombe qui l’attend. Les lumières subtilement dosées de Christian Zuccaro permettent de transformer intelligemment le décor unique d’abord en une demeure bourgeoise (balcons dorés, rideaux rouges qui recouvrent les portes), à savoir le bel hôtel particulier de Géronte, teintée d’une suggestive couleur violette sombre qui se confond avec le rouge dominant, puis en prison dans le port du Havre (des portes grillagées ont remplacé les lourdes tentures pourpres), avant qu’il ne soit escamoté dans le dernier acte par un mur aux figures géométriques saillantes qui recouvre l’entièreté de la scène. Et si le grand lit blanc à baldaquin peut sembler superfétatoire, son aspect funèbre, dans sa blancheur aveuglante d’outre-tombe, rappelle celui rouge flamboyant du deuxième acte, symbole de la splendeur et de la réussite sociale de l’héroïne.

La distribution réunie pour cette belle production est d’une rare homogénéité, dominée par la soprano exceptionnelle de Chiara Isotton à l’ambitus impressionnant : un medium chaleureux, des graves d’airain et des aigus tranchants sans jamais trahir une diction impeccable, une voix irrésistible qui éblouit dès sa première romance « In quelle trine morbide » ; le public lyonnais avait d’ailleurs déjà pu l’entendre dans la fanciulla del West. Ses duos avec Des Grieux méritent tous les éloges, tandis que son air final (« Sola… perduta… abbandonata ») est proprement bouleversant. Lui donne la réplique dans le rôle de René des Grieux le ténor solide de Riccardo Massi, lui aussi présent à l’opéra de Lyon la saison passée dans La force du destin. Un timbre richement sonore, bien projeté, malgré quelques légers problèmes de justesse dans l’aigu ; sa romance du premier acte, « Donna non vidi mai », est une totale réussite, tout comme celle du 3e acte, « No! pazzo son ». Jérôme Boutiller campe un Lescaut, frère de l’héroïne, comme toujours très convaincant ; il confirme qu’il est l’un des barytons les plus solides de sa génération, alliant un timbre riche et sensible aux moindres inflexions du texte, révélant conséquemment une présence scénique (notamment dans la scène de beuverie) toujours passionnante. Excellente prestation également d’Omar Montanari dans le rôle du rival Géronte de Ravoir, très crédible à la fois physiquement et vocalement, mettant en valeur sa déjà très riche expérience depuis son triomphe, il y a une vingtaine d’années, au Concours international de Spolète. Robert Lewis campe l’étudiant Edmond avec une verve alliciante, quand deux jeunes voix particulièrement opulentes, issues du Lyon Opera Studio, incarnent pour l’une, Jenny Anne Flory, un très solide musicien, au timbre de mezzo chatoyant, et pour l’autre, Hugo Santos, un excellent Sergent des archers et un non moins brillant Aubergiste, dont la belle voix de basse profonde atteint jusqu’au paradis du théâtre. Tous deux ont participé aux précédentes productions lyonnaises, de Wozzeck à Louise en passant par Boris et Les Contes d’Hoffmann. François Pardailhé (un allumeur de réverbères) et Aurélien Curinier (un commandant de marine) complètent idéalement la distribution.

L’excellence du Chœur de l’opéra de Lyon, toujours superbement préparé par Benedict Kearns, secondé par Guillaume Rault, n’est plus à démontrer, cornaqué qui plus est par une précise direction d’acteurs.

Dans la fosse, si Sesto Quatrini n’est pas Daniele Rustioni, et si on peut regretter dans la première partie du spectacle une direction manquant parfois de raffinement, l’orchestre de l’opéra de Lyon révèle toute sa richesse et sa puissance dans les deux derniers actes, en particulier dans le célèbre et superbe intermezzo du 3e acte et dans le dernier acte, où la pâte orchestrale se fait l’idéal commentaire du drame qui se joue devant nos yeux.

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Les artistes

Manon Lescaut : Chiara Isotton
René Des Grieux : Riccardo Massi
Lescaut : Jérôme Boutillier
Géronte de Ravoir : Omar Montanari
Edmond : Robert Lewis
Un musicien : Jenny Anne Flory
Le Maître à danser : Camille Leblond
Le Sergent des archers / L’Aubergiste : Hugo Santos
Un allumeur de réverbères : François Pardailhé
Un commandant de marine : Aurélien Curinier

Orchestre, Chœur de l’opéra de Lyon : dir. Sesto Quatrini
Chef des chœurs : Benedict Kearns, Guillaume Rault
Chorégraphie : Manuela Lo Sicco
Mise en scène : Emma Dante
Décors : Carmine Maringola
Costumes : Vanessa Sannino
Lumières : Christian Zuccaro

Le programme

Manon Lescaut

Drame lyrique en quatre actes de Giacomo Puccini, livret de Marco Praga, Domenico Oliva, Giuseppe Giacosa, Luigi Illica, Giulio Ricordi d’après le roman de l’abbé Prevost, créé au Teatro Regio de Turin le 1er février 1893.
Opéra de Lyon, représentation du vendredi 20 mars 2026.

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Jérôme BoutillierSesto Quatriniemma danteChiara IsottonRiccardo MassiOmar Montanari
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Jean-François Lattarico

Professeur des Universités en études italiennes à l'université Lyon 3 Jean Moulin, spécialiste de l'opéra des XVIIe et XVIIIe siècles. Il a publié l'édition critique des livrets de Busenello, ainsi qu'un ouvrage sur les animaux à l'opéra (Le chant des bêtes), tous deux parus chez Classiques Garnier.

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