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Une ELEKTRA foudroyante à l’Opéra Royal de Stockholm

par Nicolas Mathieu 17 octobre 2023
par Nicolas Mathieu 17 octobre 2023

© Markus Gårder

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1,8K

L’opéra de Richard Strauss trouve son plein éclat dans la mise en scène minimaliste de Staffan Valdemar Holm, avec une flamboyante Ingela Brimberg dans le rôle-titre.

L’Opéra Royal de Stockholm programme l’Elektra de Richard Strauss vue par Staffan Valdemar Holm avec une distribution de haute tenue qui met à l’honneur les talents du pays. Cette production pourrait être qualifiée de “minimaliste” en tant qu’elle installe l’intrigue sur le devant de la scène, que viennent délimiter deux pans de façade séparés d’une percée. L’action se déroule donc exclusivement dans un espace assez exigu qui transmet un sentiment d’enfermement et d’implacable résolution (le couloir, emprunté à la fin de l’opéra par Egiste, menant au piège tendu par Oreste). Toute la tension dramatique s’opère selon un double principe : les allées et venues de chacun depuis le couloir central de manière ritualisée, et les tableaux humains qui se déploient sur le devant de la scène. Si les costumes tendent à une esthétique vintage dans l’harmonie de la symétrie (robes couleur pastel et talons pour mesdames à l’exception d’Elektra et sa longue robe noire, manteau type Chesterfield pour messieurs), les gestes chorégraphiques des personnages évoquent des poses de statues (révérences des servantes, Elektra stoïque, etc.), qui transforment les deux façades en frises antiques. L’ensemble forme un tout harmonieux et concentre l’attention sur l’essentiel. Le pari est réussi.

Cette production peut compter sur un rôle-titre porté avec brio par la wagnérienne du pays Ingela Brimberg. La soprano, qui retrouvera prochainement Brunnhilde à La Monnaie, insuffle d’emblée à son personnage tout de noir vêtu une teinte guerrière, mu par un instinct de vengeance (“Allein! Weh, ganz allein”). Outre une puissance vocale sidérante, qui brave sans difficulté les vrombissements de l’orchestre, la soprano peut compter sur un aigu sûr (jusqu’au contre-ut qui pétrifie !) et un timbre ombragé, apportant au rôle toute sa gravité. La rigidité des postures, incarnant toute la tension à l’œuvre chez ce personnage (une hache à la main à la fin de l’intrigue) trouvera tout son contraste dans la scène dansée à la fin de l’opus, où elle transparaîtra légère un temps, avant de s’effondrer.

Elle trouve un contrepoint d’égale qualité chez Chrysothemis, incarnée par Christina Nilsson. Celle-ci partage la puissance vocale de sa sœur, avec toutefois une qualité de voix différente, plus rayonnante et brillante. Le vibrato, plus agité également, sied très bien aux inquiétudes qui meuvent le personnage (dès l’ouverture de l’opéra, elle alerte Elektra des risques pesant sur elle d’être enfermée, puis lui annonce la mort d’Oreste) et porte haut la tension dramatique de l’intrigue. Le rôle d’Oreste complète admirablement le trio familial avec le baryton Jeremy Carpenter, assurant par sa présence scénique et vocale une émouvante scène des reconnaissances, et affichant par suite sa détermination à venger son père, à travers des médiums et graves justes et bien installés.

Du côté du pouvoir, Katarina Leoson campe une Clytemnestre à la gestique lente et grave, qui manque toutefois plusieurs fois de faillir, signes de sa chute prochaine. L’articulation est belle, avec ce qu’il faut de graves, au contraire d’une émission plus faible et d’une diction un peu enrouée. Son amant Egiste, campé par Jonas Degerfeldt, apporte un aigu fièrement déployé, ignorant le piège qui l’attend. Ils sont soutenus par les notes flûtées mais corsées de la soprano Astrid Banck Linderoth qui assure une Confidente malicieuse à la dégaine élégamment travaillée.

On reconnaîtra au directeur musical des lieux, Alan Gilbert, de porter la partition avec l’énergie qu’elle mérite, à travers un déchaînement orchestral qui maintient tout au long de la représentation la tension à son plus haut niveau, jusqu’au paroxysme de la chute finale, à grands renforts de cuivres et de bois portant haut la dissonance stridente. La phalange sait également manier la sensualité la plus vive à travers des vagues unissant les timbres dans une même intention.

Une ovation générale attend Ingela Brimberg, suivie d’une équipe artistique généreusement acclamée par le public encore foudroyé par le souffle mémorable des derniers accords.

Les artistes

Elektra : Ingela Brimberg
Clytemnestre : Katarina Leoson
Chrysothemys : Christina Nilsson
Egiste : Jonas Degerfeldt
Oreste : Jeremy Carpenter
Le précepteur : Lennart Forsén
La confidente : Astrid Banck Linderoth
La porteuse de traîne : Maria Matyazova Milder
Un jeune serviteur : Niklas Björling Rygert
Un vieux sserviteur : Mattias Milder
La surveillante : Angela Rotondo
Servantes : Kristina Martling, Miriam Treichl,Vivianne Holmberg, Madeleine Barringer

Royal Swedish Orchestra, Royal Swedish Opera Chorus, dir. Alan Gilbert

Mise en scène : Staffan Valdemar Holm
Décors, costumes, maquillage : Bente Lykke Møller
Lumières : Torben Lendorph

Le programme

Elektra

Opéra en un acte de Richard Strauss, livret de Hugo von Hofmannsthal, créé en 1909 à Dresde
Opéra Royal de Stockholm, représentation du lundi 16 octobre 2023.

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Jonas DegerfeldtAlan GilbertIngela BrimbergStaffan Valdemar HolmChristina NilssonJeremy CarpenterKatarina Leoson
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Nicolas Mathieu

Après des études de philosophie à l'ENS de Lyon et de politiques culturelles à l'Université de Paris, Nicolas se tourne vers la gestion culturelle à HEC Paris. Formé aux conservatoires de Lille et de Lyon en piano et en écriture, il consacre ses projets personnels au dialogue entre la musique et les autres arts comme organisateur de ciné-concerts (S'émanciné), de lectures performées (Compagnie 44) et autres formats pluridisciplinaires.

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