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LES GÉNÉRATIONS DU FESTIVAL D’AMBRONAY – Carnet de bord 1/3 : Atout Mozart avec le Concert de la Loge

par Sabine Teulon Lardic 8 octobre 2023
par Sabine Teulon Lardic 8 octobre 2023

© Bertrand Pichène

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Au cœur du Bugey (Ain), le dernier week end du festival d’Ambronay déploie une offre de choix. Les atouts sont toujours ceux du lieu – l’abbatiale – et des « Générations Ambronay », thématique de cette 44e édition. En effet, depuis la fondation du Centre Culturel de Rencontre (2003), la présence d’artistes et d’orchestres fidélisés est un atout pour les (générations de) publics !

Écouter Mozart avec le Concert de la Loge dirigé par Julien Chauvin, c’est plonger dans une sensibilité à fleur de peau portée par la cohésion de tout participant. La Symphonie concertante pour violon et alto K.364/320 en témoigne dès la première partie, avec le chef promu concertiste et l’excellent altiste Amihai Grosz, fondateur du Quatuor Jerusalem. Cette cohésion fait briller le génie du jeune Mozart qui assimile ici le genre français de la concertante grâce à ses séjours parisiens. En répartissant la verve du dialogue entre solistes et orchestre (Allegro spiritoso), ou bien entre les solistes lors d’intimes échanges (Andantino grazioso), il offre un terrain de jeux aux interprètes virtuoses. Les instrumentistes du Concert de la Loge s’en saisissent en autonomie, tout autant que l’élégant violon de Julien Chauvin et le chaleureux alto dont la profondeur de timbre fascine (un Gaspar-da-Salò de 1570).

Dans l’abbatiale, l’émouvante profondeur du Requiem de Mozart se charge d’une émotion que la directrice du CCR d’Ambronay, Isabelle Battioni, évoque à demi-mot en préambule. La présence du Chœur de chambre de Namur, qui a vécu ici même le tragique décès du baryton argentin Alejandro Meerapfel devant le public (concert du 22 septembre), suscite un recueillement méditatif … L’office des morts ne serait donc plus un concert ?

Aussi, les fresques chorales du Requiem résonnent de manière expansive dans les travées de l’abbatiale remplies d’auditeurs. Avec le Chœur de Namur et le Concert de la Loge, elles transmettent de sincères expressions, telle la rébellion éloquente du Dies Irae, l’intense prière du Rex tremendae majestatis sur les accents orchestraux d’un recitativo accompagnato. Quant à l’ineffable lumière du Lacrimosa, son mouvement chromatique est gravi avec intensité par les formations unies. Après les splendeurs joyeuses de la fugue du Sanctus, le sentiment d’acceptation délivré au Lux aeterna (« Que luise pour eux la lumière éternelle ») frappe l’auditoire. Car le croisement des lignes chorales et instrumentales vaut pour une acceptation collective.

Entre-temps, la contribution des quatre solistes chanteurs résonne en toute cohésion du projet musical. Lorsque le timbre somptueux de la basse Andreas Wolf capte l’attention (notamment dans le Tuba mirum), les qualités de ses consœurs ne sont pas moins musicales : nuancée et précise pour la soprano Julia Lezhneva, d’une noble projection pour la mezzo Eva Zaïcik. Notre prédilection pour le ténor Mauro Peter,  à l’émouvante simplicité, s’inscrit dans la sobriété qu’imprime le chef Julien Chauvin. Notamment dans le Recordare, Jesu pie qui diversifie les combinaisons de solistes. Mention spéciale aux prestations du pupitre de hautbois dans la Concertante, et dans le Requiem, des cors de basset expressifs, du trombone ténor voix impérieuse de l’au-delà au Tuba mirum.

Ce n’est toutefois pas Mozart qui clôt la soirée, mais l’Introït du Requiem de Jomelli, puissante construction associant le tutti dans une longe stase harmonique. Tandis que le chef demeure les bras levés après la dernière note, les minutes de silence signent le pacte humain entre le public et les artistes. En sortant de cet émouvant concert, la projection de Lumière de verre sur les façades de l’abbaye, obtenue à partir d’une matrice d’artisans verriers (Julien Guiller et Stéphane Petit), prolonge la poésie de la soirée.

Les artistes

Julia Lezhneva, soprano
Eva Zaïcik, mezzo-soprano
Mauro Peter, ténor
Andreas Wolf, basse
Amihai Grosz, alto solo

Le Concert de la loge, Julien Chauvin, direction et violon concertiste
Le Chœur de chambre de Namur

Le programme

W.A. Mozart, Symphonie concertante pour violon et alto K.364/320 ; Messe de Requiem K.626

Festival d’Ambronay, Concert du vendredi 06 octobre 2023.

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Le Concert de la LogeAndreas WolfMauro PeterJulien ChauvinJulia LezhnevaEva Zaïcik
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Sabine Teulon Lardic

Sabine Teulon Lardic est chercheure à l'université de Montpellier 3. Spécialiste de l'opéra-comique du XIXe siècle et des spectacles lyriques dans les Théâtres de plein air (XIXe-XXIe siècles), elle a collaboré aux volumes collectifs de Carmen Abroad (Cambridge Press), The Oxford Handbook of the Operatic Canon (Oxford Press), Histoire de l'opéra français, t.3 (Fayard, 2022). Elle signe également des articles pour les programmes de salle (Opéra-Comique, Opéra de Montpellier) ou la collection CD du Palazzetto Bru Zane.

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