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Opéra de Zurich – Meurtre sur le Nil, aria sur le pont : le Giulio Cesare de Livermore part en croisière !

par Renato Verga 17 mars 2026
par Renato Verga 17 mars 2026

© Monika Rittershaus

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Giulio Cesare, Opéra de Zurich, dimanche 15 mars 2026

La production de Giulio Cesare in Egitto de Davide Livermore situe l’opéra à bord d’un paquebot des années 1920 sur le Nil. Mise en scène spectaculaire et cinématographique, direction énergique de Gianluca Capuano et orchestre brillant. Cecilia Bartoli triomphe dans le rôle de Cléopâtre, aux côtés du superbe César de Carlo Vistoli : un spectacle visuellement riche et musicalement captivant.

Changer l’époque sans toucher à l’âme du drame

Née à Monte-Carlo, passée ensuite par Munich et Vienne, la production de Giulio Cesare in Egitto signée Davide Livermore fait désormais escale à Zurich. C’est l’un de ces spectacles qui avancent avec l’assurance des projets ambitieux : beaucoup de technologie, une forte empreinte théâtrale et une lecture musicale qui cherche à concilier modernité et respect de l’esprit baroque. Ce n’est pas peu dire. Et ce n’est pas non plus chose aisée, car l’opéra de Georg Friedrich Händel repose sur un équilibre extrêmement délicat entre rhétorique des affects, spectacle et introspection.

Livermore choisit une voie désormais typique de sa poétique : changer l’époque sans toucher à l’âme du drame. Ainsi, l’Égypte antique disparaît et l’action est transposée dans les années 1920. L’histoire ne se déroule plus parmi les palais ptolémaïques et les déserts mythologiques, mais à bord d’un élégant paquebot de croisière naviguant sur le Nil. Une idée qui évoque immédiatement le cinéma et la littérature de divertissement du début du XXᵉ siècle, en particulier cet imaginaire rendu célèbre par Agatha Christie et son Mort sur le Nil. Ce n’est pas une référence fortuite : Livermore aime parsemer ses spectacles d’allusions cinématographiques, comme pour suggérer que le mélodrame baroque possède une vocation visuelle naturelle que le langage du cinéma peut amplifier.

Le paquebot – significativement baptisé « Tolomeo » – devient ainsi le lieu symbolique où se rencontrent et s’affrontent amour, ambition et vengeance. Les décors du collectif Giò Forma transforment la scène en un véritable transatlantique : ponts, cabines, couloirs, salons de bal. Plus qu’un simple décor, un microcosme. Les vidéo projections de D-Wok complètent l’illusion en montrant le paysage du Nil qui défile lentement, entre temples, ruines et panoramas désertiques. Le résultat est un univers visuel en perpétuel mouvement, presque cinématographique, où l’action progresse avec un rythme soutenu et une remarquable fluidité scénique.

Bien sûr, lorsque la technologie s’impose à ce point, le risque est de tomber dans l’effet spécial gratuit. Ici, heureusement, ce n’est pas le cas. La mise en scène cherche au contraire à dialoguer avec la structure dramatique de l’œuvre, où le monde baroque des affects – amour, jalousie, vengeance, désespoir – est traduit en images modernes sans être simplifié à l’excès. Livermore alterne moments spectaculaires et passages plus intimes, en préservant la dimension théâtrale de la musique de Händel.

L’un des exemples les plus réussis de cette esthétique est l’air de Cléopâtre « V’adoro pupille ». Ici, la reine d’Égypte n’apparaît pas comme une souveraine orientale entourée d’esclaves et d’encens, mais comme une diva de cabaret se produisant dans le salon de bal du navire. Lumières tamisées, projections lumineuses, atmosphère de nightclub : Cléopâtre séduit Jules César avec l’aisance d’une star des années folles, tandis que les autres personnages évoluent autour d’elle comme dans un ralenti onirique. Une scène suspendue entre rêve, spectacle et séduction, qui restitue parfaitement l’art de la manipulation de la reine.

Comme souvent dans les spectacles de Livermore, la mise en scène est riche en citations, en détails et en contre-scènes. Ici, cependant, la machine théâtrale se révèle particulièrement fluide et techniquement irréprochable. Dommage seulement que, dans cette reprise zurichoise, aient été ajoutés quelques gags franchement superflus. L’un d’eux, notamment : celui des servantes transpercées par l’épée d’Achilla, un moment qui glisse vers un comique assez grossier et nettement hors de propos. C’est regrettable, car le spectacle possède déjà de nombreuses touches d’humour finement dosées. Parmi celles-ci, le finale fonctionne très bien : un court film y résout l’assassinat de Ptolémée XIII avec un clin d’œil aux mécanismes narratifs des romans policiers d’Agatha Christie. Une trouvaille à la fois amusante et cohérente avec la mise en scène.

L’un des aspects les plus intéressants de la production est l’équilibre entre ironie et drame. Le cadre des années 1920 introduit inévitablement une tonalité plus mondaine et cinématographique, sans pour autant vider l’œuvre de sa profondeur émotionnelle. Au contraire, le contraste entre l’élégance de la croisière et la brutalité de la lutte pour le pouvoir accentue la tension dramatique de l’intrigue. Les scènes de vengeance et de guerre coexistent avec des moments de séduction et d’introspection, selon cette dialectique baroque typique entre éros et mort qui traverse toute l’œuvre. En ce sens, la mise en scène de Livermore met bien en valeur la dimension tragi-comique déjà présente dans le livret de Nicola Francesco Haym, en soulignant le caractère spectaculaire du drame sans en trahir la substance.

La musique, cœur battant du spectacle

Le spectacle se déroule avec une grande fluidité, notamment grâce à de nombreuses coupures. Des airs entiers sont supprimés et certains da capo abrégés. Un choix qui ne répond pas à des exigences musicologiques : le théâtre souhaitait maintenir la durée totale du spectacle en dessous de trois heures vingt. La direction musicale de Gianluca Capuano joue également un rôle déterminant, avec des tempos plutôt soutenus. Heureusement, l’entracte intervient après le premier acte, ce qui permet de préserver toute la force dramaturgique du magnifique duo entre Cornelia et Sesto, « Son nata a lagrimar ». C’est l’un des moments les plus intenses sur le plan émotionnel et il clôt l’acte dans une atmosphère de suspension presque tragique. Après le deuxième acte, en revanche, le passage au troisième se fait rideau baissé et lumières éteintes, un choix qui maintient la tension narrative.

Si la dimension visuelle rend le spectacle séduisant, son cœur battant reste néanmoins la musique. À la tête de l’orchestre, Gianluca Capuano dirige avec assurance La Scintilla, obtenant une exécution d’une grande vitalité. Le chef démontre une connaissance approfondie du langage baroque, tout en évitant toute rigidité philologique. Son approche allie le soin apporté aux instruments anciens à une forte théâtralité du geste musical. L’orchestre ne se contente pas d’accompagner les chanteurs : il dialogue avec eux, et chaque air trouve une couleur précise, chaque affect une teinte orchestrale. Dans les moments pathétiques, les sonorités deviennent légères et suspendues ; dans les airs héroïques, le rythme s’enflamme et les tempos se font plus pressants. Il en résulte un flux musical continu, énergique et profondément théâtral.

Au centre magnétique du spectacle se trouve naturellement Cecilia Bartoli. Sa Cléopâtre apparaît d’abord capricieuse, brillante, parfaitement intégrée à l’atmosphère mondaine du paquebot. Mais, scène après scène, le personnage révèle un visage plus fragile et humain, notamment dans les grandes arias pathétiques des deuxième et troisième actes. Sur le plan vocal, Bartoli déploie une fois encore la technique qui a fait d’elle une référence dans le répertoire baroque. Les coloratures sont précises, fulgurantes, mais jamais exhibées comme un pur exercice de virtuosité. Chaque ornementation naît du texte, du sens des mots. Dans « Piangerò la sorte mia », le chant devient presque murmuré, transformant la ligne mélodique en un flux émotionnel d’une intensité extraordinaire. À cela s’ajoute un charisme scénique rarissime : chaque geste, chaque accent contribue à façonner une Cléopâtre complexe, capable de passer avec naturel de la séduction ironique au désespoir le plus authentique. Une présence qui captive le spectateur dès sa première apparition.

À ses côtés se distingue le contre-ténor Carlo Vistoli dans le rôle-titre. Le personnage de César fut écrit par Händel pour le célèbre castrat Senesino et exige donc une tessiture large et exigeante. Vistoli aborde sa partie avec une solide maîtrise technique et une voix bien timbrée, particulièrement efficace dans le registre central. Son César n’est pas tant le conquérant romain monumental qu’un chef ironique et désabusé. Au fil de l’opéra émerge aussi une dimension plus intime et sentimentale, notamment dans les airs lyriques. Parmi les moments les plus réussis figure « Va tacito e nascosto », interprété avec un remarquable contrôle du souffle et une grande précision stylistique. « Aure, deh, per pietà » est également très beau. C’est pourquoi il est d’autant plus regrettable qu’une page comme « Quel torrente che cade dal monte », air de bravoure et moment spectaculaire du troisième acte, ait été sacrifiée. Comme il l’a déjà montré ailleurs, l’artiste révèle ici encore une présence scénique extraordinaire, conférant à son personnage une théâtralité exceptionnelle.

Max Emanuel Cenčić propose de Tolomeo une caractérisation volontairement frivole et provocatrice, parfois à la limite de la caricature, mais soutenue par une vocalité encore capable d’élans aigus brillants. Anne Sofie von Otter utilise elle aussi parfaitement ses moyens vocaux pour conférer au personnage de Cornelia une noblesse mélancolique d’une grande intensité émotionnelle. Le jeune contre-ténor Kangmin Justin Kim interprète Sesto avec énergie et élan juvénile, mettant bien en valeur la dimension vengeresse du personnage sans perdre en sensibilité dans les moments plus lyriques. Parmi les présences les plus solides, il faut également mentionner Renato Dolcini, un Achilla vocalement autoritaire, doté d’un beau timbre et d’une remarquable sûreté technique. Les rôles secondaires sont confiés à Karima El Demerdasch, Nireno en travesti, et à Evan Gray, Curio.

Au terme de la représentation, quinze minutes d’applaudissements, une standing ovation et un bis du chœur final viennent saluer le spectacle. Un succès chaleureux qui confirme une fois de plus combien le répertoire baroque, lorsqu’il est abordé avec intelligence théâtrale et un haut niveau musical, sait séduire le public contemporain. Cette production démontre en effet combien les opéras du XVIIIᵉ siècle peuvent être réinterprétés dans une perspective moderne sans perdre leur identité. Lorsque recherche musicale, invention scénique et qualité d’interprétation se rejoignent, le résultat est une expérience théâtrale complète : spectacle, émotion et intelligence coexistent sur une même scène. Et Händel, trois siècles plus tard, continue de s’adresser à notre présent avec une vitalité surprenante.

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Les artistes

Giulio Cesare : Carlo Vistoli
Cleopatra : Cecilia Bartoli
Tolomeo : Max Emanuel Cenčič
Cornelia : Anne Sofie von Otter
Sesto : Kangmin Justin Kim
Achilla : Renato Dolcini
Nireno : Karima El Demerdasch
Curio : Evan Gray

Chœur de l’Opernhaus Zürich (chef de chœur : Alice Lapasin Zorzit), Orchestra La Scintilla, dir. Gianluca Capuano

Mise en scène : Davide Livermore
Décors : Giò Forma
Costumes : Mariana Fracasso
Lumières : Antonio Castro
Video : D-Wok
Dramaturgie : Lea Vaterlaus

Co-production avec l’Opéra de Monte-Carlo

 

Le programme

Giulio Cesare

Dramma musicale en trois actes de Georg Friedrich Händel, livret de Nicola Francesco Haym, créé au King’s Theatre de Londres, le 20 février 1724.

Opéra de Zürich, représentation du dimanche 15 mars 2026

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Carlo VistoliAnne Sofie von OtterDavide LivermoreCecilia BartoliGianluca CapuanoMax Emanuel Cencic
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Renato Verga

Diplômé en Physique de l'Université de Turin, Renato Verga a toujours eu une passion immodérée pour la musique et le théâtre. En 2014, il lance un blog (operaincasa.com) pour recueillir ses critiques de DVD d'opéra, de spectacles vus partout dans le monde, de concerts, de livres sur la musique. Renato partage l'idée que la mise en scène est une partie constitutive de l'opéra lui-même et doit donc comporter de nécessaires transformations pour s'adapter à notre contemporanéité.

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