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La Traviata à l’Opéra de Limoges : un vrai festival…

par Laurent Bury 9 février 2022
par Laurent Bury 9 février 2022

La Traviata Opéra de Limoges © Steve Barek

La Traviata Opéra de Limoges © Steve Barek

La Traviata Opéra de Limoges © Steve Barek 5

La Traviata Opéra de Limoges © Steve Barek

La Traviata Opéra de Limoges © Steve Barek

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La Traviata Opéra de Limoges © Christophe Reynaud de Lage

La Traviata Opéra de Limoges © Christophe Reynaud de Lage

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En matière de répertoire italien, l’Opéra de Limoges a décidément la main heureuse depuis quelques années, lorsqu’il s’agit de trouver la perle rare qui sera l’interprète du rôle-titre : on a pu y entendre des artistes dont la présence honorerait plus d’un festival prestigieux, et l’on se rappelle par exemple avoir applaudi Venera Gimadieva dans Lucia di Lammermoor, ou plus récemment, Camille Schnoor dans Madame Butterfly. Et voilà que cette même maison accueille Amina Edris dans La traviata. Si vous ne connaissez pas encore la soprano égyptienne, son nom ne devrait pas tarder à s’imposer au firmament lyrique : pour mémoire, rappelons qu’elle succéda à Pretty Yende en Manon à l’Opéra Bastille, et qu’elle était en début de saison l’une des belles surprises du Robert le diable présenté à Bordeaux. En Violetta, Amina Edris s’impose comme l’une des grandes voix avec lesquelles il faut aujourd’hui compter. Sans doute le premier acte n’est-il pas celui où elle s’épanouit le mieux : la colorature est bien là, mais ce n’est pas dans la pyrotechnie que  la soprano semble appelée à briller le plus. Dans tout le reste, en revanche, l’interprète est admirable, son incarnation culminant avec un « Addio, del passato » totalement investi. En termes de couleurs, de projection et de puissance vocale, son partenaire ne se situe pas sur les mêmes hauteurs : dans le Robert le diable mentionné plus haut, Nico Darmanin n’était que Raimbaut, et si le ténor maltais possède un timbre clair qui lui permet de camper un Alfredo juvénile, le son paraît serré, étroit, dans les notes les plus aiguës. Remplaçant de dernière minute, Sergio Vitale possède tous les atouts pour être un superbe Germont, si on lui laissait manifester la moindre émotion dans son jeu, mais…

Mais il y a la mise en scène. Et là, c’est à un autre genre de festival que l’on a affaire : un festival d’idées qui, pour être défendables sur le papier, ne sont ni très cohérentes ni très clairement défendues dans leur réalisation sur le plateau. Pour sa première mise en scène d’opéra, Chloé Lechat s’est assuré la collaboration de Judith Chaine comme dramaturge, et elles ont ensemble choisi de « faire ressentir l’expérience de la condition féminine, cette expérience de discrimination. Des épreuves que des femmes traversent quotidiennement dans cette société qui ne parvient toujours à pas échapper au système dominant/dominé induit par la structure patriarcale et un capitalisme d’exploitation ». Pour cela, deux personnages sont ajoutés : la sœur d’Alfredo prend la parole avant les deux premiers actes, et son mariage se déroule au dernier, parallèlement à l’agonie de Violetta ; la grand-mère d’Alfredo organise le tout, symbolisant « la coopération des femmes » avec le patriarcat. Sauf que le rôle de cette vieille dame en fauteuil roulant n’est absolument pas limpide – on aimerait savoir ce que le public y a compris s’il n’a pas lu la note d’intention. Précisons que mademoiselle Virginia Germont s’adonne à la prostitution, sans doute par admiration pour la Valéry chez qui toute sa famille est reçue dès le premier acte. Alfredo, lui, ne pense qu’à se taper Violetta la catin-star d’Ibiza (l’action est déplacée de Paris vers le lieu de vacances préféré de nos ministres), et sa mort le laisse indifférent. Pour couronner le tout, cette production est aussi un festival de mauvaises idées qui nuisent à l’appréciation de la musique, tantôt ridicules – la séance de taï-chi dans un sanatorium pendant « De’ miei bollenti spiriti » – tantôt particulièrement malvenues – le défilé d’invités qui dérobent les chaussures de la mourante pendant « Addio, del passato ».

Dans ces conditions, on salue d’autant plus Robert Tuohy de parvenir aussi bien à éviter un naufrage similaire dans la fosse, l’Orchestre de l’Opéra de Limoges livrant sous sa direction une fort belle prestation, ainsi que le Chœur (malgré les chorégraphies aberrantes qui lui sont imposées).

Les artistes

Violetta Valéry  Amina Edris
Flora Bervoix  Yete Queiroz
Annina  Séraphine Cotrez
Alfredo Germont  Nico Darmanin
Giorgio Germont  Francesco Landolfi
Gastone de Letorière  Matthieu Justine
Le baron Douphol  Francesco Salvadori
Le marquis d’Obigny  Frédéric Goncalves
Le docteur Grenvil  Guy Bonfiglio

Comédiennes : Jacqueline Cornille, Noémie Develay-Ressiguier

Orchestre et chœur de l’Opéra de Limoges
Cheffe de chant  Elisabeth Brusselle
Direction  Robert Tuohy

Mise en scène  Chloé Lechat
Assistanat à la mise en scène  Raphaëlle Blin
Dramaturgie  Judith Chaine
Scénographe  Emmanuelle Favre
Chorégraphe  Jean Hostache
Lumières  Dominique Bruguière
Costumes  Arianna Fantin

Le programme

La Traviata

Opéra en trois actes de Giuseppe Verdi, livret de Francesco Maria Piave d’après Dumas fils, créé le 6 mars 1853 à la Fenice de Venise.

Grande salle, Opéra de Limoges,
Représentation du mardi 8 février, 20h

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Amina EdrisNico DarmaninChloé LechatRobert Tuohy
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Laurent Bury

Une fois hors d'un charnier natal assez septentrional, Laurent Bury a longtemps habité sous les vastes portiques du 123, rue Saint-Jacques, du 45, rue d'Ulm et du 1, rue Victor Cousin (et même ensuite du 86, rue Pasteur, 60007). Longtemps, il s'est couché de bonne heure aussitôt après les spectacles que, de 2011 à 2020, il allait voir pour un autre site opératique. Papillon inconstant, farfallone amoroso, il vole désormais entre divers sites, et a même parfois l'honneur de prêter sa plume aux volumes de L'Avant-Scène Opéra.

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