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Les festivals de l’été –
Rencontres musicales de Vézelay (Jour 1). En passant par Erevan et Venise…

par Nicolas Le Clerre 29 août 2025
par Nicolas Le Clerre 29 août 2025

© RMV-V.Arbelet

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Mayrig à Avallon et Monteverdi Testamento à la basilique de Vézelay, jeudi 21 août 2025.

Depuis déjà 25 ans, les rencontres musicales de Vézelay ensoleillent les fins d’été des amoureux de la voix. L’édition 2025 ne déroge pas à la règle et la météo se fait même sa complice : après quelques jours de pluie, le soleil et la chaleur sont revenus sur la Bourgogne à l’heure précise du premier concert, donnant au ciel de ce petit coin de Morvan des airs d’Arménie et de Vénétie.

Chansons pour l’Arménie

Le 110e anniversaire du début du génocide arménien perpétré en pleine Première Guerre mondiale par les autorités ottomanes n’est probablement pas étranger au choix de François Delagoutte, directeur général de la Cité de la Voix, d’ouvrir cette édition des Rencontres musicales de Vézelay par un concert sobrement intitulé Mayrig.

Pour tous les cinéphiles qui ont vu les films consacrés au début des années 1990 par Henri Verneuil à ses souvenirs d’enfance, Mayrig (la petite maman, en arménien) a pour toujours la silhouette fragile et le sourire bienveillant de Claudia Cardinale ; mais pour ce premier concert donné à la collégiale Saint-Lazare d’Avallon, c’est la mezzo-soprano Eva Zaïcik qui incarne la figure maternelle qui sert de fil conducteur à ce récital sobrement accompagné au piano et au violon et dont le programme reprend peu ou prou celui du disque gravé par les mêmes artistes en 2023 pour le label Alpha sous le titre Mayrig : to armenian mothers.

Pour donner à entendre aux festivaliers bourguignons les vibrations de l’âme arménienne, ce sont principalement des œuvres de Komitas – prêtre musicien né dans la Turquie ottomane en 1869, admiré de son vivant par Claude Debussy et rescapé du génocide – et de compositeurs de la diaspora (Garbis Aprikian, décédé il y a moins d’un an, Hakob Aghabab et Aram Khatchatourian) qui ont été retenues, entrecoupées de pièces orchestrales qui sont autant de respirations dans un concert dense et chargé en émotion.

Pour servir ce répertoire, Eva Zaïcik dispose naturellement d’une voix suffisamment large et profonde pour porter en elle toute l’histoire du peuple arménien quand bien même l’histoire familiale de cette jeune chanteuse française n’est pas personnellement reliée à la tragédie de 1915. Il a cependant suffi d’une vidéo postée sur Youtube où elle interprétait le répertoire russe pour que David Haroutunian décèle dans son timbre la puissance et la fêlure nécessaires pour incarner la Mayrig que tous les Arméniens du monde ont dans leur cœur. Vêtue d’une sobre robe noire, la chanteuse a la dignité des mères héroïques qui ont perdu un fils et semble porter le deuil de la longue histoire douloureuse du peuple d’Arménie.
Dès les premières notes de la berceuse de Komitas intitulée Oror, on est séduit par la richesse des harmonies de la voix d’Eva Zaïcik et le contrôle de son souffle qui lui permettent de donner corps à des mélodies composées comme autant de monuments funéraires aux héros de l’histoire arménienne.
Au fil des pièces du concert, la mezzo-soprano déploie une palette subtile d’émotions jamais surjouées ni larmoyantes qui vont de la rêverie mélancolique (Mon bien-aimé au regard rayonnant sous le soleil, de Komitas) à la cantilène désespérée (C’est le printemps, de Komitas encore) en passant par des épanchements plus lyriques (la Petite suite nuptiale, de Garbis Aprikian). Pour chaque morceau, l’artiste tient l’émotion juste et réussit à jouer à son avantage avec l’acoustique capricieuse de l’église qui se révèle in fine un bel écrin pour tous les fantômes convoqués par les compositeurs arméniens.

À l’origine du projet du disque de 2023 et de ce concert inaugural des Rencontres musicales, le violoniste arménien David Haroutunian et la pianiste russe Xénia Maliarevitch tissent autour de la voix d’Eva Zaïcik une cathédrale musicale belle et fragile comme une bulle de savon.
De son violon fabriqué à Crémone au XVIIe siècle par le luthier Andrea Guarneri, David Haroutunian sait tirer des sanglots qui portent tout le lourd destin des mères arméniennes. Dans la pièce Tsinari Tsar, de Komitas, le violon se fait plaintif et suppliant tandis que l’instrumentiste en tire des pizzicati lumineux dans l’invocation à la lune de Hakob Aghabab.
Xénia Maliarevitch n’est pas moins expressive au clavier de son piano : primesautière dans la Dance n°1 de Yerevan (Komitas) elle réussit à faire entendre le ruisseau qui ricoche sur les galets au moment du dégel dans la Dance n°5 de Karin (Komitas) et trouve même des accents gershwiniens dans la pièce très cinématographique de Khatchatourian, Chant-poème en l’honneur des ashougs.

La qualité et la densité du silence dans lequel se déroule le concert témoignent d’un moment privilégié de communion entre les artistes et le public et la sincérité des applaudissements qui ponctuent Mayrig confirment que la musique est un puissant vecteur de rapprochement des cultures et de connexion émotionnelle.

Les Vêpres de la maturité

Quelques heures après ce voyage émotionnel du côté des montagnes d’Erevan, les festivaliers des Rencontres musicales se sont donné rendez-vous au sommet de la colline de Vézelay, sous les voûtes de la basilique Sainte-Marie-Madeleine.

En miroir au concert inaugural de la précédente édition du festival durant lequel Leonardo Garcia Alarcon et la Cappella Mediterranea avaient somptueusement interprété les vêpres mariales de 1610 de Monteverdi (Première loge en avait rendu compte dans ses colonnes), la Cité de la voix a convié Vincent Dumestre et le Poème harmonique pour livrer l’exécution de vêpres plus tardives conçues à l’extrême fin de la vie de Monteverdi, en 1643. Tout au long de son existence, que ce soit pour la cour de Mantoue ou la basilique Saint-Marc de Venise, Monteverdi a effectivement arrangé des dizaines d’offices mariaux – tous identiques et différents à la fois – en juxtaposant des pièces composées au fil des ans et dont il conservait précieusement les partitions.
Les vêpres de 1643 sont ainsi un agencement de différents morceaux publiés en 1640 dans la Selva morale e spirituale que les musicologues considèrent comme le testament musical de Monteverdi et le sommet de son art. Cette perfection formelle fait dire à Vincent Dumestre qu’elles sont un peu les « vêpres de la maturité » (sic) et justifie probablement qu’après les avoir gravées durant l’automne 2024 pour le label Château de Versailles Spectacles (disque récompensé par Première loge d’un Appassionato) il ait accepté de les jouer en public à Versailles, à Cracovie… et à présent à Vézelay !

C’est peu dire que Vincent Dumestre connaît intimement et aime cette musique savante habitée par la spiritualité lumineuse de l’Italie du milieu du seicento. Dès l’Introït, on est effectivement saisi par la somptuosité du son du Poème harmonique, la rutilance de ses cuivres, le soyeux de ses cordes et par l’énergie qui semble circuler entre tous les protagonistes du concert. On a beau tendre l’oreille, aucun pupitre ne montre jamais la moindre défaillance, emporté dans le maelstrom que le chef organise de ses gestes sûrs et de sa battue rigoureuse.
La beauté marmoréenne de ces vêpres tient également à la solidité du chœur et du sextuor vocal réuni par Vincent Dumestre pour restituer la prosodie si particulière des compositions de Monteverdi.

Perrine Devillers, Paco Garcia, Cyril Auvity et Romain Bockler sont familiers de la partition des vêpres de 1643 et de la conception monumentale du Maestro Dumestre : ils figuraient déjà, l’an passé, au casting de l’enregistrement réalisé à Versailles. À Vézelay, ils sont rejoints par Anouk Defontenay et Imanol Iraola qui remplacent Eva Zaïcik et Viktor Shapovalov. Tous sont parfaitement en voix et se coulent naturellement dans la manière grandiose dont le Poème harmonique entend interpréter les dernières vêpres de Monteverdi.
Le motet Ego flos campi est un écrin délicat où brille d’un éclat diamantin le beau soprano de Perrine Devillers. Rares sont en effet les chanteuses capables d’habiter un texte aussi ésotérique. La mezzo Anouk Defontenay n’est pas moins à son affaire dans le long motet Pianto della Madonna : si l’écriture monteverdienne ne requiert aucune virtuosité surhumaine, elle exige en revanche une implication dramatique, un sens du mot et une sensibilité auxquels la chanteuse n’est pas étrangère.
Des deux ténors, Cyril Auvity est le plus exposé et démontre à Vézelay les mêmes qualités qui nous avaient tout récemment séduit à Ancy-le-Franc dans le rôle de Pygmalion. Dans le cantique Magnificat primo, son timbre ductile aux aigus lumineux s’accorde idéalement à celui plus sombre du baryton Romain Bockler.
Davantage en retrait à cause d’un nombre plus réduit de phrases solistes à interpréter, Paco Garcia et Imanol Iraola se distinguent néanmoins par leur engagement et donnent envie de les entendre plus longuement dans ce répertoire italien du XVIIe siècle qui parait idéalement convenir à leur vocalità.

Le chœur du Poème harmonique est lui aussi un des grands triomphateurs de la soirée : la richesse opulente de ses harmonies et sa précision rythmique contribuent à emplir le vaisseau de la basilique de Vézelay d’une beauté sonore inouïe à laquelle le public parait avoir été tout particulièrement sensible si l’on en juge par la chaleur des applaudissements qui ponctuent le concert.

À l’heure de dévaler la colline pour rejoindre son hôtel, se remémorant les deux premiers concerts de cette 25e édition des Rencontres musicales, le festivalier se plaît à imaginer qu’en l’espace de quelques heures, par la seule magie de la musique et de la voix, il a pu voyager de la lointaine Arménie aux rives de la lagune vénitienne sans s’être éloigné des collines du Morvan.

Les artistes

Mayrig

Mezzo-soprano : Eva Zaïcik
Violon : David Haroutunian
Piano : Xénia Maliarevitch

Monteverdi Testamento
Soprano : Perrine Devillers
Mezzo : Anouk Defontenay
Ténors : Paco Garcia et Cyril Auvity
Barytons : Romain Bockler et Imanol Iraola

Le Poème harmonique
Direction musicale : Vincent Dumestre

Le programme

Mayrig
Œuvres de Vardapest KOMITAS (1869-1935), Garbis APRIKIAN (1926-2024), Parsegh GANATCHIAN (1885-1967) et de Hakob AGHABAB (1875-1926)

Collégiale Saint-Lazare d’Avallon, jeudi 21 août 2025 – 15h00

Vespro della Madona
Composition musicale de Claudio Monteverdi créée en 1643

Basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay, jeudi 21 août 2025 – 21h00

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Eva ZaïcikRomain BocklerPerrine DevillersVincent DumestreImanol IraolaPaco GarciaAnouk DefontenayCyril Auvity
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Nicolas Le Clerre

C’est un Barbier de Séville donné à l’Opéra National de Lorraine qui décida de la passion de Nicolas Le Clerre pour l’art lyrique, alors qu’il était élève en khâgne à Nancy. Son goût du beau chant le conduisit depuis à fréquenter les maisons d'Opéra en Région et à Paris, le San Carlo de Naples, la Semperoper de Dresde ou encore le Metropolitan Opera de New-York. Collectionneur compulsif de disques, admirateur idolâtre de l’art de Maria Callas, Nicolas Le Clerre est par ailleurs professeur d’Histoire-Géographie, Président de la Société philomathique de Verdun, membre de l'Académie nationale de Metz et Conservateur des Antiquités et Objets d'Art de la Meuse.

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