Un ballo in maschera, Opéra de Paris Bastille, mardi 17 février 2026
Deux chanteurs d’exception pour cette seconde distribution : si Ludovic Tézier est un habitué de l’Opéra Bastille, Angela Meade faisait ses premiers pas à l’Opéra de Paris : des débuts accueillis très chaleureusement par le public !
Ayant déjà chroniqué cette reprise d’Un ballo in maschera le soir de la première, ne revenons sur cette invitation au bal, en ce soir de Mardi Gras, que pour focaliser notre intérêt sur les deux seuls changements significatifs de la distribution et concentrons-nous donc sur le couple marital que forment Renato et Amelia.
Bon retour Ludovic !!!
Pour Ludovic Tézier, ce n’est que l’énième confirmation. Nous avons encore très vif à l’esprit le souvenir de sa prise de rôle, il y a presque vingt ans, lorsqu’à la fin du printemps-début de l’été 2007 nous nous rendions presque tous les soirs à l’Opéra Bastille pour l’entendre. Que louer alors en priorité, dès son air de présentation ? Une élocution de tout premier ordre ou la justesse du ton ? L’ampleur de l’instrument ou la variation des teintes ? Le contrôle de la ligne ou la maîtrise des transitions ? Fin diseur dans le trio du terrain des exécutions et jusqu’à la veille de l’attentat, où il se fait sournois, il devient impérieux dans l’étonnement, lorsqu’il découvre l’infidélité supposée de son épouse, au finale II, puis caverneux, en échafaudant aussitôt sa vengeance.
Welcome Angela !!!
Il trouve en Angela Meade une partenaire d’exception, faisant à cette occasion ses débuts à l’Opéra national de Paris. Si les toutes premières notes auprès d’Ulrica peuvent sonner légèrement mécaniques, son personnage s’impose d’emblée par la beauté du timbre, la clarté de la diction et la qualité du legato. Très articulé, le récitatif de l’air de l’acte II pressent déjà le drame, ce que vient confirmer l’andante, aux graves impressionnants et aux gammes ascendantes vertigineuses. Totalement engagée dans le duo d’amour, la soprano américaine sait savamment doser sa projection vers le haut du registre et son murmure des aveux d’un sentiment considéré comme inavouable, débouchant sur une note prolongée que relaie l’aigu époustouflant de la strette ; elle la partage dans la meilleure entente avec un Matthew Polenzani en constante progression au cours des représentations. Un torrent de voix vient alors couler au sein du trio qui suit, encore dans l’espoir de sauver le comte des griffes des conjurés.
Une joute vocale incandescente
Dès lors, le bref affrontement du récitatif de l’acte III entre les époux tourne à la joute vocale incandescente, seul véritable moment où le couple se rencontre. À chacun d’égrainer donc son air. Une grande poésie se dégage ainsi de la prière du sacrifice, aux effets saisissants dans les moments de passage. Colérique dans le récitatif, le mari vilipendé sait varier à merveille les nuances de l’amitié trahie et du bonheur passé. S’il domine le trio avec Tom et Samuel, en les éclipsant, il parvient à créer avec eux de très jolis contrastes, que viennent enrichir les notes dardées d’Amelia dans le quatuor, puis dans le quintette avec l’Oscar d’une Sara Blanch égale à elle-même. Émouvante dans le duettino des adieux, c’est à une nouvelle ascension vers des sphères aériennes que nous convie encore Angela Meade avant la catastrophe finale.
Speranza Scappucci dirige avec effet, non sans néanmoins quelques écarts gênants, couvrant parfois les chanteurs – notamment l’Ulrica d’Elizabeth DeShong, toujours remarquable –, voire en mettant en difficulté les chœurs – au finale II –, qui se confirment en tout point exceptionnels.
Remerciements chaleureux du public.
Riccardo : Matthew Polenzani
Renato : Ludovic Tézier
Amelia : Angela Meade
Ulrica : Elizabeth DeShong
Oscar : Sara Blanch
Silvano : Andres Cascante
Samuel : Christian Rodrigue Moungoungou
Tom : Blake Denson
Un giudice : Ju In Yoon
Un servo d’Amelia : Se-Jin Hwang
Chœurs (dir. Alessandro Di Stefano) et Orchestre de l’Opéra national de Paris, dir. Speranza Scappucci
Mise en scène : Gilbert Deflo
Décors et costumes : William Orlandi
Chorégraphie : Micha van Hoecke
Un ballo in maschera
Melodramma en trois actes de Giuseppe Verdi, livret d’Antonio Somma, créé au Teatro Apollo de Rome le 17 février 1859.
Paris, Opéra Bastille, mardi 17 février 2026

