À la une
Le Crépuscule des dieux de Wagner à Bastille pour les...
« Faute et Pardon » au Festival Verdi 2027 de Parme
À Lille, les voix de la magicienne Alcina enchantent dans...
Brèves d’octobre –
Découvrez le programme 2027 du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence
Ça s’est passé il y a 200 ans : création du...
Wozzeck à Florence : Marie, gratia plena
PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE...
Édito de septembre –L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre
Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

Compte renduVu pour vousConcert

Versailles – Alcina retrouvée : La liberazione di Ruggiero dall’isola d’Alcina de Fransesca Caccini

par Marc Dumont 5 mars 2025
par Marc Dumont 5 mars 2025

Photo : Marc Dumont

Photo : Marc Dumont

0 commentaires 4FacebookTwitterPinterestEmail
2,K

La rapide Sinfonia introductive, alternants cordes, cornets et sacqueboutes, enchaînant directement sur l’air de Neptune, semble annoncer une œuvre inconnue de Monteverdi. Il n’en est rien, car il s’agit du premier opéra féminin de l’histoire. On le doit à Fransesca Caccini (1587-1645), la fille du célèbre Giulio Caccini.

En son temps, Francesca Caccini fut une musicienne très accomplie, officiant à la cour des Médicis de Florence. D’une famille où chaque membre était investi dans l’instrument, la voix ou la composition, les concerts où elle chantait en s’accompagnant au luth étaient prisés. Seules nous restent d’elle quelques œuvres, dont cette toute première Alcina.
Le livret est dû au poète Ferdinando Saracinelli qui plonge dans le Tasse et l’Arioste. Il raconte la lutte de deux magiciennes, la vénéneuse et langoureuse Alcina et la bonne Mélissa qui rappelle le chevalier Ruggiero à la raison, celle d’une gloire guerrière bien supérieure aux sortilèges d’un amour sensuel.

Moins de vingt années après l’opéra princeps, L’Orfeo monteverdien de 1607, il est clair que le parlar cantando de la secunda pratica a infusé le monde musical italien. Il n’y a pas vraiment d’air à proprement parler, ou si brefs, mais de longs récitatifs, quelques ritournelles et une dramatisation constante qui s’appuie sur le verbe. Virtuosité vocale et diversité des atmosphères font de cet opéra un moment plaisant, parfois touchant (la grande déploration d’Alcina de la deuxième partie), toujours attaché à la caractérisation des personnages. Toutefois, un certain manque de diversité rend l’opéra parfois monotone.

Pourtant, les musiciens d’I Gemelli sont irréprochables de couleurs et d’investissement. Leur répartition de part et d’autre de la scène, tout en aménageant un heureux contraste sonore, laisse l’espace central vide que les chanteurs viennent habiter dans une mise en espace très théâtrale, rendant l’œuvre d’autant plus proche que tout est chanté par cœur – ce qui est remarquable pour une œuvre si rare. En arrière scène, une estrade où les chœurs viennent participer à l’action réglée par les soins de Mathilde Etienne, qui chante également quelques interventions.

L’accompagnement, très présent, de la harpe de Marie-Domitille Murez est un choix bienvenu et peut s’entendre en hommage à Caccini père, grand harpiste en son temps. Reste que le continuo très présent (harpe, archiluth, guitare baroque et clavecin) se fait parfois trop sonore et envahissant. Peut-être était-ce dû au lieu.

Dans le rôle de Ruggiero, la voix au timbre mordoré d’Emiliano Gonzalez Toro reste fidèle à sa réputation de vaillance, de projection et d’incarnation. Une fois de plus, Mathias Vidal nous comble par sa voix puissante et son jeu dramatique, irrésistible dans le chœur de monstres. Le ténor Jordan Mouaïssia campe un berger chantant et les interventions de la basse Nicolas Brooymans démontrent un grand sens de la ligne et de la musicalité. Quant au quatuor féminin, omniprésent pour chanter demoiselles et sirènes, de ces quatre voix qui s’accordent se remarque tout particulièrement celle, fruitée, aérienne et plus que prometteuse d’Amandine Sanchez.

Par les choix interprétatifs conjoints d’Emiliano Gonzalez Toro et de Mathilde Etienne, associés dans la direction du spectacle, les deux protagonistes rivales proposent des facettes plus contrastées et subtiles que le livret semble le proposer. Ainsi, Melissa oscille entre noirceur et empathie. Est-elle si bonne fée que cela, elle qui appelle Ruggiero au combat et use de sortilèges violents pour le/se débarrasser d’une amoureuse ? Lorrie Garcia, la mezzo marseillaise au timbre profond, sait jouer sur l’ambivalence avec panache. Et l’Alcina que campe magistralement Alix Le Saux sombre dans la douleur sincère de la femme délaissée après avoir minaudé (un peu trop) à la première scène. Laquelle est vraiment la « bonne » fée ?

On annonçait une version de concert, ce fut une représentation lyrique habitée,  comme chaque spectacle signé Emiliano Gonzalez Toro. Il ne manquait que les décors car l’emploi de quelques subterfuges ne fut pas toujours du plus heureux effet (un tissu bleu-vert légèrement agité pour évoquer les flots, quelques tulles vert vif ridicules pour suggérer les plantes enchantées, qui ne sont autres que les anciens amants d’Alcina, etc…) Était-ce bien nécessaire dans ce cadre somptueux qui est décor à lui seul : ce salon d’Hercule où la toile de fond n’est autre qu’un vaste tableau de Véronèse ? De plus, le lieu est une évocation en miroir du palais de la création, le 3 février 1625 : la Villa di Poggio Imperiale, non loin de Florence, où fresques et tableaux de Rosselli et Manetti ornent les murs de la grande-duchesse de Toscane Marie-Madeleine d’Autriche, commanditaire de l’opéra.

Photo : Marc Dumont

Cette Alcina de Fransesca Caccini est une vraie curiosité, parée de beaux habits musicaux, bientôt à paraitre sous le label Château de Versailles Spectacle. Si loin de l’Alcina de Haendel que proposera l’Opéra de Versailles le 29 avril prochain.

Les artistes

Alcina : Alix le Saux
Ruggiero : Emiliano Gonzalez Toro
Melissa : Lorrie Garcia
Neptune / Astolfo : Juan Sancho
Demoiselle / Messagère : Natalie Perez
Un Monstre : Nicolas Brooymans
Berger / La Vistule : Jordan Mouaissia
Sirène / Demoiselle : Mathilde Étienne, Cristina Fanelli, Pauline Sabatier

Ensemble I Gemelli, dir. Emiliano Gonzalez Toro
Mise en espace : Mathilde Étienne

Le programme

La liberazione di Ruggiero dall’isola d’Alcina

Opera comica en quatre scènes de Francesca Caccini, livret de Ferdinando Saracinelli, d’après Orlando furioso de l’Arioste, créé le 3 février 1625 à la Villa di Poggio Imperiale de Florence.

Versailles, Salon d’Hercule du Château de Versailles, 3 mars 2025.

image_printImprimer
Emiliano Gonzalez ToroMathias VidalAlix Le SauxNicolas BrooymansLorrie Garcia
0 commentaires 4 FacebookTwitterPinterestEmail
Marc Dumont

Passionné par l’Histoire et la Musique, Marc Dumont a présenté des centaines de concerts et animé de multiples émissions à Radio France de 1985 à 2014. Il se consacre à des conférences et animations, rédige actuellement un livre où Musiques et Histoire se croisent sans cesse, et propose des « Invitations aux Voyages », qui sont des rencontres autour de deux invités, en vidéo.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
L’Orfeo : du « baroque » à l’Opéra de Marseille !
prochain post
Genève – María de Buenos Aires, l’original, enfin !

Vous allez aussi aimer...

Le Crépuscule des dieux de Wagner à Bastille...

10 octobre 2026

« Faute et Pardon » au Festival Verdi 2027 de...

10 octobre 2026

À Lille, les voix de la magicienne Alcina...

9 octobre 2026

Wozzeck à Florence : Marie, gratia plena

8 octobre 2026

Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées

6 octobre 2026

Milan – Redécouverte de CHATTERTON : le Werther...

5 octobre 2026

L’amour des trois oranges à Lyon : une ouverture de...

5 octobre 2026

Tours, Concerts d’automne : la merveille du Livre...

5 octobre 2026

WERTHER à Rennes : Charlotte embrasse la première

5 octobre 2026

A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie...

4 octobre 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE ASSOURDISSANT DU MONDE LYRIQUE

    7 octobre 2026

En bref

  • Brèves d’octobre –

    9 octobre 2026
  • La vidéo du mois : Gala aus dem Festspielhaus Baden-Baden – Anja Harteros, Ekaterina Gubanova, Jonas Kaufmann, Bryn Terfel et Marco Armiliato

    1 octobre 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de septembre –
    L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre

    7 octobre 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Hugues Rameau dans A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie avec Orlando de Haendel
  • Hugues Rameau dans À Lille, les voix de la magicienne Alcina enchantent dans la confusion des genres
  • Erwann Beracourt dans A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie avec Orlando de Haendel
  • Erwann Beracourt dans À Lille, les voix de la magicienne Alcina enchantent dans la confusion des genres
  • Virginie dans Les Vêpres de la Vierge à la Philharmonie : une relecture raffinée.  

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Le Crépuscule des dieux de Wagner...

10 octobre 2026

« Faute et Pardon » au Festival Verdi...

10 octobre 2026

À Lille, les voix de la...

9 octobre 2026