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Lucrezia et Les Paladins aux Invalides

par Jean-François Lavigne 22 novembre 2025
par Jean-François Lavigne 22 novembre 2025

© Jean-François Lavigne

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Lucrezia et les Paladins, Paris, Les Invalides, lundi 17 novembre 2025

Ce lundi 17 novembre, dans le cadre du cycle « À armes égales ? », les Invalides nous ont proposé un remarquable concert sur le thème « Lucrezia, portraits de femme« , réunissant la soprano Amel Brahim-Djelloul et Les Paladins, sous la direction de Jérôme Correas.

Humour, beauté et émotion présidaient à ce concert.

L’humour, lorsque Jérôme Correas souligna que la météo imposait un temps particulier d’accordage aux instruments, leurs cordes étant de boyaux.

La beauté, par l’engagement et l’expressivité des Paladins. Les élans martiaux d’Ariodante épousaient parfaitement le cachet de la salle où se tenait ce concert : l’ancienne Bibliothèque des Invalides, transformée depuis en salle de concerts et de conférences. Elle est ornée de magnifiques armures disposées sur les murs, alternant avec de grands tableaux historiques ; le plus prestigieux est une superbe copie du tableau de Hyacinthe Rigaud représentant Louis XIV. Les volutes dansantes de la Sonate de Händel semblaient une pause délicate aux affres évoquées dans les deux cantates qui l’entouraient.

L’émotion se déploya de deux manières différentes, grâce aux interventions d’Amel Brahim-Djelloul. Sa voix dispose d’une homogénéité exceptionnelle. Sa technique pure et son phrasé confirment qu’elle est une grande interprète. Que ce soit sous la plume de Scarlatti ou celle de Händel (rôle tenu sur le CD Lucrezia par sa consœur Karine Deshayes), l’expressivité d’Amel Brahim-Djelloul est impressionnante : le désespoir, la colère, le désir de vengeance, la combativité de Lucrezia, tout est là, avec une apparente aisance déconcertante. Les Paladins, quant à eux, élaborent pour elle, sous la direction précise et attentionnée de Jérôme Correas, le plus beau des écrins sonores. 

Un bis lumineux nous fut offert par ces mêmes talentueux interprètes, avec le fameux « Lascia chio pianga » extrait de Rinaldo de Händel.

Rappelons brièvement le thème abordé par ces cantates de Scarlatti père et Händel. Lucrezia, noble femme romaine, épouse de Tarquin Collatin, vient d’être violée par Sextus, fils du roi des Etrusques Tarquin le Superbe, ces envahisseurs occupant Rome. L’événement fut évoqué dans le premier livre de l’Histoire de Rome, de Tite-Live. Lucrezia s’avance sur scène pour conter son infortune et prendre à témoin sa famille, les dieux, le monde entier… Elle passe de la sidération à la souffrance, du désir de vengeance au besoin d’être pardonnée, à la recherche de son honneur perdu. La conclusion reste la même : pour sauver cet honneur souillé, une seule solution, le suicide.

Si Alessandro Scarlatti (dont nous avons tout récemment célébré le trois centième anniversaire de la disparition) eut le redoutable honneur d’être le père de Domenico, n’oublions pas que c’est bien au papa que l’on attribue notamment le perfectionnement de l’aria da capo et de l’ouverture à l’italienne en trois mouvements. Ponctuée de difficultés, principalement financières, la vie d’Alessandro fut également marquée par une instabilité certaine, due probablement au caractère indécis du compositeur ; on ne compte plus les postes de maître de chapelle qu’il accepta puis abandonna… Son œuvre, méconnue aujourd’hui, recense plus de cent opéras italiens, environ huit cents cantates, des madrigaux et des sérénades pour voix et instruments, des sinfonie, des concerti grossi, des sonates, des pièces pour orgue et pour clavecin, sans omettre un grand nombre d’oratorios et de cantates sacrées, une Passion, douze messes et plus de cent motets !

Sa Lucretia romana (1688) commence par une description en récitatif de l’état éperdu de Lucrèce après son viol. La jeune femme s’exprime ensuite par le biais de quatre airs : les trois premiers sont agités, Lucrèce invectivant son agresseur et l’assurant de sa vengeance malgré sa fuite ; dans un retour sur elle-même, elle maudit sa propre beauté, cause du péché. Le dernier air, dont le tempo lent et la forme composite préfigurent l’issue fatale, apporte une touche supplémentaire d’angoisse, puisque le suicide même ne pourra effacer la faute. Un ultime récitatif dépeint la mort de Lucrèce, sa détermination, son appel à la vengeance et après le coup fatal, la langueur de la vie qui s’éteint.

La cantate de Händel (1709) est une production typique de sa période romaine. Pour l’occasion, il déclencha même un scandale dans l’univers alors fermé du chant. En effet, à Rome, n’étaient acceptés, pour chanter les rôles féminins, que les castrats, les femmes étant interdites de scène. Händel composa cette cantate sur mesure pour la cantatrice Durastanti qui, bravant les interdits, remporta un incontestable succès ! Dans cette œuvre, la recherche harmonique est particulièrement raffinée et hardie, ainsi que l’écriture de la basse destinée à valoriser l’utilisation du violoncelle, selon un usage typiquement romain, soigneusement réglé et expérimenté par Haendel, qui disposait alors à Rome de violoncellistes exceptionnels (Bononcini, Lullier, Amadei…). Amadei et la Durastanti devaient d’ailleurs le suivre en Angleterre…

Sur le CD que Jérôme Corréas consacrait déjà à la figure de Lucrezia, paru en octobre 2024 et chroniqué pour Première Loge par notre confrère Marc Dumont, quatre artistes soutenues par Les Paladins, se partageaient 4 cantates inspirées par ce thème : les sopranos Sandrine Piau (Montéclair), Amel Brahim-Djelloul (Scarlatti), Karine Deshayes (Händel) et la mezzo-soprano Lucile Richardot (Marcello). À n’en pas douter, les mânes de Janet Baker veillaient à la haute réussite de ce CD et du concert de lundi ; qu’on se souvienne de sa Lucrezia de Haendel (dir. Raymond Leppard, 1972, Philips). Et que l’évocation de cette noble Romaine bafouée soit aussi l’occasion pour nous de réécouter le poignant opéra de Benjamin Britten, The Rape of Lucretia (1946/47) …

Les artistes

Amel Brahim-Djelloul, soprano

Les Paladins
Catherine Plattner, Yuna Lee, violons
Clara Muhlethaler, alto
Nicolas Crnjanski, violoncelle
Franck Ratajczyk, contrebasse
Benjamin Narvey, théorbe et guitare baroque
Jérôme Correas, clavecin et direction

Le programme

Lucrezia et les Paladins

Georg Friedrich Haendel : Ouverture et marche d’Ariodante, HWV.33
Alessandro Scarlatti : La Lucrezia romana (Lasciato havea l’adultero superbo), H.377
Georg Friedrich Haendel : Sonata en sol majeur, op.5 n°4, HWV.399
Georg Friedrich Haendel : Cantate La Lucrezia (Oh Numi eterni), HWV.145

Paris, Les Invalides, concert du lundi 17 novembre 2025.

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Les PaladinsJérôme CorreasAmel Brahim-Djelloul
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Jean-François Lavigne

2 commentaires

A Billoire 24 novembre 2025 - 11 h 46 min

J’ai entendu tout autre chose. J’ai trouvé cette voix forcée, sans intonation. Un bis particulièrement raté. J’ai bien aimé l’ensemble par contre.

Répondre
Daouia 28 novembre 2025 - 9 h 42 min

Bravoo Amel BD égale à elle même une voix unique qui nous donne « la chair de poule «  bonne continuation

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